L'ÉCOLE
Concours de l'Eglise, de TEtat, du seigneur et de la communauté pour le bien public. — Ecoles rurales au moyen-âge.
— Les écoles au seizième siècle. — Comédies et dialogues dans les villages. —-L'instruction obligatoire décrétée par Louis Xrv et Louis XV. — Grand nombre des écoles primaires.
— Efforts des évoques pour faire établir des écoles. — Rôle des habitants. — Choix des maîtres en assemblée générale.
— Candidats. — Jurys d'examen. — Elections. — Traités avec les maîtres ou recteurs d'école. — Nature de leurs fonctions. — Rétributions et gages. — Approbation épiscopale. — Intervention de l'intendant. — Révocations. — Maisons d'école. — Ecoles de filles. — Gratuité. — Ses effets. — Etat de l'instruction primaire. — Part qu'y prenait la communauté.
Les assemblées provinciales donnaient le nom de bureau du bien public à celle de leurs commis-
sions qui s'occupait de Tagriculture, de la bienfaisance et de l'instruction . Nous avons également réuni sous ce titre les différentes institutions qui ont eu pour but d'améliorer la condition morale et matérielle des habitants des communautés rurales.
Le désir du progrès est une loi de la nature. Exposé à être souvent déçu, il n'en est pas moins la préoccupation constante des hommes. Tour à tour ou simultanément, chacun des pouvoirs qui ont agi sur la communauté a concouru au progrès. Le clergé, le seigneur, l'Etat ne se sont pas affranchis de ce devoir. Mais ce fut l'honneur de la communauté de s'aider elle-même, et de prendre une large part à l'entretien des écoles, à l'exercice de la charité, au défrichement du^ol.
Les habitants et les communautés, en effet, n'ont pas hésité à s'imposer des sacrifices pour leurs écoles. Souvent ces écoles avaient été fondées par le clergé, quelquefois par les seigneurs; le pouvoir royal ordonna à plusieurs reprises d'en établir. Mais, au xvii® et au xviii® siècle, sauf quelques exceptions, c'étaient les communautés qui construisaient, achetaient ou louaient les maisons destinées aux écoles, et qui subvenaient par des allocations annuelles à l'insuffisance des rétributions que les parents payaient chaque mois aux maîtres * .
^ L'existence de nombreuses écoles dans les campagnes avant 1789 a été attestée par les récents travaux de MM. Fayet, de Beaurepaire, Serurier, Quantin, de Charmasse, E. de Barthélémy. M. E. Allain en a publié un résumé. Nous avons constaté des faits analogues dans le département de TAube,
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De nombreux textes établissent l'existence d'écoles dans les campagnes au moyen-âge ; les curés choisissaient des clercs pour enseigner les enfants, et recommandaient aux parents de les faire instruire. Mais c'est surtout à partir du xvf siècle qu'on peut en signaler un grand nombre. Un ambassadeur vénitien déclarait, à cette époque, qu'il n'y avait personne en France qui ne sût lire et écrire * . Cette assertion était sans doute exagérée ; mais l'instruction primaire et secondaire était largement donnée; on parlait « d'escholes et de collèges espanduz par toutes les villes et villages du royaulme; » le clergé ne cherchait pas à en augmenter le nombre, mais à faire réduire le prix exagéré des pensions qu'exigeaient les « principaux et les précepteurs. » Il demandait aussi que leur enseignement fût soumis à la surveillance ecclésiastique, et ce qui prouve à quel point les exercices scolaires étaient partout en honneur, il ne voulait pas que l'on pût « faire représenter aux escholes des villes et villages aucunes comédies et tragédies, dialogues ou colloques, ni faire déclamer oraisons sans les communiquer et faire approuver par Tévesque ou ses grans vicaires, curés ou vicaires des lieux*. »
dans notre étude intitulée : L'instruction primaire dans les campagnes avant 1789, d'après des documents tirés des archives communales et départementales de T Aube. — TvoYQ^ji^l^ y m-S^ de 86 pages.
* Relations des Ambassadeurs vénitiens^ I, 48.
* Articles des Remonstrances... du clergé du bailliage de Troyes, en 1388. — Arch. de l'Aube, 10 G. 13.
