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IL — LE PRIX DU VIN À LA CONSOMMATION

On a longtemps admis que le vin, arrivé après une longue course, dans les mains du consommateur, valait au grand maximum le double de ce qu'avait reçu au paiement son producteur. Les frais de transport, les impôts, les marges commerciales étaient égaux à la valeur du produit en cave, dans le cas le plus défavorable au consommateur.

Or le vin de la récolte 1947, produit en Afrique du Nord, et ayant été payé au propriétaire de 25 à 35 francs le litre s’est vendu au détail à Paris de 60 à 100 franes le litre. Il a atteint couramment 200 francs dans les restaurants modestes, 850 francs dans les hôtels déjà classés. Et ce même vin vendu sur le comptoir, en violation flagrante des prescriptions de l’article 317 du Code du vin sur la contenance des bouteilles, et dans des verres du type vins fins remplaçant les verres de ménage traditionnellement en usage, s’est trouvé, par une accumulation d'artifices, atteindre un prix tel que

les services de contrôle et de répression ont dû intervenir. Trop tard et trop môllement au gré @es vignerons.

En ‘présence de tels faits on comprend que le public proteste avec indignation. Mais réclament avec la même énergie les producteurs, que trop de consommateurs mal informés accusent, et qui savent bien eux que ces exagérations — pour ne pas employer des mots violents —ne leur profitent pas. |

Peut-on établir un juste prix du vin?

Nous allons faire le calcul pour le vin de consommation courante, acheté par le consommateur d’Alger chez le détaillant, ce qui est le cas général.

A cet effet, nous allons 1° comparer les cours du vin au cours de denrées, de produits et de services dont la grande masse des citoyens a besoin. Et ce aux époques essentiellles, 1914, veille de la grande guerre, alors que circulait encore le franc de germinal, 1939 autre veille de cataclysme, 1948 qui après tant d’exagérations laisse présager une sorte de stabilisation; nous ajouterons s’il est possible des chiffres de dernière heure,

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1 litre de vin de conve donation courante PP) pris chez le détail- {ant à-Alger - . . .| 0,35 | 2,40 | Décembre | 50 142 60 (maximum) 1 kilo de pain ordi- > naire pris chez le boulanger à Alger . | 0,40 3,19 30 38,90 96 (1 Dtrepris chez le ‘{ détaillant à Alger . | 0,40 3 Mars "32 50 125 | 1 kilo de sucre courant pris chez l'épi- l | cier à Alger . . . .| 0,65 | 5,80 [Mars : 45taxel 103 158 | 220 marché | liberté

parallèle

Pain .

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Sucre .

1 kilo de viande de bœuf, bons mor- Viande ./ceaux moyens, pris chez le boucher à | o LA Men aeor Las GONE ET6,65 380 380 237 (1 paquet ordinaire .

| 20 gr. acheté à Alger | 0,20 | 1,70 30 26 150 Port de la lettre or- Lettre . . dinaire, circulation : ” intérieure #11" 0,10 0,90 15 6 150 Confection homme, À dre type courant, Alger. |52 470 8.900 8.500 163

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Cigarette.

Complet .

Ajoutons au tableau que nous venons de dresser un prix intéressant ious les Français, celui du ioyer. Nous savons que, dune manière générale, 1e loyer d'auJouru hui nest guère que trois ou quaure fois celui de 1914.

Nous constatons donc que les Pouvoirs publics ont déployé tout leur etiort pour maintenir dans les umites de faible auginentalon les prix des produits et services considérés comme indispensables à la grande masse des citoyens. De 1914 à 1949 le ioyer passe de 1 à 4, le pain de 1 à 96, le lait de 1 à 125.

La plupart des autres prix haussent considérab,ement : la leitre et le paquet de cigarettes passent de 1 à 150, le sucre à 158, le compiet à 163, la viande à 237. Avec son coefficient d augmentauon de 142 le vin est en quelque sorte à la charnière entre les prix maintenus artificiellement bas et les prix auxquels on a laissé la liberté.

Mais poussons plus avant cette analyse. On peut remarquer qu'en 1914, le litre de vin au détail était approximativement le soixantième du louis d’or. En décembre 1948, à 60 francs le litre à Aiger, il est le centième du louis dor, coté environ 6.000: trois mois plus tard, à 50 francs — il est toujours le centième du louis d'or coté 5.000 francs. Avec un louis tombé à 4.000 francs, le v.n à 90 francs n'est plus que le quatre-vingtième de ce louis. Pour être à son vrai prix — celui de 1914 — le vin devrait être payé 66 francs le litre si le louis vaut 4.000 francs, 83 francs si le louis vaut 2.000 francs.

Par comparaison, nous dirons : le kilo de viande était en 1914 le douzième du louis d'or, il est le treizième aujourd’hui si le louis vaut 5.000 francs et le onzième environ si le louis vaut 4.000. Ce qui permet de dire que la viande est à peu près à son vrai prix et que le vin est un peu au-dessous de son vrai prix.

