‹ Le Vignoble Nord-AfricainChapitre 6 sur 216 · GANT ROULE · texte numérisé non relu

GANT ROULE

avec certitude qu’à cette époque la culture Ge la vigne est florissante dans la Province, qui est aujourd'hui la Tunisie, dans la Numidie et la Mauritanie, nous savons également qu’un commerce viticole important s’est développé entre l’Afrique du Nord et Rome.

Les renseignements sont bien moins nets sur le rôle joué par le vignoble durant les périodes vandale, byzantine et berbère. Il y a Heu de croire que la vigne a continué à être cultivée pour les besoins locaux, mais les échanges ayant cessé à peu près totalement entre les rives nord et les rives sud de la Méditerranée, la production, privée de marchés d’exportation, a äù décroître progressivement.

Une deuxième période de l’histoire du vignoble s'ouvre : elle englobe les siècles de domination arabo-turque.

Le peuplement arabe augmentant la vigne va à peu près disparaître, ear le Coran a jeté l’anathème contre le vin. C’est une longue suite de siècles qu’on a pu appeler à certains points de vue, des siècles obscurs; mais en ce qui concerne le vignoble la situation est très claire, il se réduit aux quelques ceps qui assurent aux habitants uns consommation de fruits frais et encore cette cuture est-elle très localisée. Les auteurs arabes qui se sont montrés parfois prodigues de détails sur la flore nord-africaine, sur l'olivier, sur le dattier, ne nous disent à peu près rien du raisin.

Aussi est-il assez difficile d'expliquer qu’au xvrrr° siècle la culture de la vigne ait quelque peu repris. Le vignoble s'étend, des variétés nouvelles ont été importées d'Espagne et d'Orient. Ces importations de cépages espagnois fournissent selon nous l’explication qu'il faut bien chercher. On sait qu à partir du xrr1° siècie, les Maures andalous, chassés d’Espagne, reviennent en Afrique du Nord. Les Maures andalous en grande partie de lointaine origine berbère étaient, dit E. F. Gautier, le cerveau de l'Islam occidental et ils reviennent au Maroc pour, de là, se répandre jusqu’à Tunis.

Or, dans ce vaste continent, c’est toujours Gautier qui l’affirme, bien des hommes étaient encore fidèles à la langue et à l'esprit de Massinissa. Ces réfugiés qui ont emporté avec eux la clef de la maison ancestrale de Séville ou de Grenade et qui vont précipiter ke mouvement d’islamisation en fournissant un important contingent de marabouts convertisseurs, introduisent des méthodes de culture qui faisaient la richesse de l'Espagne. On leur doit les orangerics de Blida. Il est vraisemblable qu’on leur doit aussi ‘e vignoble qui, cent ans environ après leur venue, recommence à parsemer le pays. Et au cours du xvirr° siècle, on verra même quelques Musulmans faire du vin, mais ce sont surtout les Juifs qui le fabriquent.

Remontent sans doute à cette époque, les Farana qui donnent lun des meilleurs vins d’Algérie, chauds et corsés, si excellents surtout dans la région de Mascara et ces « grands noirs » indigènes du Sahel Algérois, à forte peau et goùt accusé de muscat.

Lorsque nous débarquons à Sidi Ferruch et que peu à reu nous progressons dans le pays, nous trouvons la vigne plantée à Alger,

: — 11 — # dans le Zaccar, à Médéa, à Mascara, à Tlemcen et en Kabylie. Ce vignoble présente deux caractéristiques, il est constitué de cépages très vigoureux, et il est surtout un vignoble de montagne, s’étageant de 500 à 1.000 mètres d’altitude.

La troisième période de l’histoire du vignoble nord-africain est la période française. Bien qu’elle soit encore très courte en comparaison des deux premières, c’est elle qui nous intéresse tout spécialement, nous la vivons et notre but essentiel est de déterminer quel peut être demain le destin de ce vignoble qui nous entoure. Nous devons donc entrer dans des détails beaucoup plus circonstanciés. Ce qui nécessite que la période de cent dix-huit années que nous allons avoir à caractériser soit subdivisée d’après certains critères.

Première remarque : ce qui a donné naissance au vignoble qui fait présentement l’orgueil des Nord-Africains, c’est la substitution de la puissance française aux maîtres arabes, puis turcs. Or la pris de possession par la France du sol africain s’est faite progressivement et pour s’en tenir aux trois grandes divisions politiques, Algérie, Tunisie, Maroc, trois dates émergent : 1830, 1881, 1907.

Deuxième observation : la subdivision qui s’impose découle aussi de conditions législatives et sociales. Il est normal que dans chacune des trois parties de l’Afrique du Nord Française, il y ait eu au début de notre intervention, une période assez délicate de tâtonnements dans l’effort législatif autant que dans le domaine économique et sur le terrain social. Arrêtons-nous un instant sur chacun de ces ordres d'idées et de faits et nous constaterons que les conséquences qui en ont tout d’abord découlé se prolongent encore aujourd'hui, maïs proviennent désormais des conditions mêmes du développement du pays et non plus d’une insuffisante connaissance des possibilités du>sol et des hommes.

Lorsque nous avons débarqué en Algérie, la France métropolitaine connaissait vraiment mal le sol et les habitants de ce pays nouveau pour elle. Elle a considéré d’instinct l'Algérie comme une colonie, l’apparentant aux régions tropicales ou vraiment éloignées, ne saisissant pas son caractère avant tout méditerranéen. On a songé à lui demander ce que le sol métropolitain ne fournissait pas, du coton par exemple, de la canne à sucre. Ce n’est qu’à l’usage que ces productions ont apparu assez mal adaptées au climat algérien. Ce n’est que progressivement que la vigne a acquis la place qui lui revenait normalement.

Par ailleurs, la paix française a développé considérablement la population, une population qui Gouble tous les quarante ans environ et dont il faut employer les bras. La vigne est une des cultures qui demandent la plus importante main-d'œuvre. Cette condition d'ordre social a contribué autant que la parfaite adaptation au climat à développer le vignoble. Et la culture de la vigne, mieux encore la production du vin nécessitant des cadres européens, l’extension du vignoble a favorisé le peuplement français.

Enfin, il s’est trouvé, et c’est un point sur lequel il faudra four-

neo ere ‘

: 8 ; nir Ges renseignements précis dans le cours de cet ouvrage, que Si la possession d’un vignoble n’est pas exactement comme certains l'ont prétendu la possession du meilleur trésor, si l’Algérie ne peut remplacer dans la légende à travers les siècles un Pérou ou un Eldorado enrichissant fous ceux qui posaient le pied sur ces terres favorisées, la culture ce la vigne est, dans l’ensemble, rémunératrice.

De ce simple exposé résulte qu’en un siècle de colonisation françcaise le vignoble algérien devait connaître après une ère de tâtonnement, une période de développement progressif, enfin un âge de grande extension. Les périodes vont sensiblement la première de 1830 à 1878 et on peut l’étendre jusqu’à 1881 pour tenir compte de notre entrée en Tunisie; la seconde est incluse entre 1881 et la première guerre mondiale 1914, notre installation au Maroc en est un incident favorable; la troisième est comprise entre 1914 et 1938, année qui marque l’apogée.

Mais après avoir indiqué les conditions de développement du vignoble énumérons les causes de la régression et voyons si l'entrée en action &e ces causes ne modifie pas la chronologie provisoirement adoptée.

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