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LE CHARIOT, PAR LE PRJNCE

utiles par leurs bonnes actions, par leur génie, ou par leurs découvertes ; qu'il encourage les sciences, les arts et les métiers susceptibles de perfection. Les impositions sont aussi nécessaires à un royaume qu'il l'est de donner du pain à nos enfants; nous plaignons-ncus d'être obligés de les nourrir ? Que dirais-tu, Germain, si, quand le froment que nous semons aujourd'hui sera mûr, un ennemi venait le

moissonner et tout enlever? N'aimerais-tu pas mieux que nous eussions donné la moitié de la récolte à un homme fort qui aurait défendu notre champ ? Or, cet homme fort que nous payons pour défendre nos champs, nos biens, nos vies et celles de nos femmes et de nos enfants, notre liberté, c'est le roi. Vois, Germain, si nous payons trop cher de si grands bienfaits ? Nous devons ici plus que les provinces frontières, parce que nous sommes plus tranquilles, etc. Voilà ce qu'il faut dire à tes camarades, mon enfant, afin qu'ils bénissent le roi, qu'ils aiment la patrie et qu'ils ne se trouvent pas malheureux de payer les tailles, les gabelles et tous les autres droits quand ils seront mariés. »

Je tiens ceci de Germain lui-même', qui goûta cette doctrine et qui en a fait la base de sa conduite. En 1727, mourut Anne-Marguerite Simon, la plus digne des mères.

Quand elle sentit sa fin approcher, elle dit à son fils d'avertir ses trois filles.

L'aînée était mariée à Aigremont, et les deux autres à Nitry. Cette nouvelle les affligea sensiblement, surtout Magdelon, qu'Edme Rétif appelait sa sœur de cœur, parce qu'ils se ressemblaient par les dispositions. Lorsqu'elles furent arrivées, Anne-Marguerite fit mettre d'un côté son fils et Magdelon, Anne et Marie de l'autre.

« Mes chers enfants leur dit-elle, je vais rejoindre votre père. J'ai une ferme espérance de le revoir heureux, dans le sein de Dieu, où je lui rendrai compte de la conduite de ses enfants. Vous, ma chère fille aînée, que Dieu vous bénisse, ainsi que vos enfants! Ce ne sont que des filles, rendez-les bonnes et douces, autant que travailleuses ; elles n'ont besoin que de cela ; douceur et travail, il ne faut que cela en ménage dans nos campagnes; instruisez-les d'exemple, surtout à présen*:

(Bibl. de l'Arsenal)

que les voilà grandes ; me le promets-tu, machère Nanette? — Oui, ma bonne mère.

— Sois bonne aussi, ma fille, et que vos querelles entre ton mari et toi, quoique peu de chose, ne troublent pas ma -cendre.

« Vous.Magdeleine, Dieu vous accorde des enfants î Je suis si contente des miens, que j'en désire à ceux que j'aime» surtout à ceux qui sortent de moi. Console ton frère après ma mort, et qu'il retrouve toujours en toi Anne-Marguerite Simon, sa mère qui l'aimait tant ! Chéris tes sœurs; si tu n'as pas d'enfants, que les leurs soient les tiens, et si personne ne dit de toi :« Notre bonne mère », qu'on dise :« Notre bonne tante î » Dieu te bénisse, ma chère fille î

« Toi, ma pauvre Marie, tu es la plus jeune de mes enfants. Je te recommande d'avoir de la maturité, de ne pas te conduire en étourdie ; tu es vive, ce n'est pas vice, c'est qualité, si on sait bien se gouverner. Je te recommande de respecter tes sœurs aînées ; de regarder Magdelon, qui est dans le même lieu que toi, comme ma lieutenante à ton égard ; promets-moi d'être docile à ses avis après ma mort ?

— Je vous le promets, machère mère.

