CHAPITRE III LE CURÉ
Particijoation du curé aux fonctions communales. — Tenue des registres des naissances, des mariages et des décès. — Son droit de recevoir les testaments. — Il assiste aux assemblées de la communauté. — Il est l'auxiliaire de Pintendant. — Non résidence de certains curés au xvi^ siècle. — Discipline plus sévère,
— Les gros décimateurs. — Situation des vicaires. — La portion congrue. — Subventions des communautés. — La dîme. — Manque de curés. — Le casuel. — Presbytères à la charge des habitants. — Construction et réparation. — Zèle religieux dans certains villages. — Processions. — Discussions pour la préséance. — Sentiments hostiles à l'égard du clergé.
— Divisions entre certains curés et les habitants. — Curés populaires. — Surveillance de l'autorité ecclésiastique. — Visites de l'évêque et des archidiacres. — Publicité et contrôle. — Situation du curé.
Le curé de village avait clans l'administration de son église une autorité limitée par les prérogatives des marguilliers et les droits des habitants ; en revanche, il avait dans la communauté des moyens d'influence qu'il n'a plus de nos jours. 11 tenait les registres des naissances et des décès; il recevait les testaments ; il assistait aux assemblées des ha-
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bilanls ; il ùlail r()r{j;aii(î de la loi, en ralsaiiL coiiiiaîtrc cl ses concitoyens les actes de Tautorité supérieure.
La société clirétiemie était si fortement organisée autrefois, qu'en dehors d'elle il n'y avait pas d'état civil. Le prêtre inscrivait la naissance, le mariage et le décès des membres de la communauté, en relatant sur des registres spéciaux les baptêmes, les bénédictions nuptiales et les enterrements. Ce fut seulement à partir de François V que ces registres commencèrent à être tenus régulièrement. Un notaire dut les signer avec le curé, et chaque année ils furent déposés au greffe le plus voisin \ Des ordonnances successives précisèrent le mode de leur rédaction et multiplièrent les formalités destinées à en garantir Tauthenticité. Prises d'abord dans l'intérêt de la justice, afin de s'assurer de l'identité des personnes, ces formalités furent utilisées également dans un but fiscal, pour faire connaître aux agents des Fermes les mutations à opérer par suite de décès. Jusqu'à la Révolution, le soin de tenir ces registres fut conservé au curé ; mais les hommes auxquels la sépulture ecclésiastique était refusée n'y figuraient pas, et, bien que la loi y pourvut en décidant cju'ils seraient inhumés sur une ordonnance du juge conservée au
1 Ordonnance d'août 1539, art. 50, 51 et 52. — Plusieurs curés inscrivaient sur leurs registres une sorte de mémorial des principaux événements historiques, météorologiques ou autres qui se passaient dans leur paroisse. (Tri, Meignan, Revue des questions historiques, janvier 1879.) — Dumesnil, Souvenirs de la Terreur, Mém, inédits d'un curé de campagne-f Paris, Didier et Gie, p. 157,
greTe \ rcxcommunication avait des effets civils qui supprimaient même, dans le registre paroissial, la mort de celui qu'elle frappait.
L'excommunication fut longtemps entre les mains du prêtre un puissant moyen d'influence. Il en frappait encore, au xvii"" siècle, après plusieurs monitiens canoniques, ceux qui vivaient d'une manière notoire en concubinage ; il désignait publiquement ceux de ses paroissiens qui ne communiaient pas à Pâques ; il pouvait même faire procéder contre eux ^
La vie privée lui était ouverte. Non seulement, il pénétrait auprès des mourants pour leur administrer les sacrements, mais il avait le droit de recevoir leurs testaments. Cet usage, qui remontait au moyen âge, était un de ceux qui avaient le plus contribué à enrichir les églises ^. La présence de témoins était, il est vrai, nécessaire pour que le testament fut valide. Il était rédigé d'ordinaire en termes empreints de sentiments religieux, et contenait presque toujours des dispositions relatives à des messes ou des legs en faveur de la fabrique \
Ni la loi, ni l'usage n'interdisaient aux curés d'assister aux assemblées de la communauté. Comme ils