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A la veille des guerres de religion, le clergé craignit de perdre la suprématie qu'il avait jusqu'alors exercée sur l'enseignement. Il s'adressa au pouvoir royal pour la conserver. Unédit de 1551 prescrivit aux maîtres d'école de se faire approuver, avant d'exercer, par ceux à qui il appartenait de le faire. Cette ordonnance fut renouvelée par Henri IV, en 1606, par Louis XIV, en 1698. L'enseignement primaire, qui avait souffert des guerres civiles, se releva vers le milieu du xvn" siècle, sous l'influence de la rénovation religieuse qui se produisit. Il profita même de la propagande qui fut dirigée contre les protestants, et l'on peut dire que le seul résultat bienfaisant de la révocation de redit de Nantes fut d'attirer plus que par le passé la sollicitude du gouvernement sur les écoles. Louis XIV, pour faire élever les enfants des protestants dans les principes du catholicisme, n'hésita pas à décréter pour tous l'instruction primaire obligatoire. « Enjoignons, dit-il, dans la déclaration du 13 décembre 1698, à tous pères, mères, tuteurs et autres personnes qui sont chargées de l'éducation des enfans , et nommément de ceux dont les pères et mères ont fait profession de la religion prétendue réformée, de les envoyer aux dites écoles et au catéchisme, jusqu'à l'âge de quatorze ans... » Le roi ne se contenta pas d'enjoindre aux parents de faire instruire leurs enfants ; il voulut leur en fournir les moyens, en provoquant l'établissement des maîtres et des maîtresses d'école dans les paroisses où il n'y en avait pas. Il prescrivit à cet effet
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aux communautés de s'imposer pour leur fournir la somme qui manquerait pour leur subsistance, jusqu'à celle de 150 1. par an pour les maîtres, et de 100 1. pour les maîtresses *. C'était le principe de la dépense obligatoire pour Tinstruction mise à la charge des communes.
Lçs ordonnances des rois n'étaient pas toujours exécutées. La déclaration de 1724 réitéra les prescriptions de celle de 1698. Pour rendre efficace l'obligation déjà décrétée, elle chargea les procureurs fiscaux de se faire remettre tous les trois mois la Uste de tous les enfants qui n'iraient pas aux écoles, afin de faire poursuivre les parents, les tuteurs et les curateurs chargés de leur éducation. Dans certaines provinces, ces prescriptions étaient inutiles; ailleurs, elles ne furent pas suivies. De 1750 à 1765, quatre assemblées successives du clergé réclamèrent avec insistance l'exécution des déclarations de 1698 et de 1724, surtout pour le Languedoc, le Dauphiné et la Provence. Les écoles, en effet, paraissent avoir été plus nombreuses dans les régions de l'Est que dans les autres. Aux environs de Paris *, il y en avait moins en 1789 qu'en Champagne, où toutes les paroisses en étaient pourvues ^. Le zèle des évoques et l'esprit public
* Anciennes lois françaises^ XX, 317.
* Voir les cahiers du bailliage de Paris en 1789. Areh, par^ Umenlaires.
* Sur 44-6 communes que renfenne aujourd'hui le département de l'Aube, nous avons constaté que 417 localités contenaient des écoles. Depuis, nous en avons retrouvé 3 : Fravaux,
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contribuèrent plus à leur développement que les ordonnances royales.
Les évêques montrèrent, au xvii® siècle, une grande sollicitude pour rétablissement et la discipline des écoles rurales. Leurs statuts synodaux contiennent des règlements et des exhortations à ce sujet. « Nous exhortons les curés, disait l'évèque de Grenoble en 1690, de s'appliquer à l'établissement des petites écoles dans les paroisses par toutes les voies que la charité leur inspirera*. » « Les curés, dit l'évèque de Saint-Malo, en 1620, remontreront à leurs paroissiens que s'il n'y a point d'escole, la jeunesse nourrie en oisiveté apprend l'art de mal faire... ils les exhorteront donc à establir, diriger, dresser et entretenir des escoles ouvertes à tous, pauvres et riches, par toutes les paroisses, mesme y fonder et bastir quelque maison en lieu convenable et voisin de l'égUse, si déjà il n'y en a*. » En 1744, le premier évêque de Dijon, Jean BÔuhier, tout en constatant une situation plus prospère, voulait arriver à la complète diffusion de l'enseignement. « S'il se trouve dans notre diocèse, disait-il en 1744, quelques paroisses qui soient sans recteurs d'écoles, nous ordonnons aux curez et vicaires desdites paroisses, de veiller à ce qu'il y en soit étabU, à moins qu'elles ne soient trop petites ou
Fontaine et Arrelles. Il faut remarquer que 22 communes de ce département sont aujourd'hui encore sans écoles. — L7»wtruction primaire dans les campagnes^ p. 63.
