IV. — LA MAIN D'ŒUVRE — LE PRIX DES TRAVAUX
Au début la vigne est plantée par des vignerons .qui travaillent comme leurs pères de la Métropole. Le chef de famille sur un petit vignoble est aidé par ses enfants. Dès que le vignoble s'étend un
e peu il faut avoir recours à une main-d'œuvre supplémentaire. On fait appel à quelques indigènes.
A combien revient la culture de la vigne? L’inspecteur de la colonisation donne pour 1847 le chiffre de 400 francs à l’hectare pour la plantation, de 300 à l’hectare pour la culture. Le blé coûte à cette époque 287 francs de culture, la pomme de terre 400, le tabac 600. Vingt ans plus tard, exactement en 1865, nous relevons les chiffres suivants : plantation de la vigne 600 à 700 francs l’hectare, culture 300, culture de l’hectare de blé 132, tabac 710.
A partir de 1879 et jusqu’à la guerre de 1914 on fait appel à la
main-d'œuvre espagnole et italienne. Les ouvriers espagnols em Oranie et dans le département d'Alger, sont tantôt des saisonniers qui viennent exécuter certains travaux délicats, notamment la taille, tantôt des volontaires qui se fixent au sol et peu à peu par leur énergie et leur sobriété deviendront propriétaires. Dans les plaines du département de Constantine un peu, et en Tunisie en grand nombre, les ouvriers italiens remplissent un office analogue et parviendront au même résultat.
La création d’un hectare de vigne revieñt à 2.000 francs en 1878, à 3.500 en 1900. Le prix de la culture est en 1878 de 350 francs, en 1899 de 325, en 1900 de 300. Ainsi la création du vignoble exige des sommes de plus en plus élevées, mais les frais de culture restent sensiblement les mêmes. De diverses enquêtes viticoles nous extrayons les chiffres suivants qui précisent ceux qui viennent d’être fournis. En 1884 la constitution complète d’un vignoble, achat de la terre, plantation de la vigne, construction de la cave; revient à 5.500 francs l’hectare. Dix ans plus tard on estime que la plantation et la mise sur fil de fer reviennent à 828 francs l’hectare. Enfin, en 1912, l’hectare de terre nue, en région moyenne, se paie 160 francs dans l’Algérois, 150 en Oranie, 195 dans le Constantinois. 1
De 1915 à 1938, le vignoble se développe toujours; on fait de plus en plus appel à la main-d'œuvre indigène. Et tous les prix haussent d’une manière continue. En 1936, d’après Berthault, les frais à l’hectare sont de 2.050 francs, non compris l’amortissement et la rente foncière. Mais que dire de l’ascension de 1945 à 1948? Quand on la connaît, on ne peut s'empêcher de se reporter avec quelque mélancolie aux prix que nos pères pratiquaient.
En 1945, M. Fontanille établit à 27.266 francs les frais de culture de la vigne, et l’hectolitre revient à 666 francs à la propriété.
Et voici les chiffres de la campagne 1946-1947 pour le département d'Alger :
Zone sèche plaine ...... 71.844 francs à l'hectare Zone sèche coteau ...... 70.125 » »
Zone humide plaine. .... 79.598 > »
Zone humide coteau .... 79.256 » »
soit une moyenne de 75.204 francs. Dans ce total les frais de cuiture proprement dits (labours, taille, soufrage et sulfatage, traitements divers, façons particulières, remplacement des pieds manquants et fumure) représentent de 33 à 35.000 francs; les frais de surveillance et les frais généraux (personnel de direction, entretien et amortissement du matériel de culture, du cheptel vif, assurances, congés payés, impôts) sont aux environs de 27.000 francs; enfin, la valeur locative moyenne des bâtiments d’habitation et d'exploi- : tation oscille vers 5.000 francs.
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Pour la campagne 1947-48, les chiffres de la Cinfédération des Vignerons d’Alger sont les suivants :
Zone sèche plaine ...... 118.961 francs à l’hectare Zone sèche coteau ...... 116.608 > > Zone humide plaine .... 128.005 > »
Zone humide coteau .... 129.206 > »
Dans la plaine de Bône, les frais ont approché de 200.000 francs.
La progression des dépenses est aisément mesurable en comparant les salaires agricoles, payés à la journée ou au mois, que ces salaires soient librement débattus entre employeur et employé, ou qu’ils soient fixés par voie d'autorité. Les salaires ont toujours été un des éléments essentiels du coût du faire valoir; ils ont tendance à en devenir le plus important. Une étude spéciale leur sera consacrée (3).
(3) La question des salaires agricoles sera traitée en détail au chapitre VII.