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III. — LE PROBLEME DES INTERMEDIAIRES ET DES MARGES COMMERCIALES

En traitant (5) des intermédiaires et des marges conunerciales nous avons pu dégager un certain nombre d’observations précises qui donnent naissance à autant de desiderata logiques.

La première de ces conclusions-souhaits est que le nombre des intermédiaires soit réduit : chacun, selon nous y gagnerait. La seconde est que tous ceux qui forment un maillon de la chaîne qui va de la production à la consommation veuille bien ne prélever que

(4) Voir ci-dessus paragraphe « les transports ». (5) Voir ci-dessus paragraphe « les intermédiaires ».

la marge commerciale qui étant la rémunération de son labeur et de ses risques, constitue vraiment pour lui un droit. Nous avons laissé entendre que ans les deux ordres d’idées on pouvait marquer un progrès très net, nous voulons dire, obtenir des économies substantielles.

Illustrons ces conclusions par l’exposé de faits précis.

En septembre 1947 un propriétaire de la région de Boufarik a vendu du vin blanc de 11°5 à ume maison de commerce d’Alger, au prix de 261 franes le degré, ce qui fait exactement 30 francs le litre à la propriété. Quelques mois plus tard le négociant acheteur a revendu ce vin à un collègue de la place. Nouvelle revente un peu plus tard. Une dernière opération rend propriétaire un demi-grossiste détaillant, exerçant son métier à Boufarik précisément. Chacun de ces négociants a prélevé ses marges commerciales. Ce serait normal si chacun avait pris livraison, avait eu à payer des manutentions, des transports, etc. Mais durant toute l’année le vin n’a pas quitté la cave du producteur, et quand en août 1948 le cerner acheteur en a pris livraison, après un trajet de huit kilomètres

-et un séjour d’une semaine au plus dans un thai-magasin, ce vin a

été vendu 75 francs le litre au consommateur, Dans l’ancien temps on estimait que le consommateur de Nancy ou ce Lille devait au plus payer le double du prix à la propriété. Que penser de la différence de 30 à 75 francs pour un vin qui est allé à peu près directement de la cuve du producteur à la table du consommateur, distants l’une de l’autre de 8 kilomètres?

Il y a donc des abus, et nous pensons qu’on peut aisément en faire disparaître plusieurs. C’est aussi l’avis marocain.

Nous avons cité un exemple frappant, choisi en Algérie. Nous venons de faire allusion à des opinions marocaines. Voici la voix de la Tunisie.

Nul semble-t-il n’a, mieux que M. Chedeville, montré l’extravagance de certaines pratiques commerciales, dénoncé les méfaits du marché noir et plaidé pour la suppression des intermédiaires inutiles. Dans une communication présentée le 8 novembre 1945 à la Société des agriculteurs de Tunisie il traite ces divers sujets avec autant de sobriété que de clarté, et de cet exposé force est de déduire que la Tunisie, plus encore peut-être que l’Algérie, a connu ces abus contre lesquels il faut s’élever avec énergie.

« En Tunisie, avant 1939, on ne comptait pas plus de 15 ou 20 exportateurs pour expédier en France plus d’un million d’hectolitres, Brusquement, dès que la proäuction diminuait. que la rareté du frêt entraînait la répartition, on comptait près de 50 nouveaux commerçants. »

Même phénomène que celui constaté à Aiger et Oran. Comment le Gouvernement tunisien allait-il réagir ?

« En mai 1943, devant la montée croissante des effectifs du commerce on créait la carte professionnnelle délivrée aux trois catégories, grossistes, demi-grossistes, détaillants. Les situations

acquises étaient maintenues, l'ouverture Ge nouveaux commerces interdite en principe. »

Néanmoins le flot montait jusqu’en 1945. On comptait en 1945 environ 450 grossistes et demi-grossistes et 700 détailiants dans la Régence pour une récolte diminuant jusqu’à ne plus être que de 406.000 hectolitres. Or les’ affaires des vieilles maisons sérieuse£, une trentaine, ce que les domaines écoulaient directement et les besoins de l’Armée et de la Marine, servis par adjudication, totalisaient 350.000 hectoiitres. IL restait seulement 50.000 hectolitres à passer par les mains de 400 commerçants, soit environ 139 hectclitres à traiter par an pour chacun. Qui pourra croire que le bénéfice réalisé sur un chiffre aussi modeste d’affaire puisse faire vivre une maison de commerce? Il y avait donc toutes sortes de transactions louches. Le marché noir battait son plein.

Aussi M. Chedeville peut-il écrire : « Le nombre excessif des intermédiaires réduisant la part de chacun à un chiffre infime, a fait monter le prix de leurs services. Les échelons commerciaux sont trop nombreux depuis le producteur jusqu'au consommateur et le commerce ne peut plus jouer le rôle économique qui lui est dévolu ct qui (jusqu’à preuve du contraire) est indispensable dans la société, lorsqu'il est tenu par un nombre rationnel d'acteurs et non par une foule de figurants, dont l’action est toujours inutile et parfois immorale.

« Au point de vue fiscal cet accroissement d’intermédiaires difficilement contrôlables met à la charge d’une minorité, régulière et sévèrement contrôlée, tout le poids de l’impôt, car le vin et les boissons spiritueuses constituent depuis longtemps une des grandes ressources de nos budgets. Le commerçant organisé est un précieux coilecteur &e taxes et le trafic clandestin n’a jamais rien fait rentrer dans les caisses de l'Etat » (6).

Les syndicats et les coopératives peuvent coopérer à la tâche d'assainissement. On a montré que le premier de leurs rôles, le premier du moins dans l’ordre que nous avons aûopté pour exposer l'efficacité de leur action, était d’aider l'exploitant à produire, en lui fournissant tout ou partie de ce qui est nécessaire à la production, renseignements, engrais et produits anticryptogamiques, par exemple, en se substituant à lui dans cette même période de la création du produit, par exemple dans les démarches administratives, la vinification, etc. Le rôle auquel nous faisons maintenant allusion succède au premier dans le temps. La production acquise, il faut l’écouler, la commercialiser.

Le syndicat ou la coopérative est à ce stade un véritable courtier et un véritable vendeur pour le propriétaire récoltant; et ses services ne sont pas absolument gratuits, car il faut bien qu'il paie ses frais généraux, mais la somme demandée à l’adhérent est réduite au strict minimum.

(6) Chedeville : La situation du marché des vins en Tüniste.

Si ce rôle admis dans déjà plus d’une région se généralise, le commerce, mis en présence de cette concurrence qui est loyale, sera obligé d'accepter une amputation des marges auxqueiles 1l prétend à l’heure actuelle.

Au surplus nous croyons fermement que durant cette période de dirigisme qui depuis près de dix ans pèse sur la France et l'Afrique du Nord, les services chargés de la taxation ont trop généreusement calculé les marges accordées au commerce de gros, de demi-gros et de détail. Nous en demandons la révision.

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