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IT. — LA PRODUCTION DES RAISINS DE TABLE EN AFRIQUE DU NORD

Peut-on, et si l’on peut, doit-on développer en Afrique du Nord, la production &u raisin de table?

Le question a été débattue bien des fois. Et c’est dans les assemblées professionnelles qu’elle a £té discutée de la manière la plus pertinente.

Notons tout de suite que le problème se pose de manière légèrement différente dans chacun des trois pays nord-africains, et que pour chacun d’eux on doit examiner successivement : 1° l’augmentation de la consommation locale; 2° l'augmentation des exportations sur la Métropole; 3° l’envoi de raisins frais à des pays étrangers.

Algérie. — L’Arabe ou le Kabyle vivant en pays viticole consomme naturellement le raisin frais. L’indigène de la montagne, des hauts plateaux et du sud, non habitué au raisin, ne le consomme que lorsque, manquant de ses aliments normaux et coutumiers, il a faim. Il ne faut donc pas déduire des achats de raisins faits en 1942-44 par les hauts plateaux et le sud, que la consommation du

raisin frais puisse être largement développée en ces régions. Une très légère augmentation, oui, une large consommation, non. Et encore cette légère augmentation est à prévoir pour la plus grande part dans la zone du Sahel, des plaines littorales, des pentes de l'Atlas viticole.

L'augmentation des exportations sur la Métropole est limitée par la production même de la Métropole. Les seuls raisins pouvant se vendre sont les raisins primeurs qui viennent à maturité avant les premiers de la Métropole. Aux grandes assises d'Alger en 1938, le professeur Chassant, président du Comité permanent interrégional des raisins de table, a été d’une netteté qui ne laisse place à aucun doute; et prenant la parole après lui, le Président des primeuristes algériens soutenait en fait la même thèse particulariste, quand il constatait avec effroi que de 1935 à 1938 les envois sur la Métropole de raisins frais tunisiens étaient passés de 6.000 à 25.000 quintaux (1). Dans ce domaine encore possibilités modestes. À moins que l’on ne puisse planter des cépages vraiment très précoces, mais cette hypothèse admise, quel tonnage supplémentaire pourrait-on diriger sur la France d’un raisin supérieur à prix élevé, ne pouvant paraître que sur quelques tables privilégiées ?

Du moins peut-on exporter sur des pays étrangers? Les Anglais n'hésitent pas à consommer des raisins tout à fait verts, dont la France métropolitaine ne veut à aucun prix, car le Français mange le raisin à même la grappe, alors que les Anglais l’assaisonnent avec du sucre et diverses liqueurs. À supposer que l’on puisse développer quelque peu cette exportation vers l’Angleterre et qu’on puisse l’étendre sur la Scandinavie ou l’Europe centrale, le gain obtenu sera minime, quelques milliers de quintaux. Les spécialistes, nous voulons dire les producteurs de Guyotville, sont affirmatifs à ce sujet.

Tunisie. — L'indigène tunisien, plus que l’Algérien, est susceptible de consommer du raisin, pour les raisons qui ont été exposées dans les chapitres précédents; à savoir que la culture de la vigne est permanente depuis la plus haute antiquité dans nombre de régions de la Régence, et que le Sud tunisien (proximité de la mer, nature des raisins, etc.) est plus viticole que le Sud algérien.

Par ailleurs, les chiffres qui ont déjà été cités, montrent que la Tunisie fait un effort réel pour développer son exportation de raisins frais sur la Métropole.

Enfin la Tunisie serait en mesure tout aussi bien que l'Algérie de développer une exportation sur l’Europe septentrionale et centrale. si elle s’avérait possible.

Telles sont les données théoriques. Mais que dit la pratique? M. Chedeville répond : « L’exportation des raisins de table n’a jamais pris un gros développement en raison de la précarité des

(1) Journées agricoles d'Algérie, p. 193.

relajions mar:times avec la France, du manque d'aménagement des navires et de la lenteur des traversées, 36 heures. Elle a été virtuellement arrêtée dès 1940. » Des améliorations sont évidemment possibles, l’utilisation de l’avion change certaines données du problème. Mais c’est toute une tâche délicate à entreprendre.

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Maroc, — Nous savons que le Marocain mange plus que l’Algérien et le Tunisien et notamment plus de viande, de légumes et de fruiis. Nous savons que comme en Tunisie, la vigne n’a jamais cessé d’être. cultivée dans la grande majorité des provinces de l'Empire chérifien. C'est en s’appuyant sur ces deux données essentielles qu'on a pu dire : la consommation de raisins frais du Maroc est et sera toujours supérieure à celle de l'Algérie.

Il y a lieu de remarquer que le Maroc à une superficie territeriale assez inférieure à celle de l’Algér.e, et qu’il consiste pour une part non négligeakle en steppes désertiques et en très hautes montagnes. On exagèrerait donc en considérant la zone viticole marocaine comme beaucoup plus étendue que la zone viticole algérienne. Ce qui par contre n'est pas discutable, c’est que l'indigène marocain ‘est susceptible de consommer des quantités importantes &e raisin frais. Nous admettons donc que sur ce sujet il y a possibilité d'une augmentation de la consommation. Cette augmentation se produira d’ailleurs, comme en Algérie, de manière automatique, par l'augmentation considérable et continue de la popuiation indigène.

Quant à l'exportation voici ce qu’écrivait en 1947, M. Labat « Toute la région côtière et particulièrement celle qui s'étend au sud de Casablanca, grâce à son climat et à la nature de ses terres, déjà exploitées pour la production des légumes primeurs, semble tout à fait propice à la culture des raisins primeurs. Il n’est pas interdit de penser que les chasselas, dans cette région pourront être mûrs et exportables avant la fin juin, si l’on met en œuvre les moyens culturaux nécessaires pour hâter la maturité. »

M. Labat ajoute que le Maroe pouvant obtenir à la’fois la précocité et la qualité doit pouvoir prendre une place importante sur le marché mondial; et il estime que les exportations de raisins frais — comme aussi celles de raisins secs —— réalisées depuis 1940, donnent très bon espoir.

Nous pensons qu'’effectivement le Maroc peut développer, dans une mesure modeste, la production, la consommation locale et l'exportation du raisin de table, Mais si l’on veut bien se rappe'’er que le vignoble marocain n’est en superficie que le quinzième du vignoble’ algérien, on admettra qu’un gain, utilisable et profitable pour l’Empire chérifien lui-même, ne pèsera que fort peu dans les Calculs applicables à l’ensemble de l'Afrique du Nord, pour laquelle la situation peut se résumer comme suit

Très grande difficulté de développer l'exportation du raisin ce tab'e d'Algérie, consommation locale en augmentation poss ble de quelques milliers de quintaux par suite de la croissance de la popu-

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lation. musulmane dans les régions viticoles. Possibilités de légère augmentation de la production tunisienne, mais les viticulteurs ne s'intéressent pas à ia question. Amélioration plus sensible en ce qui concerne l’Empire chérifien, tant par augmentation de la consommation locale que par exportation de raisins de table extrêmement précoces; mais il ne s’agit néanmoins que de quantités restreintes, quelques dizaines de milliers de quintaux.

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