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I. — LES RAISINS DE TABLE

On a déjà noté que lorsque les Français occupèrent l'Algérie, puis la Tunisie, puis le Maroc, ils y trouvèrent, en zone montagneuse surtout, et un peu aussi dans les jardins des villes, de la vigne produisant du raisin de table.

L’instant est venu de faire l’inventaire de ces vignes (2).

(1) Voir chapitre XII les chiffres de l’exportation dans les vingt dernières années.

(2) Vivet : Les variétés de raisins de table cultivées en Algérie (Journées agricoles d'Algérie 1938, p. 195).

Quatre variétés principales appartenant toutes à la catégorie des raisins tardifs : 1° l’ahmar-bou-ahmar, grosse grappe rouge, vendue à Alger du début d'octobre au 15 novembre et à Oran sous le nom d’Ei-Bordj ou Bordja; 2° le Bezoul et Kadem, blanc, maturité fin de septembre; 3° lPadar, blanc, maturité début octobre; 4° le noir kabyle, vendu sur les marchés d’Alger de la mi-novembre au début de décembre. On peut rapprocher du noir kabyle l’'Ohanez, originaire de la province d’Almeria dont il existe une plantation à Bou-Sfer, près d'Oran, et dont les grappes ont été conservées jusqu’en fin février.

En 1853, M. Charles Pons, originaire de Provence (3), plantait à Staouéli-Trappe quelques milliers de boutures d’un chasselas importé de son pays et qui est une variété du chasselas doré de Fontainebleau. En 1875 la culture de ce raisin s’étendait du Cap Caxine à Zéralda. En 1898 on commençait à l’expédier ce cette première zone et du Sahel de Birmandreis, Birkadem, sur Paris, Lyon, Marseille, puis sur Genève et Bâle; en 1898 sur Cologne, qui absorbait chaque année 1.000 tonnes, soit le dixième de la production totale du littoral et du Sahel algérois. En 1918 régression, due au phylloxéra. Aujourd’hui reprise de la culture et de l’exportation.

Le chasselas de Guyotville doit son succès à sa précocité, il est exportable le 25 juin. ‘Frois autres variétés précoces ont été mises à l'essai, la Madeleine-Oberlin et la Perle de Csaba, toutes deux bonnes le 25 juin. Il y a quelques pieds de Sicilien (ou Panse Précoce) à couper le 30 juin, en Tunisie, mais à vrai dire, seul le chasselas compte.

Parmi les raisins de maturité moyenne il faut citer : 1° le muscat de Hambourg (noir, 2° quinzaine d’août, Alger et Bône); 2° le muscat d'Alexandrie (blanc, 20 août, 500 hectares sur le littoral d'Alger, Philippeville et Bône); 3° l’Alphonse-Lavaillée (noir, fin août, Bône); 4° le dattier de Beyrouth (blanc, 1° quinzaine de septembre. Quelques dizaines d'hectares, Alger, Bône, Philippeville) ; la Sultanine (blanc, 1° quinzaine de septembre, originaire de la Méditerranée orientale introduit par le Docteur Trakut, cultivé à Abbo et Affreville).

Nous aurons donné la liste complète si nous ajoutons aux raisins tardifs autochtones, trois qualités introduites le Servant et le Saint- Jeannet, quelques plants et le Valensi, blanc identifié par Ravaz avec la Panse de Roquevaire, raisin de région élevée (Miliana) à eueillir au début d’octobre.

Au total, d’après Vivet, quatre variétés précoces, cinq moyennes, six tardives.

Une statistique établie en 1938 indiquait la présence en Algérie de 4.628 hectares de raisins de table, savoir 2.840 dans le département d'Alger, 1.136 en Oranie, 647 dans le Constantinois.

(3) Coffinet : Origine de la culture du Chasselas en Algérie (Journées agricoles d'Algérie 1938, p. 477).

La principale zone est celle du chasselas, 2.500 hectares environ, dont 1.500 dans la banlieue d’Alger; les quatre communes principales sont : Staoueli 781 hectares, Guyotville 424, Cheragas 423, Zeralda 180; 75 hectares dans la région Fouka, Douaouda, Castiglione, Tefeschoun. Petit vignoble dans le Sahel, Saint-Ferdinand, Birkadem, Birmandreis, Kouba, Saoula. Plantation dans l’est d'Alger à Courbet.

Culture très chère, coûtant déjà 55.000 francs à l’hectare en 1938, donnant de 40 à 69 quintaux à l’hectare.

A l'exportation, les expéditions du littoral algérois représentent 94 % des expéditions totales d'Algérie. Le maximum des envois a été atteint en 1912 avec 117.276 quintaux, on a dépassé 100.000 quintaux trois fois encore en 1913, 1932, 1935. Les autres années le total a oscillé entre 60.000 et 80.000 quintaux, avec un minimum de 5.839 ‘en 1918 (pas de bateaux).

Les exportations algériennes récentes ont été de 91.475 quintaux en 1939, de 25.689 en 1940, de 66.406 en 1941, de 97.361 en 1942; arrêt de 1943 à 1945. Puis 44.769 quintaux en 1946 et 56.459 en 1947.

La Tunisie a fait un gros effort; d’une exportation de 6.000 quintaux en 1953-34 elle est passée à 21.723 en 1935 et 26.157 en 1936. La crise phy.loxérique a ruiné ce travail.

Le Maroc disposait avant guerre d’un contingent d'exportation de 1.500 quintaux. Il peut et veut faire mieux. Les résultats obtenus en 1947 le prouvent.

Aux 21.964.000 pieäs de raisins de table déjà signalés en très grande partie propriété indigène, s'ajoutent des plantations européennes. La récolte 1947 a produit 540.000 quintaux de raisins de table, Après avoir largement consommé ce pro&uit, le Maroc a pu en être exportateur; il a envoyé en Métropole 1 t. 2 de muscat et 1 tonne d’autres raisins. Sur l'Algérie il a expédié 12 tonnes de raisins divers, sur l’A. O. F, 4 tonnes, sur divers pays 1 tonne. Au total l’exportation a donc été de 1 t. 2 de muscat et 18 tonnes : d’autres raisins. Mais ces chiffres sont faibles encore en regard de ceux de l’importation, car en cette même année 1947 le Maroc a importé d'Algérie 3 t. 9 de muscats et 58 tonnes d’autres raisins (4).

On ne peut clore ce chapitre sur les raisins de table sans dire quelques mots sur les cépages à deux fins, c’est-à-dire sur les raisins qui peuvent être mis sur la table ou envoyés à la cuve. Le type en est le Cinsaut de plus en plus consommé dès le 10 août. A signaler aussi le Farana blanc, 15 octobre, Médéa, Mascara. En mai 1948 des courtiers indigènes offraient 200.000 l’hectare pour les Cinsaut à écouler sur les marchés algériens.

(4) Statistiques douanières du Maroc pour 1947. Consulter également le Lexique de l'Economie marocaine (septembre 1948, p. 238).

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