II. — LA PROPRIETE
Nous avons dit qu'elle produit, Entendons qu'ayant planté la vigne, elle en récolte les fruits, soit pour vendre ses raisins, soit pour faire du vin; accessoirement le raisin peut être employé d’autres manières, le chapitre V de cet essai l’a montré. Mais en Afrique du Nord l'immense majorité des vignerons fait du vin.
Faire du vin est une besogne parfois délicate, qui en tout casrevèe des aspects différents. Le tout petit vigneron qui ne met en œuvre qu'une modeste vendange, qui ne veut assurer que sa con-. sommation et celle de quelques voisins et amis, peut se contenter d'un pressoir et d’un ou deux tonneaux, aisément logés dans une remise de l'exploitation. Le grand viticulteur, disposant de capitaux importants, a pu organiser des caves modernes, pourvues de tous. les perfectionnements. La difficulté de faire du vin existe surtout pour un propriétaire moyen. Il peut manquer de bâtiments et de matériel et hésiter à les acquérir, surtout si cette solution doit l’endetter.
Pour les vignerons qui se trouvent dans ce cas deux solutions ils peuvent vendre leurs raisins à des négociants ou à des producicurs, qui ayant eux, les moyens de tous ordres nécessaires, les tronsformeront en vin. Ainsi s’est créée toute une catégorie de spécialistes; les acheteurs de vendange, dont l’activité s'exerce au maximum dans le département d'Oran.
Mais nul ne travaille à perte. Et les vignerons se sont demandé si le profit que tirent les acheteurs de vendanges de leurs capitaux et de leur industrie ne pouvait pas rester entre les mains des récoltants. Ce qu’un vigneron isolé ne peut faire, plusieurs vignerons ne peuvent-ils le réaliser en se groupant? De cette réflexion de bon sens sont nées les caves coopératives, et également des distilleries
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coopératives qui, leurs frais soldés, répartissent entre leurs adhérents, sous des formes diverses, le bénéfice obtenu.
Une autre raison, d'ordre pratique, a favorisé le développement du mouvement coopératif viticole. Le récoltant n’a pas d’habitude le sens commercial, au surplus l’eut-il, ses occupations de producteur l’absorbent à peu près entièrement. Il est donc prudent pour lui de vendre son vin fait à un commerçant, dont le métier est précisément de répartir au mieux, suivant circonstances, besoins et goûts, les diverses qualités de vin, en se conformant à une réglementation assez touffue, que le producteur connaît mal et dans laquelle il se perd. Mais ce commerçant lui aussi doit gagner sa vie, ou si l’on veut employer le terme actuel, prélever sa marge. Et le producteur de se dire qu’il pourrait garder pour lui une part tout au moins de ce bénéfice. L'organisation coopérative permet de réaliser quelque peu ce desideratum, car les coopératives bien conduites ne sont pas seulement des organismes de fabrication du vin ou de l’alcool, mais encore des organismes de vente.
Nous avons dit que le producteur n'était pas d'ordinaire commerçant. Mais toute règle a ses exceptions. Certains vignerons, parce qu'ils sont très puissants, ou parce qu'ils y sont entraînés par l’atavisme, ou parce qu'ils ont un vif esprit d'entreprise, vendent eux-mêmes leur vin. Ces producteurs vendeurs forment ceux catégories bien distinctes. La première comprend des producteurs, petits et moyens, qui de tout temps, ont placé chez quelques clients, presque chaque année les mèmes, le surplus de leur récolte, ces opérations ne dépassant pas le cadre local. La seconde est formée de grands producteurs qui disposent d’une véritable organisation commerciale pour écouler leur vin, soit dans les grandes villes d'Afrique du Nord, soit même en Métropole. Il existe des viticulteurs des deux catégories en toutes régions nord-africaines, mais leur nombre est assez restreint.