LES MARGUILLIERS
Intérêts communs de la paroisse et de la conununauté. — La fabrique. — Fonctions municipales des marguilliers. — Leur élection. — Assemblées générales de la paroisse. — Droits des paroissiens. — Fonctions des marguilliers. — Vote des dépenses du culte. — Legs.—- Quêtes. — Confréries. — Approbation et réception des comptes des marguilliers. — Leur responsabilité et leurs privilèges. — Intervention^ des habitants dans Fadministration de leur église.
La paroisse et la communauté eurent non-seulement les mêmes intérêts, mais les mêmes agents. Jusqu'au xviii® siècle, les marguilliers furent souvent chargés d'exécuter les ordres de l'autorité supérieure au même titre que les syndics.
Il s'était formé, en effet, pour l'administration temporelle de Téglise, une sorte d'association naturelle qui donna naissance à une institution connue sous le nom de trésor ou de fabrique. A l'époque où le principe séculier l'emporta sur Télément ecclésiastique, les paroissiens voyant que les biens des églises étaient détournés de leur primitive destination, et qu'ils devaient se charger eux-mêmes des
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frais du culte, établirent un trésor pour conserver Targent nécessaire à ces dépenses. L'administration en fut confiée, pour un temps assez limité , à des trésoriers laïques, qui plus d'une fois jouèrent le rôle de magistrats municipaux * .
Dans certaines provinces, ces trésoriers, auxquels on donnait généralement le nom de marguilliers, exerçaient des fonctions à peu près analogues à celles que remplissent aujourd'hui les church-wardens de la paroisse anglaise. £n Bretagne, les marguilliers en exercice et les anciens formaient ce qu'on appelait le général, c'est-à-dire le corps politique de la paroisse ^, et la répartition de la taille se faisait dans la sacristie ^. Dans des villes sans municipalité royale, comme Auxerre, les paroisses étaient autant d'associations pour la répartition de la taille et l'élection des collecteurs. Les paroissiens se réunissaient dans l'église^ sous la présidence des fabriciens, et Ton raconte qu'un jour ceux-ci en firent fermer les portes pour retenir les habitants qui, voulant protester contre des impôts accablants, refusaient pour la sixième fois de nommer leurs collecteurs *.
* Léopold Delisle, p. 151.
^ Dupin, Histoire administrative des communes de France, p. 118.— Aug. Thierry, Histoire du Tiers-Etat, II, 76. — Du Ghatellier, Des Administrations collectives, travaux de YAc. des Se. morales, LXXXVIII, 427. Il y avait en outre, en Bretagne, des réunions de tous les habitants formant le générai
* Du Ghatellier, 4i8. — C'est le vestry anglais.
* Ce fait se passa en 1708. — Aroh. de l'Yonne, G. 2390. — Voir aussi 2370, 2371 .
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Lors de la rédaction des Coutumes, au xvi** siècle, un grand nombre de marguilliers représentèrent aux assemblées de certains bailliages les manants, habitants et paroissiens de leur village. Ils figurent dans plusieurs procès-verbaux, non-seulement avec la dénomination de marguilliers, mais sous les désignations variées de procureurs de fabrice, de proviseurs de l'église, de fabriciers ou fabriqueurs, de contres et de gagers * . Ils étaient appelés à émettre leur avis sur les Coutumes qui allaient être promulguées, au même titre que les procureurs des habitants ou du fait œmmun, les lieutenants, les mayeurs et les autres délégués du tiers-état des communautés *.
La nomination des marguilliers se fit longtemps d'après le principe du suffrage universel. Au xvii® siècle, on restreignit, surtout dans les villes, le droit de suffrage aux notables, et dans certaines campagnes à ceux qui payaient un certain minimum de taille ^. On essaya bien, à l'époque où Ton établit des syndics perpétuels, de créer des marguilliers perpétuels ; mais ces offices trouvèrent moins
* Les marguilliers sont surtout nombreux dans la prévôté de Paris, dans les bailliages de Melun, de Glermont en Beauvoisis, de Vermandois et de Tours. C'est en Vermandois que nous trouvons les contres (de costurarius ou couller^ cuslos ecclesiœ, d'après Ducange), et dans la châtellenie de Châteauneuf en Thimerays, les gagers (de gajarius, gaigier). Un statut de l'évêque d'Orléans, de 1315, parle en 1315 des « gajarii seu provisores dicta ecclesiœ. (Ducange.)
