EDMOND RETIF A PARIS
M' Moié, lorsqu'il eut Edmond, voyant un beau gai'çon, qui avait l'air d'un hercule et la douceur d'une fille, voulut s'assurer qu'il méritait les éloges qu'en avait fait l'avocat Rétif; il le mit à différentes
épreuves, dans la vue de lui donner toute sa confiance. Edmond, dans l'innocence de son cœur, ne s'aperçut pas qu'on l'éprouvait; il lui paraissait naturel que l'or fût répandu dans une maison riche ; mais, comme il était soigneux, il le ramassait et le remettait sans mot dire sur le bureau du procureur. Seul en apparence avec deux jeunes personnes, la demoiselle et sa suivante, Edmond répondait à la première avec respect, à l'autre avec bonté, et retournait à l'ouvrage dès qu'il cessait de leur être utile. Le procureur fut enchanté d'a/oir ce trésor dans sa maison ; outre que i infatigable Edmond expédiait l'ouvrage avec une rapidité prodigieuse, que son écriture de village était naturellement d'une beauté peu commune, et si bien formée qu'on la lisait comme l'impression ; c'était un homme à tout. 11 ne trouvait rien de honteux que l'inoccupation ; c'étaient les moeurs de son pays; il n'en a jamais changé. 11 devint bientôt cher à toute la maison. On le lui montra, on le lui dit, il n en abusa point. Lorsqu'on lui avoua les épreuves, il fut étonné ; mais sa réponse fut un agréable sourire.
Tant de mérite fut sur le point de faire la fortune d'Edmond, et c'est peut-être ce qu'on va lire bientôt, qui est le plus beau trait de sa jeunesse.
Parfaitement connu de s«n procureur, au boutd'un an de séjour, cet honnête homme désira de l'avoir pour gendre ; il en parla d'abordà safille.deconcert avec son épouse; mais la jeune personne avait le cœur prévenu. Elle n'osa cependant pas l'avouer à ses parents; elle garda un modeste silence. Edmond, depuis ce moment, était regardé comme l'enfant de la maison, et il jouis- • ait delà plus grande liberté. 11 s'aperçut que M" Mole cherchait à l'entretenir en particulier; mais, par une sorte de pudeur un peu sauvage, il l'évitait. Enfin un jour ils se trouvèrent en tète-à-tête.
« J'ai à vous parler, Edmond, lui dit la jeune personne, d'une chose qui est de la plus grande conséquence pour moi :
me promettez-vous de m'obliger?
— De tout mon cœur, mademoiselle.
— Quoi que ce soit?
— Oui, quoi que ce soit.
• — Vous savez la résolution de mon père ?
— 11 m'a fait l'honneur de m'en dire un mot; mais je me trouve indigne d'une si grande faveur.
— Non, monsieur, vous n'en seriez pas indigne : c'est moi qui ne vous mérite pas, ayant au cœur une autre affection... Cela vous surprend; mais, mon cher Ed-