— Ma très chère fille, ton mari a quelque chose à souffrir de toi ; c'est un bon et honnête homme; ton fils est un aimable enfant et l'on voit déjà, dans la tendresse de l'âge, qu'il sera d'un bon caractère. Cultive ces bonnes dispositions, ma chère fille; un fils est le second mari des mères ; mais c'est un mari respectueux, voyez votre frère (que Dieu bénisse à jamais, amen !) il a été l'appui et la consolation de ma vieillesse; il me fermera les yeux, il me pleurera comme il m'a aimée, et il meréunira dans le même tombeau avec son digne père, mon respectable mari, comme il nous a réunis de tout temps dans son cœur...

« Mes chères filles! le voilà, ce digne frère ! N'êtes-vous pas glorieuses d'être ses sœjrs? Qu'a-t-il fait, qu'a-t-il dit, depuis qu'il a l'usage de la raison, qui n'ait tourné à notre honneur et avantage ? Révérez-le tendrement ; c'est le lieutenant de votre honorable père... Vous savez, mes chères filles, comme il en a agi avec moi : il n'a point voulu toucher son patrimoine, mais il m'a tout laissé, pendant tous les

jours de ma vie. Tout ce qu'il a, il ne le doit qu'à son travail, et le meilleur des fils a été, jusqu'à ce jour, comme s'il avait été jeté sur la terre tout nu ; j'en ai senti une vive peine ; et il m'aurait obligée s'il avait voulu prendre son bien. D'un autre côté, ma pairvre âme était réjouie, et je me disais avec liesse : « Je dirai à Pierre dans l'heureuse vie, « comme son digne et respectueux fils en a « agi avec sa mère; et j'augmenterai encore « son éternel bonheur... » Cette douce et consolante pensée merendla mort agréable; je m'en fais une fête. Je quitte mes enfants; mais c'est pour aller rejoindre leur père.

— Je crois bien, dit Edmond en suffoquant de sanglots, que vous vous faites une fête de la mort! Il n'est jamais sorti de votre cœur que de bons désirs et de bonnes pensées, et de votre main que de bonnesœuvres ; maisnousnousvoilà orphelins de notre mère, après avoir perdunotre gloire et notre couronne dans notre père. »

Et, regardant ses sœurs qui pleuraient :

« Oui, pleurons! Nous ne dirons plus :

« mon père », ni « ma mère »; ces noms

si doux ne seront plus faits pour nous !...

— Ecoute, mon fils, interrompit Anne- Marguerite, avec une sorte de sourire familier, comme si elle se fût bien portée, vous direz: « Mes enfants, ma fille, mon fils », et ces noms-là sont bien doux aussi. Bénissons Dieu ! car il faut finir ; et jamais fin la plus enviée valut-elle la mienne ? Je vous la souhaite à tous, mes très chers enfants. » Elle mourut quelques jours après. Son corps fut porté, pendant les trois quarts de lieue de chemin de Sacy à Nitry, par ses quatre enfants : son fils et ses trois gendres; une fausse délicatesse ne les empêcha pas de rendie à leur mère le devoir filial, et le précieux fardeau ne fut touché que par eux seuls, et par leurs enfants, qui suivaient, tous habillés en blanc.

BARBE FERLET, DITE BlBl

En 1729, Edme Rétif devint l'Homme des trois seigneurs, et administra la terre en leur nom. Ce fut ce surcroît d'occupations et l'incapacité de ses enfants (son fils aîné était au séminaire) qui amenèrent le second mariage; cependant il n'eut lieu qu'en lySS.

Avant d'en venir à cette époque, il faut faire connaître cette seconde femme, qui, suivant l'usage, ne fut pas aimée de ses beaux-enfants et n'eut personne de son parti dans le village, parce qu'elle était étrangère. C'est ma mère : mais en parlant d'elle avec tout le respect que ce nom sacré m'impose, je serai néanmoins absolument impartial. Heureusement, pour la louer, je n'aurai besoin que d'exposer les principaux faits après son mariage, et sa conduite constante, sans crainte que l'on puisse me donner le démenti.

Barbe Ferlet de Bertro est née à Accolay, petit bourg situé à la jonction des rivières d'Yonne et de Cure, en 1706. Son père, Nicolas Ferlet, descendu d'une très bonne famille, était un excellent homme ;

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