I. — CARACTERISTIQUES DE LA COLONISATION VITICOLE
En Algérie les Gouvernements successifs français ont accordé à diverses époques quelques très grandes concessions, et un ur peu élevé, lui aussi, de concessions moyennes. Et des capitalistes, l’origine de notre prise de possession, puis sous le Second Heu
et au début dela Troisième République ont engagé en divers points du pays des fonds importants.
Mais cette colonisation de grande envergure, à moyens puissants, demeure réanmoins l’exception. Ce sont les petites concessions, accordées aux soldats et aux paysans, ce sont les petits achats des terriens qui ont constitué le peuplement européen, le fondement solide de la prééminence française.
Cette petite colonisation convient fort bien à la création du vignoble, Elle a implanté la vigne en Algérie, partout où elle pouvait prospérer. Ce n’est que postérieurement, sous l’effet de causes diverses, se trouvant toutes agir dans le même sens, que se sont constitués les grands vignobles.
En Tunisie il en a été autrement. L’apport de capitaux massifs a été plus important, les sommes investies par chaque colon plus fortes. Au surplus la Tunisie pouvait utiliser l'expérience algérienne, et les terres y devenaient françaises à un moment où la vigne était en honneur. D’emblée de grands vignobles ont été créés. Les Potin, les Crété, les Saurin étaient viticulteurs en même temps que céréa- Hculteurs.
Mais à côté de cet effort de vaste création, les immigrés italiens, venant surtout de Pantellaria et de Sicile, installaient à Grombalia et au Cap Bon la viticulture quasi familiale. Quelques grands domaines italiens existaient néanmoins. Ils ont disparu en 1944 et 1945; nous dirons pourquoi et comment.
En définitive, mais par un processus assez différent, la Tunisie parvenait à l’heure où ces lignes sont écrites, à des résultats assez analogues à ceux obtenus en Algérie.
Au Maroc, troisième formule. Profitant à la fois des enseignements algériens et des enseignements tunis'ens, mais ne voulant pas accorder au vignoble une importance trop grande, le Protectorat a orienté la viticulture dans une voie différente. à
Les vignobles sont en majorité de moyenne et de grande étendue, œuvre de capitalistes ou de sociétés. La colonisation paysanne viticole est encore embryonnaire; et une superfic'e élevée du vignoble appartient à des propriétaires algériens et tunisiens.