IIT. — INFLUENCES QUI S'EXERCENT CONTRE LA PROSPERITE DU VIGNOBLE
Il y a lieu de considérer tout d’abord que Afrique du Nord, quelle que soit l'importance de son vignoble, et l’on sait qu'il s’est haussé au quatrième rang Ges statistiques mondiales, demeure modeste en cemparaison du vignoble métropolitain, dont il n'est guère que le quart. D’où nous déduisons que le vignobie nord-africain ressent automatiquement les à-coups qui frappent le vignoble métropolitain. Il les ressent d'autant plus vivement que, l’indigène nord-africain ne consommant pas de vin, l’Afrique du Nerd exporte chligatoirement la majorité de sa récolte vinifiée, doit donc chercher des débouchés &ans les pays consommateurs de vin, en France tout d’abord, si bien que toute surproduction dans la Métropole entraînera une crise en Afrique du Nord et le fait ne pouvait pas ne pas se proûuire.
Etudions maintenant la vigne du point de vue technique. On sait que le cep de vigne ne peut prospérer si la teneur en sel du sol est trop élevée. Un demi-gramme de sel par kilogramme de terre est une bonne proportion. Certains plants peuvent supporter jusqu’à 1 g. 50 maïs tous les plants meurent, s’il y a 1 g. 70. On sait aussi que la vigne ne peut supporter une trop forte dose de calcaire, et lon dispose de plants appropriés aux diverses doses des divers terrains, mais ce serait folie que de vouioir constituer un vignchle dans ces terres vraiment trop chargées de calcaire. On
sait que le sol ne doit pas contenir trop de fer sans quoi les vins surtout les blancs, ne sont pius loyaux et marchands. On sait entin que si la vigne aime l’eau, en Camargue on inonde le vignoble, elle ne s’accommode pas de la persistance d’une eau longtemps stagnante, il faut pour planter, drainer les terrains marécageux. Le sable et les cailloux acceptent volontiers la vigne. L'Algérie présente toutes les natures de sol, mais au début parce qu’on conna ssait mal le pays, et vers 1930, au moment de l’engouement général, on à planté de la vigne en des terrains où sa culture était contreindiquée, et il est normal que ces vignobles n'aient pu tenir.
La vigne a des ennemis nombreux, Mildiou, Oïdium, Eudemis, Altise, etc., mais son principal adversaire est le Phylioxéra. En Métropole la crise phylloxérique a débuté en 1875. En Afrique du Nord il ne s’est introduit que baucoup plus tard. Il n'est cevenu dangereux en Algérie que dans les premières années du xx° siècle et la Tunisie a pu être protégée jusqu’à la seconde guerre mondiale.
Enfin on doit noter que la vigne à une vie limitée. Les cépages français vivaient dit-on jusqu’à cent ans. Cinquante étaient du moins une durée souvent obtenue. Mais les vignes françaises gre:fées sur plants américains, pour résister au phyiloxéra ne dépassent guère vingt, vingt-cinq ans de vie; et les vignes hybrides produtteurs directs ne dépassent guère quinze, vingt ans. Il suit de là que tous les vingt ans environ une parcelle de vigne doit être reconstituée. Et comme la plantation du vignoble s’est faite progressivcment, sa reconstitution devrait se faire progressivement, avec Ge-ci de-là des « pointes » mais qui n’altèreraient pas le caractère général de la loi biologique et du phénomène économique. Mais trois faits sont venus détruire cette harmonie : le premier est l’apparition du phylloxéra, il a interrompu la durée normale @e vie du vignob'e, il s’est développé d’ailleurs de manières différentes suivant les régions. Cause physiologique. Le deuxième fait est une cause économique et sociale : on a planté de manière intensive vers 1925-35. Une grande partie au vignoble algérien arrive donc en fin de carrière à la même heure, c’est là une de ces pointes qu’on a signalées, mais la gravité de la situation provient aussi du troisième fait, d'ordre politique celui-là, la guerre de 1939-45. Elle a empêché de soigner le vignoble comme il eut fallu et elle n’a pas permis la reconstitution normale.
Si l’on sait bien considérer en même temps toutes les causes de regression du vignoble, on constate qu'elles ont commencé à prtduire leurs effets vers 1930, date de la surproduction métropolitaine, mais n’ont été sensibles en Afrique du Nord qu’à partir de 1938. À dater de 1939 elles agissent toutes ensemble. Si bien que 'e vignoble algérien en sa grande majorité est à l’heure présente un vignoble vieilli, produisant au-dessous de la normale. Le vignoble tunisien est un vignoble en partie disparu, à reconstituer d’urger ce, le vignob'e marocain est encore au stade du premier äéveloppement.
Pere
Concluons : 1938, 1948 est pour l’ensemble du vignoble nordafricain une décade de régression.
Mais en cette année 1948 —- celle où nous écrivons — on aperçoit l’aube du renouveau. Et dès lors on peut se demander si le vignoble nord-africain refait et développé, assurera à ceux qui le travaillent de saines années de prospérité, ou si cè renouveau ne sera qu’une éphémère flambée dans un milieu d'échanges élargis à la concurrence âpre et aux multiples aléas.
IV. — LE DEVELOPPEMENT DU VIGNOBLE NORD-AFRICAIN FAITS ECONOMIQUES ET FAITS SOCIAUX (1830-1948)
Pour pouvoir répondre à cette question il ne suffit pas d'avoir esquissé un résumé chronologique et d’avoir énuméré quelques données techniques. D’autres faits, d'ordre économique, d'ordre social sont à prendre en considération, et dès les premières pages de ce travail.
Essayons donc de caractériser le passé viti-vinicole de l'Afrique du Nord Française.
Il semble bien que l’on puisse résumer tout ce passé en groupant les idées et les faits sous trois chefs principaux.
Ce qui frappe dès l’abord, si l’on essaie d’embrasser d’un large regard synthétique cette longue histoire économique, c’est la constance et l’ampleur de l'effort dépensé, autant que la réussite du vigneron amoureux de son métier. Et l’on comprend qu’en Aigérie, tout au moins, la situation économique du pays aépende depuis bien des décades de l’essor du vignoble.
La constance et l’ampleur de l'effort dépensé autant que sa réussite incitent à pénétrer plus avant dans l’étude de la vie du vignoble. On désire se rendre compte et des obstacles qu'il a fallu vaincre, et de la solidité des résultats obtenus, et des incidences de tous ordres que les événements — car en plus d’un siècle les aspects changent souvent — ont entraînées. On est donc tenté de remplacer la vision d'ensemble par un examen appuyé de certains de ces aspects.
Et avant même que l’on descende à l’étude de détail on découvre ce fait capital : que le vigneron nord-africain a eu à dominer une nature parfois hostile, encore que l'Afrique du Nord soit essentiellement terre à vigne, mais à lutter aussi contre des obstacles humains. La concurrence économique est souvent âpre. Une très large partie de l’histoire viti-vinicole de l’Algérie est l’histoire d’un conflit sévère.
Les conflits entre la viticulture métropolitaine, spécialement la viticulture méridionale, et la viticulture algérienne ont été si violents et par instants si tragiques, qu’on ne peut pas ne pas les évoquer dès cette introduction.