III. — LES DISCUSSIONS ENTRE CONSOMMATEURS ET PRODUCTEURS
On ne peut passer cette controverse sous silence, la grande presse et la presse spécialisée lui accordant une attention quasi quotidienne. La thèse de la consommation peut se résumer dans une affirmation et une espérance.
Voici l’affirmation : les vignerons produisent trop cher. Entendons qu’il s’agit aussi bien des vignerons d'Afrique du Nord que des Métropolitains.
Et voici l'espérance : le retour à la liberté que les consommateurs réclament avec autant d’insistance que les vignerons n€ peut-il offrir aux producteurs des moyens de diminuer leurs frais de revient ?
Ainsi se trouve posée la question des frais de production. Qu'’étaient hier, que sont aujourd’hui, que peuvent être demain Îles
frais de production? Ou pour répondre en bref aux doléances du consommateur, le producteur peut-il diminuer de manière sensible ses frais de production?
Examinons donc les éléments du prix de revient à la propriété, Les uns échappent à l’action du producteur, sur certains autres il peut agir.
Le propriétaire récoltant est sans action sur la plupart des éléments qui s’additionnent pour donner le prix de revient.
Bien évidemment il n’a que son bulletin de vote et les doléances de ses associations professionnelles pour vrotester contre l’exagération des impôts qui se superposent sur sa terre, sur son vin et sur lui-même,
Bien évidemment il est sans action sur le prix du charbon, de l'électricité, de l’essence, sur les primes d’assurance, sur le cours des matières premières ou des produits composés qui iui sont indispensables : engrais, sulfate de cuivre, soufre, etc.
Même il ne peut débattre le salaire à accorder à ses ouvriers.
Nous pourrions prolonger cette énumération. C'est inutile, disons plutôt quelle action peut exercer le propriétaire récollant pour abaisser son prix de revient.
On prétend communément que certains producteurs travaillent bien et d’autre mal. Mais qu'est-ce que bien travailler? Bien travailler, c’est faire toutes les façons nécessaires, donc dépenser. Dépenses dix-neuf fois sur vingt largement récupérées à la récolte, et que pour cette raison on ne doit pas diminuer. Bîen travaiiler, c’est aussi se garder de toute initiative trop hasardeuse, mais qui assimilera cette sage conduite d’une exploitation agricole à une diminution de frais?
A vrai dire la dépense la plus certaine, la plus constante, la plus visible, c’est la main-d'œuvre. Et comment diminuer les salaires aux temps actuels? La seule possibilité est de diminuer le nombre des ouvriers par un emploi chaque jour plus accsusé et mieux réglé de la machine. Mais ces machines sont rares, et pour une grande partie, construites en Amérique, pays de la monnaie dominatrice.
Ce serait ici le lieu de consacrer quelques paragraphes aux tracteurs agricoles. Il y a une bien intéressante histoire à écrire, celle de l’emploi des tracteurs en Afrique du Nord, mais ne seraïl-ce pas allonger en pure perte cet essai, puisque l’on ne peut ouvrir un journal ou une revue agricole à Alger, à Tunis et à Rabat, sans y trouver l’écho des doléances générales à ce sujet.
Pas un seul propriétaire nord-africain n’a, à la présente heure, en nombre, en qualité, en éléments de ravitaillement (pièces de rechange, carburants, lubrifiants) les moyens de travail mécanique qui lui sont nécessaires.
Pourquoi? Parce que les pouvoirs publics ne disposent pas d’un nombre de dollars suffisant pour importer d'Amérique le nombre de tracteurs nécessaires. Parce que d’autre part, le Gouvenement veut
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à juste titre protéger la production française, Mais l'agriculture nord-africaine, unanimement, déclare les tracteurs français mal adaptés à ses besoins.
Reste toutefois un domaine où la possibilité d'économie est réelle, Les vignerons qui possèdent des hybrides, c’est-à-dire des plants qui ne craignent ni le mildiou, ni l’oïdium, se passent de sulfate de cuivre et de soufre, cultivent à bon compte (10).
Ainsi, une bonne technique culturale, l'emploi généralisé des tracteurs, le recours aux hybrides, sont trois procédés généralement indiqués pour diminuer les dépenses de faire valoir, soit que l’on ait une moindre somme à débourser, soit que l’on produise davantage, soit que les deux conditions se trouvent réunies.
Mais ne nous leurrons pas. Le bénéfice à réaliser ne sera jamais très considérable et ne pourra être effectif que pour un nombre assez limité d’exploitants,
Ne négligeons pas de marquer ce que peuvent faire en ce domaine des économies éventuelles, les syndicats et les coopératives.
Les uns et les autres peuvent procurer aux exploitants des matières ou des services à meilleur compte que le commerce. À condition que ces organismes soient bien dirigés. Mais si la gestion est sûre, l'avantage retiré peut être effectif. Et c'est bien là, selon nous, leur premier rôle : faciliter la production.
(10) Sur les hybrides producteurs directs, voir chapitre VII, la Reconstitution du vignoble, principes directeurs de La reconstitution.