PAYSAN ALLUMANT SA PIPE
Ecole française du xvtii' siècle 'inédit)
(Musze du Louvre, dessins]
LE TOUR DE FRANCE Dessin à la plumf rehaussé d'aquarelle (inéùit), par J-J. Boissieu
(Bibl. de l'Arsenal]
L aïeul pierre RETIF
Edme Rétif, fils de Pierre, et d'Anne- Marguerite Simon, naquit le 16 novembre 1690, à Nitry, terre dépendante de l'abbaye de Molesmes, dans le Tonnerrois.
Son père avait une fortune honnête : c'était un homme charmant par la figure, et d'une conversation amusante; on le recherchait de toutes parts, et lorsqu'on ne pouvait l'avoir, on venait chez lui. Comme il avait la satisfaction de toujours plaire, il prit aisément le goût d'une vie dissipée. Ses affaires en souffrirent.
Edme n'avait pas de brillant dans l'esprit. Son père le crut sot, et le négligea : mais le caractère de ce jeune homme était solide ; il avait le sens droit et l'esprit si juste que, dès l 'âge de douze ans, effrayé du délabrement des affaires de sa maison, touché des larmes de la plus tendre des mères, il se mit à la tète et entreprit d'empêcher une raine totale. La conduite de son
père, quoique honnête suivant le monde, fut pour lui une salutaire leçon; mais, loin qu'elle diminuât son respect, il porta si loin cette vertu, que c'est encore un proverbe à Nitry : « 11 craint ses parents, comme Edmond craignait son père. »
Le mot craindre en ce cas, est pris pour aimer : c'est l'usage du pays, en parlant de Dieu et des parents.
Ce père, si aimable avec les étrangers, était terrible dans sa famille. 11 commandait par un regard, qu'il fallait deviner. A peine ses filles (elles étaient au nombre de trois en y comprenant Anne Maudiné, sœur utérine) obtenaient-elles quelque indulgence. Je ne parle pas de son épouse; profondément pénétrée de respect pour son mari, elle ne voyait en lui qu'un maître adoré. Quoiqu'elle fût d'une famille supérieure, puisqu'elle était alliée aux Cœurderoi, dont il y a encore des Présidents au Parlement de Bourgogne, elle se précipitait au devant de ses moindres volontés; et lorsqu'elle avait tout fait, un
mot de son impérieux mari la comblait :
— « Ma femme, reposez-vous ».
L'accolade d'un souverain n'aurait pas flatté davantage un courtisan.
Mais si Anne-Marguerite respectait son mari comme un maître, elle en était bien dédommagée par la tendresse de ses enfants. Tous faisaient avec elle cause commune. Au plus léger chagrin, ses fils l'entouraient, essuyaient ses larmes, et si quelquefois un mot demi-respectueux leur échappait à l'égard de leur père, Anne reprenait sur le champ sa fermeté, et faisait une remontrance vigoureuse.
Pour son fils, c'était son plus efficace consolateur. Quelle tendresse ! comme il rendait à sa mère toute la déférence qu'elle avait pour son mari ! Aussi Anne-Marguerite disait-elle quelquefois à ses filles :
« Ce que je fais pour un hcmme, un homme le fait pour moi : où est mon mérite? Mes enfants, si quelquefois j'étais assez malheureuse pour avoir une pensée de révolte contre mcn mari, cette seule idée la chasserait : c'est le père d'Edmond. »
La manière dont Edmond témoignait sa tendresse à sa mère était toute active. S'il se trouvait présent lorsqu'elle était grondée par son mari impérieux, il n'allait pas faire à son père des caresses qu'il aurait repoussées; il embrassait sa mère, et choisissait cet instant pour lui rendre compte de quelques ordres qu'elle lui avait donnés, et qu'il avait exécutés avec succès. Le maître fier préférait alors de s'adresser à sa femme ; il adoucissait le ton, et se retirait calmé.