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PAYSANNE REVENANT DE LA VILLE AU VILLAGE

Gravé par Géraud le jeune, dessine par Binet sous la direction de

Nous ne ainsi lui-même, il avait cette réponse supas même blime en sa désespérance :

« On peut se louer soi-même par

indi-

Rétif de la Bretonne

gnation contre l'injustice des autres. »

Car, au fond, avec le sentiment de sa valeur, il restait un modeste. ]] avait eu dans oa vie un moment d'orgueil, mais qui fut passager. « Gâté par quelques succès qui m'avaient attiré des cajoleries, je me crus un personnage... Cette erreur ne dura qu'un instant ».

Pour reprendre son expression, Rétif de la Bretonne « attendait la mort en travaillant ». C'est à cette époque encore qu'il écrivait dans Monsieur "Nicolas « un instant de bonheur est un instant de divinité ». Cependant il en avait connu. Mais ils étaient loin.

En 1802, parut son dernier livre, Posthumes ou lettres du tombeau. « Cet ouvrage, écrit Monselet, véritable fruit d'une imagination en délire, est à la fois un conte fantastique, une apologie des idées pythagoriciennes, un précis de la Révolution française et un système de physique ».

Dans ces vagabondages de la pensée, on est quelquefois surpris d'apercevoir des lueurs étranges et soudaines ; jamais tant de verve ne se rencontra avec autant de folie, jamais les dernières heures d'un vieillard ne furent illuminées d'une plus flamboyante audace ». On en jugera par ce passage :

« Une puissante comète, déjà plus grosse que Jupiter, s'était encore augmentée dans sa route en samalgamant six autres petites comètes languissantes. Ainsi dérangée de sa route ordinaire par ces petits chocs, elle n'enfila pas juste son orbite elliptique, de sorte que cette infortunée vint se précipiter dans le centre dévorant du soleil... la pauvre comète brûlée vive poussait des cris épouvantables ».

Une note placée en tête des Posthumes montre l'extrémité où Monsieur Nicolas se trouva réduit en ces derniers jours. « L'homme qui vient de s'épuiser pour

imprimer cet ouvrage, n'a que son prompt débit pour tout moyen de subsister, avec trois orphelins en bas âge (ses petits-enfants). Miseremini mei, miseremini met, saltem vos amici mei, vous dirait Jacob ».

Ainsi le pauvre Nicolas avait du moins justifié par lui-même les conseils qu'il faisait donner par Gaudet d'Arras au paysan fixé à la ville et qui voulait s'y faire auteur.

« Mon ami, rien de plus doux que le sucre; mais un vil et malheureux esclave l'arrose de sueur et de larmes amères. Le sucre est la littérature. L'homme du monde en jouit et y trouve les plaisirs délicats que tu connais. L'auteur, le pauvre auteur est le colon infortuné qui sue et s'excède de travail. »

Nicolas Rétif de la Bretonne mourut en la maison qu'il occupait rue de la Bûcherie, le 3 février 1806, 11 ne fut pas enterré, ainsi qu'il en avait exprimé le désir, au cimetière de l'église de Sacy, près de la porte murée que l'on appelait la porte des Epousailles, auprès de son père, de qui il avait écrit la vie; mais au cimetière Sainte-Catherine, aujourd'hui Montparnasse. Dix-huit cents personnes suivirent le convoi de cet homme, que, dans les derniers temps de sa vie, on en était arrivé à traiter comme un réprouvé, et l'Académie, qui lui avait fermé ses portes, honora du moins sa mémoire par une délégation qu'elle envoya à son enterrement. L'illustre Fontanes, oubliant les attaques que Rétif avait dirigées contre lui, tint l'un des cordons du poêle. Nous sommes toujours très empressés à célébrer les hommes de mérite quand ils sont morts, car alors nous ne risquons plus de glisser sous leur ombrage.

Peu après, Cubières-Palmezeaux, qui cherchait à réunir les éléments d'une biographie de l'écrivain pour lequel il avait

Rétif de la Bretonne

toujours professé une vive admiration, s'adressa à Agnès Lebesgue, sa veuve divorcée. Et voici la belle lettre que cette femme, pour laquelle Rétif n'avait cessé de se montrer si dur — et qui peut-être l'avait mérité — lui écrivit :

Paris, 18 octobre 1806.

« Je suis trop charmée. Monsieur, de l'honneur que vous m'avez fait par la demande de quelques traits intéressants qui puissent être insérés dans l'éloge de feu mon mari — dont, par bonheur pour sa famille, vous voulez bien vous charger — pour ne pas y répondre avec empressement. Mais des malheurs, que toute la prudence humaine ne pouvait prévoir, m'ayant séparé de cet homme de mérite en 1784, je ne puis me livrer au doux plaisir que j'aurais à chanter ses louanges, si le démon de la discorde n'avait pas empoisonné de son souffle impur l'esprit de cet homme naturellement bon. Cela fut cause que, durant vingt-six années, je n'eus aucune connaissance, ni de ses affaires, ni de sa conduite. En vain je lui écrivais; on interceptait mes lettres. Ainsi tout ce que je puis dire en ce moment, c'est que, durant tout le temps que j'ai passé avec lui, j'ai eu la satisfaction de voir mon mari un homme fort utile au public, de plusieurs manières. J'ai vu, avec admiration, plus de vingt pères de famille ne subsister, un nombre d'années considérable, que sur le travail que leur procurait cet auteur si laborieux. 11 donnait toujours la préférence aux pères et mères chargés de nombreuses familles et surtout aux plus infortunés; car il était fort charitable. Si un vieillard, homme oj femme, lui demandait l'aumône, il le conduisait dans une petite auberge, pour lui faire donner un ordinaire et une chopine de vin. Pour refuser à un homme âgé, il aurait fallu qu'il n'eût rien sur lui. 11 est

aussi fâcheux pour les pauvres que pour lui, que ses affaires aient mal tourné, mais malheureusement, comme il avait mis son patrimoine dans l'impression de ses oeuvres, il se trouva ruiné par les assignats et autres causes dont il ne put se garantir par rapport à sa grande bonté.

Signé : Veuve Restif, née Lebesgue.

Pour écrire les pages qui précèdent, la savante Bibliographie et iconographie de tous les ouvrages de T{etif de la "Brelonm, publ. par P.-L. Jacob, bibliophile (Paris, 1875), nous a été d'un grand secours. Nous avons puisé en outre dans Ch Monselet, T\etif de la Bretonne, Paris, 1854; — Jules Soury, Portraits du xviii' siècle, Paris, 1879; — Paul Cottin, yWes nscripcions, journal intime de T^etif de la Bretonne, Paris, 1889; — "Vallery-Radot, 7{etif de la Bretonne réformateur et précurseur, dans \zT^evue bleue, juill-déc. 1890; — "Vallery- Radot, T{n coin de la Bourgogne, le Pays d'Avallon, Paris, 1893.

Frantz Funck-Brentano.

Montfermeil, aoùt-^cpt.mbrc 1908.

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Humble mortel, vertueux sans éclat, qui fis le bien par goût, et vécus pauvre par choix, MOJ^ PÈ^E / reçois l'hommage que le moins digne de tes fils ose rendre à ta mémoire.

Nicolas Rétif de l\ Bretonj^e

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