* Les Coustumes générales et particulières de France, 3 Jousse, p. 120.
d'acquéreurs que les autres et furent plus tôt encore abolis. Les élections des marguilliers ne cessèrent pas d'avoir lieu, à haute voix, dans Téglise même, à l'issue des ofiBces, ou dans une assemblée d'habitants. L'acte de nomination, faite à la pluralité des voix, était dressé sur un registre, signé par le curé et par tous ceux qui savaient écrire*. Un arrêt du Parlement de Bretagne fixait annuellement ces élections à la fin du carême ; mais leur date variait comme la durée du mandat qu'elles confiaient. Le Parlement de Paris défendit de donner les fonctions de marguilliers aux femmes, comme c'était l'usage en Auvergne, où des femmes appelées bailleresses allumaient les cierges et étaient chargées de l'entretien de l'église ^. Dans certaines paroisses, les bedeaux et les sacristains étaient, comme les marguilliers, nommés par les paroissiens ^
A la fin du xvii* siècle, les marguilliers du diocèse de Troyes étaient élus dans l'église, selon l'usage presque général , mais sur la proposition du curé, qui devait veiller à ce qu'on choisît des « personnes solvables et de probité. »» Cet usage dura jusqu'à la Révolution *.
Là ne se bornait pas l'intervention des parois-
* Ordonnances synodales du diocèse de Dijon, 1744, ch. XXIV,
* Mémoires du Clergé, III, col. 4186 et suiv.
' Nomination, à Seignelay, d'un bedeau et d'un sacristain en assemblée générale, en 1733. Arch. de l'Yonne, G. 2486.
* Statuts et règlements de Troyes, de 1688, p. 49. — Statuts de 1785, p. 19. — Registre de la fabrique .d'Auzon. Arch. de l'Aube, il. G.
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siens. Les marguilliers pouvaient les convoquer en assemblées générales, annoncées au prône, ou sur le refus du curé, afiBchées au banc de T œuvre. Dans ces assemblées, appelées au son de la cloche et tenues dans l'église à l'issue des ofiBces, on réglait le service des inhumations, le tarif des bancs, le balayage, l'achat des ornements, la nomination de conmiissaires des pauvres, les acceptations de legs et de fondations, les aliénations, les comptes des marguilliers * . On y fixait même l'heure de la messe paroissiale*. Dans certaines localités, les marguilliers, et même les consuls ou échevins, avaient le droit de nommer les prédicateurs. Ce droit leur était maintenu par les Parlements, malgré les réclamations des évêques, toutes les fois qu'il y avait possession ancienne et non interrompue ^
A une époque comme la nôtre, où la séparation entre le temporel et le spirituel tend à s'accentuer de plus en plus, on est surpris de voir les paroissiens s'ingérer dans des questions qui sont aujourd'hui du domaine ecclésiastique. On ne s'étonnait pas plus alors de voir les laïques s'en occuper que de voir des prélats diriger les affaires de l'Etat et des prêtres figurer dans des conseils de ville. Tous les
* Délibérations de la fabrique de Seignelay. Arch. de ITonne, G. 2486. — Jousse, 124.
* Assemblée des habitants fixant Theure de la messe paroissiale à 9 heures en hiver et 40 heures en été. (an. 1786.) /nv. des Arch. de VYonne, G. 2391 .
« Mém. du Clergé.— Brillon, Diciionnaire des Arrêts, V, 288 et suiv.~ Jousse, 90,
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citoyens fréquentaient i'église, et ses intérêts étaient ceux de la communauté. Certaines munidpalilés payaient le prédicateur du carême, sous le bon plaisir de Tévéque, et nonmiaient les prieurs ou recteurs des confréries. Le conseil de ville de La Cadière, qui en 1536 avait admis la sainte Vierge au corps municipal, demandait, en 1724, à révêque la permission de manger des œufs pendant le carême. « Tous ces privilèges, dit l'ecclésiastique qui rapporte ces faits, réduisaient les fonctions du curé à celles d'un simple chargé d'affaires spirituelles; il n'en est plus ainsi, heureusement ^ » Il est certain qu'aucun conseil municipal ne demanderait aujourd'hui de permission analogue à celle que réclamait le conseil de La Cadière; mais les églises sont-elles aussi remplies qu'en 1724?
Les fonctions des marguilliers, quelquefois mal définies, étaient souvent fixées par les règlements. Les marguilliers devaient, de concert avec le curé, envoyer un inventaire des biens et des revenus de l'église à l'Etat, qui percevait des droits sur les legs et les acquisitions. En 1571, ils avaient été contraints d'en donner une déclaration précise, pour servir de base à une taxe spéciale *. Les papiers et les titres qui concernaient les biens de l'église étaient renfermés dans un coffre à deux serrures, dont une clef était entre leurs mains, l'autre dans celles du curé ; ils devaient déposer également
^ Statistique religieuse de La Cadière, par Tabbé Giraud. Mém. de la Soc. académique du Var, 1857, p. 285.
^ Mémoires de Claude Haton, p. 689.