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LE MAITRE D ECOLE

La première éducation extérieure, c'està-dire, hors de la maison paternelle, fut donnée à Edmond par deux personnes également respectables, et telles que c'est le plus grand bonheur pour des paroisses, quand il s'en trouve de pareilles : je veux dire, le curé de Nitry, et son maître d'école, !e respectable Berthier, dont le nom, au bout de quatre vingts ans, est encore en bénédiction dans le pays.

Notre maître d'école ébauchait l'ouvrage du pasteur et l'achevait. Je m'explique. Il commençait à donner les premiers éléments aux enfants, et faisait aux grands garçons et aux grandes filles des leçons familières sur la conduite ordinaire de la vie, entre mari et femme, frères et sœurs, etc. Comme il était marié et père d'une nombreuse famille, ses conseils ne paraissaient que le fruit de son expérience; cependant on a su, depuis, que tout était prémédité avec le pasteur. Deux fois l'an on avait des vacances, pour la récolte des grains, et pour les vendanges ; il ne rentrait même que peu d'écoliers après les moissons ; le grand nombre attendait la fin des gros ouvrages. Les jours fixés étaient le dernier juin pour la clôture, et le 20 octobre pour la rentrée : il n'y avait point de leçons ces deux jours-là. Le bon vieillard consacrait le temps de la classe à des discours que je ne puis me rappeler sans attendrissement.

Celui de juin roulait sur les torts qu'on pouvait faire au prochain dans la campagne durant les récoltes etsur l'emploi des heures de relâche que les travaux pouvaient laisser.

Le discours de la rentrée avait deux parties : dans la première, le bon maître rappelait toutes les fautes que ses écoliers avaient commises durant l'été, il leur en faisait nommément des reproches, ou plutôt des plaintes modérées, et les exhortait à réparer le mal qu'ils avaient causé. 11 est bon de vous dire que, durant les vacances, le bon vieillard ne cessait pas d'avoir les yeux ouverts sur nous ; il savait toutes nos actions. Les peines qu'il se donnait pour

cela, sont incroyables ! mais elles étaient prudentes et nous ne les voyions pas. 11 ne se permettait aucune remontrance, durant la déposition de son autorité, comme il l'appelait. ]1 rendait compte de ses découvertes au bon curé, et ils se concertaient ensemble pour la réparation du mal et l'amendement des coupables. Mas tout cela était secret comme une affaire d'Etat. La seconde partie de son discours n'était que des exhortations au bon emploi du temps. 11 faisait ensuite la distribution des places, mettant au banc le plus proche de lui les plus ignorants, et les plus savants au plus éloigné ; parce qu'il, disait que l'ignorant devait être à portée d'entendre ce qu'il enseignait aux autres.

Aussi était-ce le premier banc qui récitait le dernier.

1 appelait par leur nom, tous ceux qui avaient fait tort au prochain ; il reprochait à celui-ci d'avoir donné à ses boeufs des javelles, de l'aveine qui ne lui appartenait pas ; à celui-là, de les avoir laissés dans la luzerne, le sainfoin d'autrui ; à l'un des querelles, à l'autre de s'être battu, d'avoir maltraité et blessé les bestiaux de ses camarades ; de les avoir forcés à la charrue, pour ménager davantage les siens propres ; d'avoir prolongé le travail les jours où la charrue était à lui, et de l'avoir accourci quand elle était à ses suitiers ou consorts; d'avoir anticipé sur l'héritage du voisin une ou deux raies de terre ; d'avoir pris quelques javelles ou quelques gerbes sur le bord de son champ, d'avoir mangé le raisin et les fruits dans les héritages contigus au sienouailleurs ; à quelquesuns, les entretiens déshonnétes, leurs jurements, leurs libertés avec les filles, et les mots grossiers dont ils s'étaient servis en leur parlant ; à certains, leurs médisances, leurs calomnies; enfin, il reprochait le manque d'assistance aux offices ; la négligence sur la lecture et l'écriture, en se faisant représenter par chacun ses papiers et ses livres. 11 venait aux filles après garçons. La conduite de nos jeunes villageoises était assez innocente ; on ne leur

voyait presqu'aucun des défauts des hommes, et leur langue faisait à peu près tout le mal qu'elles avaient à se reprocher ; c'était aussi là-dessus que roulaient les réprimandes du bon maître, et un-

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