* Statuts synodaux de Grenoble, 1690, p. 150.
^ Statuts synodaux de Saint-Malo, 1620, p. 276.
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trop pauvres pour fournir à la dépense que demanderaient ces établissements, auquel cas ils en confieront les fonctions, de concert avec la communauté assemblée, à celui d'entre les habitants qui paroitra le plus propre à s'en bien acquitter *. »
Au milieu duxviii® siècle, l'Eglise, l'Etat, la .Communauté concourent à la nomination des recteurs d'école. L'Eglise approuve et surveille; l'intendant « autorise et sanctionne; mais c'est la communauté d'habitants qui choisit le recteur et qui traite avec lui. On ne peut imposer aux pères de famille un mattre qu'ils ne connaissent pas, et les pères de famille sont appelés à fixer les honoraires qu'ils paieront à l'homme chargé d'instruire leurs enfants. Lorsqu'on 1787, on établit des municipalités dans les villages, on crut d'abord qu'il faudrait leur attribuer la nomination des maîtres. Telle ne fut pas l'opinion de la commission intermédiaire de l'assemblée provinciale de Champagne. Nous la reproduisons en entier, parce qu'elle nous semble affirmer des principes justes sur cette question : « Les gages des maîtres d'école, dit la commission, sont généralement payés par chaque chef de famille; tout habitant a un droit personnel pour voter sur la conservation, le renvoy ou le remplacement de ces hommes publics, et nous pensons que les délibérations des municipalités relatives à ces questions doivent être prises ou confirmées dans une assemblée générale des habitans... Ces assemblées, ajoute
* Ordonnances synodales du diocèse de Dijon, 1744, p. 11.
la commission en parlant des municipalités^ ne sont pas assez nombreuses ni assez éclairées pour trsdter des affaires les plus importantes , et il seroit dangereux de confier à trois ou à six personnes les intérêts généraux et particuliers de tous les habitans^ »
Les habitants des communautés nommèrent en effet leurs maîtres d'école en assemblée générale jusqu'à la Révolution. Le billet suivant, daté de 1789, l'atteste, en même temps qu'il nous montre comment était annoncée l'assemblée communale. « Je soussigné, écrit un curé, que le dix-neuf présent mois sur l'invitation de l'un des syndics, j'ai annoncé au prône . de ma messe paroissiale qu'il y aurait le dimanche suivant, vingt-six aussi du présent mois, une assemblée générale des habitans à l'effet de procéder à l'élection d'un maître d'écoles, et que tous et un chacun des habitans étaient priés de présenter les sujets qu'ils croiraient capables de remplir le rectorat de la paroisse *. »
Il n'était pas toujours facile de trouver des candidats. A la fin du xviii" siècle, les notables d'une petite ville faisaient appel, dans les affiches du journal de la capitale de la province, à ceux qui voudraient remplir les fonctions de maître d'école. Ceux-ci, avant d'être proposés aux suffrages de la communauté, étaient examinés par le curé ou par les notables. C'était l'usage dans le midi, où un jury
« Lettre du 17 juin 1788. — Arch. de TAube, C. 1183. * Billet du vicaire de Celles. — Arch. de TAube, G. 11.
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composé d'habitants instruits, les interrogeait. A Vermanton, le procureur du roi et d'autres notables formaient une commission, qui se réunissait dans réglise et posait des questions au candidat ' . Il ne pouvait en être ainsi dans les villages, où les hommes capables de juger du mérite d'un recteur d'école étaient rares. On s'en rapportait au curé, au recteur sortant, à la notoriété publique, à des services antérieurs. Si plusieurs candidats se présentaient, on les faisait chanter au lutrin, et souvent la force de leurs poumons et la sonorité de leur larynx déterminaient le choix des habitants *.
Le syndic, le curé ou le procureur fiscal exposaient à l'assemblée des habitants les raisons pour lesquelles l'établissement ou le changement d'un maître était nécessaire. L'élection avait lieu à haute voix; si le vote était douteux, s'il suscitait des réclamations, l'intendant en était saisi, et d'ordinaire en appelait à une nouvelle assemblée. La nomination était consignée dans un acte, dont les termes étaient débattus et consentis par les habitants. Ce traité, rédigé par le juge, par un praticien ou par
* Max Quantin, Vermanloriy p. 73.
