I. — DE QUELQUES ENSEIGNEMENTS ESSENTIELS
De l'étude du vignoble algérien, du vignoble tunisien et du vignoble marocain, d’abord sur le plan nord-africain et sur le plan national, puis sur le plan international, découlent des enseignements importants qu’il y a lieu d’énoncer et de classer avant de pousser plus avant la recherche que nous poursuivons.
Le premier enseignement est que le développement du vignoble nord-africain est désormais arrêté. Dans les trois pays parce que la législation, voulant éviter des crises de surproduction, a posé des règles impératives: en Algérie et en Tunisie parce que la plupart des terres à vignes ont été utilisées, au Maroc où l’on peut encore trouver des terres à vigne, parce que d’autres cultures attirent le colon et que les vrais vignerons manquent. Et ce vignoble dont l’essor est ainsi limité, se trouve présentement au plus bas de la courbe de sa production : en Algérie à cause surtout de son âge, en Tunisie à cause des atteintes du phylloxéra et des dégâts de guerre, au Maroc à cause des atteintes du phylloxéra et peut-être de quelques erreurs initiales.
Il suit de la que dans tous les calculs, dans toutes les formules que le souci de l’avenir engage le vigneron nord-africain à établir, il peut faire état d’une production assez bien déterminée et qui restera dans chaque pays très au-dessous des chiffres record de la période 1935-38. L’imagination n’a pas à se donner libre cours. Chacun connaît le maximum de ses possibilités et peut chiffrer ses espoirs. Il y a donc, et c’est un avantage précieux, des éléments de certitude dans les anticipations auxquelles chacun peut se livrer.
Un deuxième enseignement aussi certain et aussi utile est celui-ci : l’Afrique du Nord est le seul pays äu monde qui offre cette double particularité :
a) géographiquement, d’être situé dans la zone privilégiée de la culture de la vigne;
b) ethniquement, d’être habité par. une population dont la grande majorité ne boit pas de vin.
L'Afrique du Nord, l'Algérie surtout, est ainsi le plus important exportateur de vin du monde.
Troisième enseignement : sur l’ensemble du globe la production et la consommation de vin s’'équilibrent à peu près. Et cela grâce à des transports, car si tel PaÿS à un peu trop de vin, tel autre n’en à pas assez ou n’en a pas du tout. L’Algérie étant le pays qui a le
plus de vin disponible devrait, en théorie, pouvoir exporter du vin en toutes directions. Or jamais le commerce vraiment international n’a englobé l'Afrique du Nord dans son circuit : la quasi totalité du vin nord-africain va en France. L'Algérie, en particulier, ne peut donc pas considérer sa richesse en vin comme un gage de sécurité, puisque si une année et pour une raison quelconque, la Métropole ne lui réclame pas de vin, elle ne poura pas le placer ailleurs.
Arrivé à ce point du raisonnement le producteur algérien, tunisien ou marocain se pose deux questions
1° Doit-on considérer ce dernier jugement comme sans appel? Ne pourrait-on pas vraiment vendre le vin nord-africain et spéciale- ‘ment celui d'Algérie à d’autres consommateurs que ceux de la Métropole?
2° Et s’il en est absolument ainsi, ne serait-il pas sage de restreindre la production du vin au profit d’autres produits?
Essayons de répondre aux deux questions.