‹ Le village: comédie en un acte, en proseChapitre 11 sur 26 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

mon Dieu!... Allons^ encore!... Ah! Téritablement^ ce n'est pas bien! vous me mettez dans Tembarras^ madame Dupuis^ TOUS me rendez mon ambassade infiniment pénible !

MADAME DUPUIS^ d*ane Yoiz brisée.

Excusez-moi, Monsieur... vous voyez... je... je ne puis...

(Elle laisse retomber sa tète dans sa naiii.)

BOUVIÈRE, fait un geste d'impatience et commence mie rapide promenade« puis s*arrète tout à coup devant madame Dupuis.

Voilà justement, Madame, — j'ai mission formelle de vous le dire, — ce que Georges tient par-dessus tout à éviter.

MADAME DUPUIS, se levant à demi avec anxiété.

Est-ce que je ne vais pas le voir?

BOUVIÈRE

Vous allez le revoir certainement, si vous reprenez un peu de fermeté ; sinon, comme sa détermination est irrévocable, il vaut mieux, pour vous et pour lui, en demeurer là.

MADAME DUPUIS

Eh bien ! je vais être courageuse, je vous le promets... quelques minutes seulement... donnez-moi encore quelques minutes... Je ne puis pas... comme cela... tout d'un coup... Oh! Dieu ! Dieu de bonté ! (lUe pleure.)

BOUVIÈRE

Encore une fois, Madame, votre désespohr me parait tout à fait hors de proportion avec l'événement. Que diantre ! je ne le mène pas à la guerre, votre mari.

MADAME DUPUIS, parlant comme un enfant, en essayant ses larmes.

Non, non... je sais bien... il reviendra.

ROUVIÉRE.

Vous avez de la religion, madame Dupuis, voici le moment de vous en souvenir... Ce n'est pas tout que d'aller à l'église... il ne faut pas songer uniquement à soi en ce monde.

MADAME DUPUIS, parlant avec peine.

Mais... monsieur Rouvière... c'est qu'il n'est pas habitué, comme vous, à cette vie de fatiçuos continiielles... sa santé est

3C LB TILLAfiB.

plus frêle que vous ne le pensez... (Se leraat et Id prenant les mains

avec élan.) Yous aurez bien soin de lui^ n'est-ce pas?

ROUTIÈRE) moins rude.

Hein ! . . . sans doute^ Madame, sans doute î comptez sur moi. ,« je m'engage h vous le ramener frais et rose comme une demoiselle... Je m'y engage sur l'honneur^ entendez-vous t... mais, je vous eu prie^ plus de larmes^ et surtout point de scène d'adieux.

MADAME DUPUIS

Non^ Monsieur^ vous serez content de moi; vous verrez : rc'est fini, (souriant.) Il n'y parait plus déjà.

ROUVIÉRE.

Allons, c'est bien, madame Dupuis, c'est bien!... je fais grand cas, moi, des femmes vaillantes, des épouses sincèrement chrétiennes. — Et maintenant^ que nous sommes de $ang«froid, permettez-moi de vous répéter que cette immense affliction n'avait réellement pas de raison d'être. Qu'est-ce qu'une année ? Mon Dieu, vous passerez six mois chez votre fille, je suppose; le reste du temps, vous vivrez ici, gentiment, au milieu de vos habitudes et de celles de Georges. Il ne sera même qu'à moitié absent, car tout ici vous parlera de lui; vous le retrouverez à chaque pas.

MADAME DUPUIS, secouant la tète.

Prenez garde, monsieur Tom, prenez garde en me cherchant des consolations, d'augmenter ime douleur — que vous ne pouvez comprendre.

ROUVTÉRB.

le vous demande pardon. Madame, je la comprends, et je pensais vous le prouver.

'madame DUPUIS.

Oh I Monsieur, je n'accuse ni votre intelligence, — ni votre bonté, soyez-en sûr.

ROUVIÂRB

Madame!

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