Or, l’expérience prouve que la consommation baisse lorsque le vin vaut en Métropole plus de 75 francs le litre et en Algérie plus de 60 francs. Il est done de l'intérêt de tous de le maintenir au-dessous de ces prix maxima. Mais il est bien év dent qu’un vin offert très au-dessous de ces prix — on a en février 1949 cité des chais métropolitains offrant du vin à 39 francs le litre —— n’est plus fait avec du raisin.

Aiïinsi donc, le prix que paie au détail le consommateur français dépend

a) Du prix du vin à la propriété. Ce prix dépend lui-même de la quantité récoltée et de la qualité du vin vendu. En économie libre, la loi de l'offre et de la demande joue librement; en économie dirigée, la taxation peut être radicalement fausse, mais un gouvernement prudent doit l’établir sur des bases saines.

b) Des frais de transport, des marges commerciales et des impôts frappant le vin.

Mais il peut dépendre aussi

c) De la concurrence des vins étrangers admis à entrer en

France, vins produits souvent, sinon toujours, à meilleur compte que les vins français et qui peuvent être offerts à bas prix, si on les dispense de droits de douane.

En 1925, la France, l'Italie, l'Espagne, le Pcrtugal et l'Afrique du Nord, pays exportateurs pouvaient fournir pour environ 15 millions d’hectolitres de vins à des pays non-producteurs, mais consommateurs, qui réclamaient à peu de chose près cette quantité. A partir de 1925 deviennent exportateurs le Chili et la Grèce. Mais en fait, les importations en Métropole de vins étrangers ont été généralement faibles; et cetle importation «’a pu agir que peu et pour un temps assez court sur le prix du vin produit en France et en Afrique du Nord.

Nous allons donc dresser le tableau des prix, frais et taxes qui, s’ajoutant, portent un vin rouge courant d'Algérie, c’est-à-dire titrant 10 à 11°, au prix que doit payer, au détail, le consommateur parisien.

La base de nos calculs sera le prix moyen payé à la propriété cn 1948 pour ce type de vin, soit 3.500 francs : il y a eu des vins payés jusqu’à 400 francs le degré hectolitre, mais il y en a eu beaucoup plus payés 320. Le prix de 3.500 pour un 10 1/2 est une moyenne assez exacte.

La deuxième tranche de frais s'entend des frais cave du vendeur à quai Alger. Elle comprend : a) les frais de transport de la cave du vendeur au chai du négociant algérois, ces frais étant assez différents si le point de départ du vin est Orléansville, Maison-Carrée ou Aïn-Bessem ou Berrouaghia; b) les manipulations et la marge commerciale de l’acheteur algérois; c) la mise à quai Alger. L’ensemble de ces frais est estimé par les grandes maisons d’Alger et par la chambre de commerce à 25 francs par degré hectolitre en moyenne, soit environ 250 francs pour le vin de 10° à 11°.

Il est assez difficile de chiffrer la marge commerciale de l’acheteur algérien, car le commerce des vins a subi, surtout en 1948, des pertes sensibles, dues aux brusques et nombreuses variations du cours des vins durant la campagne. Toutefois, si du montant total des frais de cave propriétaire à quai du port Alger estimés à 250 francs l’hectolitre (moyenne de trois estimations différentes) on soustrait les frais de transport et de mise à quai que l’on peut évaluer avec assez d’exactitude à 190 francs, il resterait 100 francs pour le négociant, soit 4,2 % du prix payé à la propriété. Si l’on tient compte de toutes les opérations que le négociant exportateur a à effectuer (filtrage, coupage, etc.) on estimera cette marge très réduite.

Troisième tranche de frais, le transport quai Alger à chais du négociant Bercy. Les forfaits de transit sont sensiblement les suivants à l’hectolitre : transport de quai Alger à quai Rouen, vin dédouané : 900 francs. Rouen-Paris par péniche : 200 francs. Quai Alger à quai Sète, vin dédouané : 600 francs. Sète-Paris (chemin de fer ou citerne-auto) : aux environs de 600 francs dens

le meilleur cas. Nous prendrons pour notre calcul le forfait le plus bas. soit 1.100 francs.

Le vin ainsi parti de la cave du propriétaire récoltant vaut en arrivant au chai de Bercy aux environs de 4.850 francs. C’est sur ce chiffre que sont calculées les taxes à régler par le négcciant importateur (taxe à la production et taxe de transaction). Leur taux est d'environ 18 %, ce qui donne dans le cas considéré une majcration de 873 francs.

Le négociant importateur vend à un demi-grossiste, ou à des restaurants ou à des détaillants. Le restaurant et le détaillant alimentent le consommateur. Les renseignements relatifs à ces dernières opérations ne peuvent pas être demandés au négoce algérois : ils exigent une enquête à Paris même. Les résultats de ces recherches se résument ainsi : les frais de transport, les marges commerciales successives, les 15 % de la note pour le service dans les restaurants, les pourboires de livraison, la perte (évaporation, casse, vol, etc.) et en certains cas les frais d'assurance représentent de 1.250 francs dans le cas le plus favorable, à 1.750 francs, chiffre assez souvent atteint. C’est dans cette dernière phase de la circulation et de la distribution qu’on pourrait, semble-t-il, diminuer les frais. REC

En prenant les taux moyens des diverses dépenses que nous venons d’énumérer, nous dressons le tableau suivant

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