* A Lucy le Bois, en 1782, le curé expose aux habitants assemblés au devant de Téglise, que vu la démission du maître d'école, il a écrit à 5 ou 6 lieues à la ronde pour procurer un bon maître à la paroisse. U se présente huit candidats. Deux seuls lui paraissent capables. Le curé fait aux habitants des recommandations très-sensées. Ceux-ci demandent à entendre chanter les candidats, et suspendent leur jugement jusqu'après cet examen. — Max Quantin, Histoire de Vlnstruction primaire avant 1790, dans les pays formant le département de l'Yonne, p. 38.
un notaire, était fait comme un bail, résiliable après trois, six ou neuf années, à la volonté des parties. Il stipulait le taux des rétributions fixes et éventuelles auxquelles avait droit le maître ; l'exemption des tailles, et s'il y avait lieu, la subvention de la communauté; la jouissance de certains biens communaux ou des fondations affectées à l'enseignement ; il déterminait en même temps la nature de ses fonctions et de ses services. Presque toujours sacristain et chantre, le maître d'école devait assister le prêtre dans les offices et dans l'administration des sacrements; souvent il était chargé de la conduite de l'horloge; il sonnait les cloches, non-seulement pour l'angelus, mais contre les orages. Dans certains pays, il portait l'eau bénite le dimanche dans chaque maison. Il était parfois le greffier de la communauté, et à l'issue de la messe paroissiale, c'était lui souvent qui était chargé de lire les actes de l'autorité.
Le traité déterminait aussi la nature de l'enseignement, le nombre des classes, la durée des vacances. Dans beaucoup de pays, l'école était ouverte seulement pendant les mois d'hiver. Aussi les enfants y restaient- ils souvent jusqu'à seize ou dixhuit ans. Le matin, on les conduisait à la messe. La lecture, l'écriture, l'arithmétique, étaient successivement enseignées par la méthode individuelle ; chacun allait épeler, auprès du maître, sur un livre latin ;. chacun copiait sur une page blanche la ligne que le maître avait écrite en tête. Le necplus ultra de l'instruction primaire, c'était la lecture des vieux
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manuscrits. Les paysans voulaient que le recteur sût les déchiffrer, afin qu'il pût leur faire connaître, en cas de besoin, le texte des anciennes chartes de la conamunauté.
Pour toutes ces fonctions, lés recteurs d'école recevaient, à défaut de fondations, des gages payés par la communauté ou par les habitants, à raison d'une somme déterminée par feu et d'ordinaire plus élevée pour les laboureurs que pour les manouvriers. L'assistance aux mariages et aux enterrements était rémunérée séparément. La rétribution scolaire variait suivant l'enseignement donné, les locaUtés et les époques. Au xviii® siècle, chaque enfant payait par mois de 3 à 5 sous pour apprendre à lire ; l'écriture et le calcul coûtaient davantage. Dans certains pays, on pouvait s'acquitter en nature. Si les cotisations individuelles étaient insuffisantes, la communauté attribuait aux maîtres des revenus sur le produit de ses biens ou de certains droits ; à défaut d'autres ressources, elle s'imposait pour leur payer les 150 livres auxquelles la déclaration de 1698 leur donnait droit. Gomme les classes ne duraient généralement que pendant une partie de l'année, le maître se livrait d'ordinaire à d'autres occupations, tantôt libérales, comme celles de notaire, de chirurgien, de praticien, tantôt plus humbles et plus subalternes. Aussi, si les revenus de quelques-uns étaient à peine suffisants S d'au-
* Plusieurs curés réclament en 1788 une augmentation de traitement pour leurs maîtres d*école. — Arch. de TAube, C.
très étaient dans une situation relativement bonne S en tenant compte de la valeur de l'argent ; on en cite même, à titre exceptionnel, qui avaient acquis pour près de 20,000 liv. de biens pendant leur rectorat *, et qui auraient payé une redevance à la communauté sur le produit de leurs rétributions scolaires.
