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II. — DES MARCHES OUVERTS AU VIN NORD-AFRICAIN

Les tableaux que nous avons dressés, les statistiques que nous avons interprètées prouvent nettement que la plupart des pays producteurs de vin se suffisent à eux-mêmes et ont un petit solde disponible. II est acquis que ce solde doit s’exporter sur les pays non proaucteurs.

L’Algerie a-t-elle vraiment fait un effort pour écouler son vin sur l’Europe centrale et nordique? Un effort, des efforts même, c’est certain, mais des efforts sérieux, non. La conquête d’un marché est une œuvre de longue haleine. Et cette œuvre n’était pas possible avant-hier à un Maroc dont le vignoble n'existait pas, à une Tunisie en croissance, à une Algérie dont le vin avait besoin de se faire apprécier. Aujourd’hui la qualité du vin nord-africain est reconnue. Mais il faut lutter contre des concurrents en possession et qui savent se défendre.

La Tunisie n’avait fourni aucun effort d'ensemble avant la crise phylloxérique et la période de sous-production fit cesser tout envoi de vin en pays étrangers. Les tentatives privées, comme celle au don:aine de Zayana approvisionnant quelques commerçants belges, eussent gagné à être soutenues par le commerce et l'Administration.

Ainsi l'Algérie et la Tunisie, sachant combien la France métropo’itaine a kesoin de leurs vins n’ont peut-être pas fait il y a vingtcinq ans, il y a trente ans, le travail de propagande à l'étranger qui était nécessaire. L'idée s’est ancrée dans les esprits que cet effort était inutile.

A l'heure présente la difficulté d'obtenir des devises rend à peu près illusoire tout essai d'exportation de vin nord-africain. L’Admipistraticn se refuse à suivre les pays étrangers et à réaliser peur

les producteurs et les exportateurs un quelconque dumping. Et tous les projets envisagés par des maisons de commerce sérieuses. par des coopératives, etc., pour créer des magasins de vente directe à l’étrangcr, pour répartir et utiliser un certain contingent de devises, etc., demeurent de simples étüdes théoriques.

Nous sommes persuadés cependant que le vin nord-africain peut s’ouvrir des débouchés, mais nous croyons également que la réussite en cette voie pourra demander beaucoup de temps et ne pas être très complète.

Par ailleurs, on à montré que les vins algériens et dans une certaine mesure les vins tunisiens ont une vocation nette : être pour la vendange métropolitaine des vins médecins. Jamais Ja Métropole n’abandonnera nos excellents vins de coupage. Mais serat-elle chaque année en mesure d’absorber la totalité de notre récolte disponible? Toute la question est là.

Ainsi donc que nous considérions le problème de j’étranger ou de Ia Métropole nous arrivons au même résultat : la sécurité pour le vigneron nord-africain serait d’avoir un peu moins de vin à écouler, sans, bien entendu, diminuer la production du vignoble. Ce qui revient à dire : l'Algérie, la Tunisie, le Maroc peuvent-ils développer aux dépens des raisins de cuve, les raisins de table, les raisins secs, les jus de fruit? ou produisant la même quantité ce vin demain qu'aujourd'hui, peuvent-ils augmenter la part des mistelles, des vins de liqueur, des alcools? C’est ce que nous allons rechercher.

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