‹ Le village sous l'ancien régime (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · INTRODUCTION . III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION . III

jadis porté par les membres de nos anciennes communautés, a gardé, en les conciliant avec les libertés modernes, quelques-unes des traditions et des franchises de la vieille France.

Ces assemblées générales des habitants, qui frappaient M. de TocqueviUe en Amérique, n'attiraient point l'attention de nos pères. Pour les uns, elles avaient toujours existé et semblaient naturelles; pour les autres, elles étaient sans importance. On s'occupait peu à la cour des habitants des campagnes. On les regardait comme des personnes de basse et vile condition. Il n'y avait plus de serfs; il y avait toujours des vilains. A peine les regardaiton, sinon pour s'en étonner. « On voit certains animaux farouches, disait La Bruyère, des mâles et r femelles, répandus par les campagnes, noirs, livides et tout brilles du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé * . »

* Œuvres de La Bruyère, édition G.Servois, II, 61.

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