V. LES CRUS ALGERIENS
On sait (7) que les premiers vins d'Algérie n’avaient pas été très appréciés et qu’en effet leur vinification laissait à désirer; mais qu’assez rapidement les viticulteurs avaient amélioré la qualité de leur production. Le commerce, de son côté, faisait un effort méritoire. Très anciennement d'importantes maisons, par la sélection des caves dont elles achetaient le vin et par des coupages heureux, ont voulu présenter au public un vin de qualité. Leur laborieux effort a été couronné d’un plein succès et depuis plus d’un demisiècle des marques commerciales ont acquis une légitime réputation. Telle fut la première formule des vins supérieurs. Elle est tou-
(6) I1 s’agit des chiffres de la grande période (1929 à 1940). Car antérieurement (voir ci-dessus) il y a eu des rendeinents supérieurs en 1914 notamment : Alger : 102 hectolitres à l’hectare, Constantine : 87.
(7) Comparez chapitre III : La vinification.
jours en vigueur à juste titre, mais elle ne repose que sur une réussite justifiée et sur les droits à la marque commerciale que confère notre législation ordinaire.
Une deuxième formule a été celle des vins sélectionnés (8). Eile n'était pas sans mérite comme on a pu le remarquer, mais d’origine lucale, elle différait sensiblement des modalités qui furent adoptées en Métropole pour ies vins déiimités de qualité supérieure. Aussi ies vins sélectionnés n’eurent-ils qu’une existence légale éphémère.
La troisième formule date de 1946. Certaines régions ont été délimitées et leurs vins sont classés en catégorie spéciale s’ils remplissent un certain nombre de conditions (nature du cépage, rendement maximum à l’hectare peu élevé, degré alcoolique important. dégustation et agréage par spécialistes).
Les régions délimitées toutes @e montagne ou de coteau et plateau d’une altitude de 500 à 1.250 mètres sont au nombre de huit : quatre dans le département d’Alger : Médéa, Haut-Dahra, Aïn- Bessem-Bouira, Miliana; quatre dans le département d'Oran : Mascara, Tlemcen, Mostaganem, Oued Imbert.
« Dans l’aire délimitée de Médéa les vignobles couvrent aujourd’hui 4.600 hectares, cultivés par'252 viticulteurs et pouvant preduire annuellement 100.000 hectolitres d’un vin coloré, de grande finesse de goût; la teneur alcoolique est d'environ 13° » (9). Les chiffres cités pour ce vignoble, comme pour les suivants, sont ceux de 1947. Les vignerons de cette région peuvent être donnés en exemple pour le soin qu'ils apportent à la culture et à la vinification. C’ést dans cette région qu'est situé le vignoble d’Ouled- Brahim accroché à des pentes montant de 1.000 à 1.232 mètres d'altitude, et par suite plus élevé que le plus haut vignoble d'Europe.
Le deuxième par l’importance des vignobles fins du département d’Aiger est celui du Haut-Dahra. Ii couvre 2.000 hectares appartenant à 67 propriétaires, sur trois communes Renault, Rabelais et Paul-Robert, ayant chacune sa cave coopérative qui groupe presque tous les vignerons du centre. Altitude du vignoble 500 à 800 mètres, vins rouges colorés, fins et puissants.
Le troisième est situé entre 650 et 750 mètres, en sol souvent calcaire et donne sur 1.500 hectares les vins au remarquable velouté d’Aïn-Bessem-Bouira. M. Laurens, Président de la Fédération des V. D. Q. S. observe que les colons de cette région sont tous venus dès 1866 de la région Sud-Rhodanienne (Drôme, Vaucluse et Gard) et qu’ils ont importé les façons culturales de leur province d’origine.
Enfin cinq communes, Miliana, Marguerite, Changarnier, Levacher et Hammam-Righa constituent le vignoble de Miliana, cultivé pour une large part sur les flancs calcaires du Zaccar, la montagne riche en fer, haute de 1.500 mètres, mais ne portant la vigne qu'entre 500 et 900; sur 1.000 hectares, 70 vignerons livrent depuis
(8) Cf. chapitre II : Règles viticoles de l’Algérie (prescriptions vilicoles d’origine algérienne).
(9) Laurens, loc. cit.
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un siècle un vin renommé, celui qui fut primé dès 1872, celui qui peut-être a fait le plus, avec quelques crus de Médéa, pour le renom des vins algériens. Les récompenses obtenues dans les expositions françaises et étrangères par les vins du Zaccar ornent les modestes demeures de leurs producteurs (10).
Les quatre régions oranaises représentent en 1'° catégorie, un peu moins de 14.000 hectares et au total 17.719 hectares; car il existe à Mascara une zone de plaine, dite de 2° catégorie, par rapport à la zone de coteaux dite de 1" et dans la région &e Mostaganem- Dabhra, on a établi également une zone de 1° et une zone de 2° catégorie. L’aire des V. D. Q. S. d'Oranie — quatre syndicats — est donc plus du double de l’aire algéroise (8.465 hectares). La production a été de 288.00 hectolitres en 1947 (contre 183.500 dans l’Algérois). Cette production dépasse rarement 20 hectolitres à l’hectare. Mais les qualités originales des V. D. Q. $. d’Oranie, haute leneur alcoolique et goût particulièrement apprécié des consommateurs, ont créé une clientèle fidèle d'acheteurs métropolitains qui, depuis de nombreuses années importent la quasi totalité de la production.
Enfin, il faut indiquer que l'Administration algérienne a établi un tableau de classement des appellations ayant fait l’objet de revendications. Ce tableau comprend les vins suivants : coteaux de l’Harrach (Pères Blancs, Maison-Carrée), Trappe de Staouéli (domaine BorgeaucG), Zammouri (domaine Vasseur à Courbet). Ces trois domaines dans le département d'Alger; et dans celui de Constantine, Château de Guebar (“omaine Bertagna, plaine de Bône), et Tsmara (domaine d’Hespel, Jemmapes) (11).
B. — Le Vignoble tunisien