‹ Le villageChapitre 29 sur 37 · FERME AU BORD DE L EAU · texte numérisé non relu

FERME AU BORD DE L EAU

Gravure de Cochin

(Bibl. de l'Arsenal)

depuis longtemps, intitulée le Ttibou spectateur (le Hibou ou le Spectateur rwcturne, ouvrage de Rétif non publié), entreprise pour démasquer le vice, indiquer les abus, détruire les fausses terreurs et secouer les préjugés. Après ses enfants, mon père s'appliquait à instruire et à former le cœur à ses garçons de charrue, qui, étant destinés à être un jour des pères de famille, lui paraissaient des êtres de la plus grande importance. Presque tous en ont profité; particulièrement Germain, cet excellent garçon de charrue qui depuis a été un des principaux habitants du village de Sacy.

Un jour que mon père labourait avec Germain dans la vallée de la Farge, la conversation tomba sur les impositions publiques et sur ce que chaque particulier doit à l'Etat.

1 lO

« Que nous serions heureux sans les tailles ! venait de dire Germain.

— Tu n'y penses pas, mon garçon !

répondit mon père ; sans les impositions, ni toi ni moi ne labourerions ce champ tranquillement ; nous ne nous délasserions pas ce soir en sûreté dans notre maison ; nous ne pourrions compter ni sur nos moissons, ni sur nos vendanges, et nous serions forcés d'être tous les jours sous les armes pour notre défense et notre conservation particulière. Mon pauvre Germain, il est une chose dont il faut que nous soyons tous bien convaincus : c'est que nous ne payons les impositions que pour être possesseurs tranquilles de ce que nous avons. C'est avec l'argent des impôts que le prince soudoie les troupes ou fait construire des vaisseaux ; qu'il négocie pour éviter des guerres ; qu'il fait administrer la justice ; qu'il récompense les hommes

Page 1