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PAYSAGE RUSTIQUE, PAR PERIGNON

Bibliothèque de l'Arsena))

que le Vénitien Cornaro ne fit que tard. Il a élevé ses enfants dans les mêmes principes. Mon frère aîné ne mange que la moitié de ce qu'il faut à un homme très sobre et tous nous mangeons peu, quoique nés à Sacy. Mon père se couchait de bonne heure et se levait matin; mais encore qu'il eût le sommeil léger et court, il s'endormait au bruit des veilleuses. 11 a souvent passé la nuit sur la dure, sous un arbre, pendant les moissons, sans en ressentir la moindre incommodité.

Lorsqu'il faisait l'acquisition de quelque fonds de terre, il examinait si le vendeur pouvait le conserver, et il l'exhortait à ne point vendre l'héritage de ses pères. Si c'était une chose indispensable et résolue, il achetait le prix en conscience et, s'apercevant déjà que les terres augmentaient peu à peu de valeur, il ajoutait au prix ce que l'héritage aurait valu de plus, dans

dix ans. Ensuite, si c'était un pauvre homme, il lui faisait présent, quelques jours après la vente, de deux ou trois boisseaux de grain, pour lui et pour ses bestiaux. Aussi, tout ce qui se trouvait à vendre lui était-il offert, avant qu'on pensât à d'autres. En cas de retrait lignager, il ne plaidait jamais; il n'exigeait pas même le remboursement comptant, et prenait volontiers une obligation, espèce de contrat qui ne rapporte aucun intérêt.

Il ne reste plus à parler que de la manière dont mon père rendait la justice.

11 fut notaire de bonne heure, e1 dès le commencement de son premier mariage. 11 exerça cet emploi toute sa vie ; mais il lui fut peu avantageux ; ses héritiers ont à peine retiré les deniers avancés pour le contrôle des actes.

11 fut nommé juge par le Commandant de Malte, seigneur du bourg à la mort de M' Boujat, qui l'était depuis quarante ans. Mon père ne rechercha

pas cette place : elle lui fut donnée d'après unedéputation secrète de douze habitants, qui l'allèrent demander pour lui. 11 reçut ses provisions avec reconnaissance; mais il s excusait sur son incapacité :

« Si vous êtes incapable, lui écrivit le Commandeur, avec la bonne volonté que je vous sais, je ne recevrai pas votre démission; mais je vous donnerai un aide: ainsi, n'ayez aucun scrupule D'ailleurs, les jugements que vous avez rendus, comme ancien praticien, durant la maladie de votre prédécesseur, n'annoncent pas de l'incapacité, mais une droiture de sens, qui m'a fait le plus grand plaisir ! vous ne pouvez que

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