Le recteur d'école choisi par la communauté devait, pour être approuvé par l'évêque ou par l'un de ses délégués, faire entre leurs mains une sorte de profession de foi. Il y fut obligé plus strictement que par le passé à partir de la fin du xvii® siècle. Avant de viser l'acte de communauté qui le nommait, le promoteur l'interrogeait sur les principes et sur les devoirs de la religion, sur la lecture, l'écriture, rariCnmétique et le plain-chant ^. Le promoteur ou le doyen rural était tenu, en outre, d'assembler une ou deux fois par an tous les maîtres d'école du doyenné, afin de les former et de les instruire de leurs devoirs. Les évêques et les archidiacres ne manquaient pas de les interroger dans leurs tournées, et se faisaient présenter les enfants « pour connaître leur capacité et le profit qu'ils faisaient en leurs études *. » En cas de conduite scan-
* Il n'y a qu'un maître d'école, dit le prieur de Lusigny en 1783. J'ai décidé mes paroissiens à lui faire un sort avantageux... je crois que sa place vaut environ 700 1. Arch. de TAube, G. 1483.
« Arch. de l'Aube, C. 1476.
^ Ord, synod, de Dijon, 1744, ch. X, 11. — Stat. synod. de Troyes, éd. 1729, p. 170.
^ Statuts et règlements, Troyes, éd. 1688, p. 69.
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daleuse et sur les plaintes des habitants, Tévêgue révoquait les recteurs^
L'intendant intervenait pour homologuer les traités passés par les communautés, et à partir du milieu duxvni* siècle, pour sanctionner les nominations. L'administration empiète de plus en plus sur le domaine ecclésiastique. A la veille de la Révolution, ce sont les procureurs syndics des assemblées d'élection qui font des enquêtes sur les plain- (es portées contre les maîtres et qui , au besoin, concluent à la destitution.
Les habitants exercent de leur côté une surveillance sur le recteur qu'ils ont choisi et qu'ils paient, Les plaintes formulées contre lui n'étaient point, il est vrai, toujours justes et pouvaient être suscitées par des hostilités personnelles. On lui reprochait parfois de ne pas donner une instruction suffisante. En 1772, un recteur d'école est cité devant une assemblée d'habitants par ce qu'il « ne recorde pas les enfants comme il faut, et même qu'il a dit, liton dans le procès-verbal, à quelqu'un d'eux, qu'il sorte de son école, ce qui est contraire aux devoirs de sa charge. » On lui déclare qu'on diminuera ses gages, s'il continue , et on lui rappelle ses obligations *. Quelquefois, le recteur, destitué par les habitants, ne veut pas sortir de la maison d'école ; il faut s'adresser à l'autorité pour « le faire déguerpir, h en le menaçant de faire jeter ses meubles sur le carreau *.
* Arcb. de FAube, C. 696.
« Arch. de TAube, C. 1453.
En Champagne , . un grand nombre de villages possédaient des maisons d'école. Quelques-unes avaient été données par des seigneurs, des curés ou des personnes généreuses; plusieurs étaient fourmes par les fabriques ; mais la plupart avaient été édifiées ou achetées avec les seules ressources de la communauté. Gomme pour Téglise, comme pour le presbytère, elle avait été souvent contrainte de s'imposer pour construire ou réparer la maison d'école. L'intendant intervenait pour les devis, les adjudications, les approbations de travaux, les autorisations d'acquisitions. Quoique ces maisons fussent semblables d'ordinaire à celles des paysans, leur édification et leur entretien imposaient aux habitants des sacrifices d'autant plus méritoires que' leurs ressources étaient d'ordinaire restreintes.
Les ordonnances avaient prescrit l'ouverture d'écoles do filles; les conciles et les évêques avaient interdit les écoles mixtes; mais il n'y a pas de loi contre la force des choses, et les évêques ne furent pas plus écoutés que les rois, parce qu'il était impossible à la plupart des communautés de payer des maîtresses d'école. Les évêques même autorisèrent, au XVIII® siècle, sous certaines conditions, les écoles mixtes qu'avaient proscrites leurs prédécesseurs.
Il s'établit cependant un certain nombre de classes de filles ; beaucoup furent tenues par des sœurs appartenant à des congrégations religieuses*, tandis
* U instruction 'primaire dans les campagnes avant 1789, p. 48.
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que les maîtres étaient presque tous laïques. Des fondations charitables confiaient aux sœurs, dans certaines localités, le soin des malades et Tensei* .gnement des petites filles indigentes. Cet enseignement était d'ordinaire gratuit.
La gratuité était Texception pour les garçons. Elle ne pouvait être que le résultat de libéralités privées, car les communautés rurales n'étaient pas assez riches pour l'établir. Il n'en était pas de même dans les villes. L'éducation y est gratuite, dit un cahier de village en 1789. « Pourquoi ne le seraitelle pas dans les campagnes où il y a beaucoup moins de ressources * ? » Et cependant, un auteur se plaignait en 1760 de l'instruction gratuite, qui rendait le paysan orgueilleux, insolent, paresseux et plaideur , et nuisait ainsi à la population et à l'agriculture. « On a la manie, disait-il, de ne plus engager aucun domestique qui ne sache lire, écrire et calculer ; tous les enfants de laboureurs se faisant moines, commis des fermes ou laquais, il n'est pas surprenant qu'il n'en reste plus pour le mariage ou pour l'agriculture*... A la même époque, un autre auteur se plaint de « la multiplicité des écoles publiques et gratuites qui sont répandues dans le royaume.» lien signale les inconvénients; il montre le fils d'un cultivateur s'élevant au-dessus de sa position et ne pouvant s'en faire une autre. « Il n'y
* Cahier de Bessancourt, Ile-de-France. Arch. parlementaires, IV, 354.
* Essai sur la voierie, cité dans la Réponse à la voierie^ l'Ami des hommes, V, p. 164 et 192.
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a d'autre état pour lui, dit-il, que de grossir le nombre des religieux, ou de ces célibataires, solliciteurs d^emplois, dont la France fourmille ^ » Des grie& semblables étaient dirigés contre l'éducation secondaire qui était donnée dans des petites villes, même dans des bourgs, où les paysans pouvaient faire leurs humanités. A Marcigny, le principal du collège était tenu d'enseigner gratuitement douze enfants pauvres. L'intendant Amelot blâmait ce genre d'établissement, qui « donnait occasion de faire de mauvais prêtres ou des procureurs, des sergents ou autres engeances de même espèce ^. » Ces récriminations discutables contre la gratuité et le trop grand nombre des collèges prouvent d'une manière saisissante combien l'instruction était répandue et comme elle était mise à la portée de tous sous l'ancien régime. Sans doute l'enseignement primaire était inférieur à ce qu'il est aujourd'hui ; le nombre de ceux qui savaient lire et écrire était moins considérable ^ ; dans certaines provinces, les écoles étaient moins nombreuses^; les maîtres ne
* La noblesse telle qu'elle doit être, 1758, p. 173.
* Inv. Arch. Saône-el-Loire, D. 28.
' Nous avons établi d'après des statistiques sérieuses que dans les régions qui forment aujourd'hui le département de TAube, le nombre des hommes sachant lire avant 1789 était de 72 pour cent, et celui des femmes de 22. L'instruction primaire, p. 58.
* Ainsi, dans la généralité de Moulins, Freminville, bailli de La Palisse, se plaint, en 1753, de Tignorance extrême qui règne dans les villages et môme dans les bourgs {Pratique, III, 547). Turgot, en 1762, gémissait de l'excès d'ignorance dans la généralité de Limoges, et invitait les curés à s'occuper des
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recevaient pas dans des écoles normales une sérieuse éducation pédagogique. Mais, si de grands progrès restaient à réaliser, de grands efforts n'a^ vaient-ils pas été tentés? chaque pouvoir dans sa sphère n'y avait-il pas contribué î et les plus méritoires de ces efforts, n'était-ce pas à la communauté d'habitants qu'on les devait? Qui d'ordinaire entretenait les écoles, qui salariait les maîtres, sinon les habitants, sinon les pères de famille? Ils connaissaient la valeur et le prix de l'instruction, puisque, malgré les charges dont ils étaient accablés, ils n'hésitaient pas à s'en imposer de nouvelles pour y satisfaire ; ils comprenaient leurs devoirs de pères et de citoyens, quand ils faisaient des sacrifices pour assurer à leurs enfants l'enseignement primaire ; et qui peut dire, s'ils n'avaient pas puisé ces sentiments généreux dans ces fréquentes assemblées de paroisse, où sous les arbres séculaires, au sortir de l'église, ils délibéraient et agissaient sous l'inspiration multiple de la religion, de la famille et de la patrie , dont la communauté était pour eux l'image ?
moyens de répandre un peu plus d'instruction dans les campagnes. Œuvres de Turgoty I, 641.