1 Ord. de 1667, fit. XX, art. 8 et suiv. Ord. du 9 avril 1736, qui complète le précédent de ces articles. Arrêt de 1746.
2 Inv. des Arch. Seine -Inférieure , Visite d'uû vicaire général eu 1664, G. 725.
3 Loysei, Institutes coutumières, édit. Laboulaye, n° 301. — Ordonnances de 1579, art. 63. Ane. lois. XIV, 398.
4 Arch. de l'Aube, 40, 41, 42, G.
étaient les ])Iiis instruits et les ])liis diserts, Iriir parole y était souvent la |)lus écoutée. Kn llreUi^^ni^ ils étaient les intermédiaires des commissions diocésaines pour la répartition de la taille ^ II fut question, en 171G, de donner des attributions analogues à tous les curés de France -. En 1775, on leur demanda d'éclairer les habitants de leurs paroisses sur les dangereuses doctrines de ceux qui s'opposaient à la libre circulation des grains ^. C'était Turgot, alors contrôleur général, qui faisait appel à leur concours, comme il lavait déjà fait pendant son intendance de Limoges. Tandis que certains de ses collègues voulaient empêcher les curés de s'immiscer dans l'administration communales, « Turgot, selon Dupont de Nemours, les regardait comme ses subdélégués ; il assurait qu'on était trop heureux d'avoir dans chaque paroisse un homme qui eut reçu quelque éducation, et dont les fonctions dussent, par elles-mêmes, inspirer des idées de justice et de charité. » Aussi entretenait-il avec eux la correspondance la plus active ; il leur demandait des éclaircissements de toute espèce ; il les chargeait de l'informer des accidents et des maladies contagieuses, de lui transmettre les requêtes des habitants, les états de pertes des bestiaux; il les priait de concourir à la vérification des rôles de la taille, de l'aider à améliorer la levée des impôts; enfin,
ï Du Ghatellier, Des administrations collectives.
2 Jean Buvat, Journal de la Régence, I, 94.
3 Instruction envoyée par ordre de Sa Majesté à tous les curés de son Royaume. Imp. royale, 1775.
il les engageait à faire connaître aux habitants assemblés à l'issue de la messe les décisions et les intentions de Tadministration K Dans le Limousin, où l'instruction était peu répandue, l'intervention du curé dans les affaires communales apportait un utile concours aux progrès que voulait réaliser l'État. La déclaration de 1787 lui donna un caractère légal dans les pays d'élections, en attribuant au prêtre la seconde place dans le conseil des notables.
11 y siégeait après le seigneur, à la juridiction duquel il était soustrait par le privilège qui le soumettait aux seuls tribunaux ecclésiastiques ; mais il était présenté à la nomination épiscopale par le seigeur, si celui-ci était patron ou fondateur de l'église-; et dans tous les cas, le seigneur était tenu de veiller sur sa conduite et à la discipline de l'église. Le curé était obligé de lui rendre des honneurs spéciaux, tels que l'encens et l'eau bénite 3.
Le pouvoir seigneurial et l'autorité religieuse se soutenaient mutuellement, quoiqu'il y eût parfois entre leurs représentants des désaccords et des luttes.
Le rôle du clergé s'était modifié depuis le moyen âge. Au xii'' siècle, le prêtre n'était pas seulement le pasteur spirituel, il était le protecteur, l'avocat et même le chef de ses paroissiens ; nous l'avons vu
1 Lettres circulaires aux curés de la généralité de Limoges pour leur demander leur concours dans diverses opérations adyninis^ tratives. Œuvres de Turgot, I, 633 et suiv.
2 De Ferrière, Des droits de patronage, p. 365,
3 Voir plus loin^ livre III, chapitres II et III,
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se mcUrc î\ leur U)U) ])our ro]V)uss(M' r()|)prossion, ou les coiiduiro sons les ])aniiières du loi. Au xvf siècle, Tabus des bénéfices avait inii à la considération du clergé. On signalait à cette époque un grand nombre de prêtres dans les villages ; mais les titulaires des cures et des prieurés n'y résidaient pas, et les aiïermaient au plus ofTrant. « Aussi, le plus souvent, dit un curé de ce temps, le plus asne et mécanicciue de la paroisse cstoit mons. le vicaire, pour ce qu'il en bailloit le plus ^ » Rien n'égalait le relâchement du clergé rural dans certaines contrées. La vie privée des curés était un sujet de scandale; dans la Beauce, on se plaignait de leurs violences ^ ; en Champagne, on signalait leur conduite immorale ; on les montrait vêtus d'habits mondains, fréquentant les tavernes, se livrant publiquement aux jeux de hasard, négligeant leurs devoirs et s'appropriant les revenus des pauvres ; on blâmait leur cupidité, lorsqu'ils exigeaient de l'argent des communiants ou qu'ils refusaient d'inhumer les personnes qui n'avaient point fondé de messes par leur testament. La plupart des cahiers des chàtellenies du bailliage de Troyes, en 1576 et surtout en 161ù, sont remplis de plaintes contre l'avidité, l'immoraUté et l'incurie des prêtres de village^.
Une discipline rigoureuse releva, au xv!!*" siècle, le
* Claude Haton, Mémoires, p. 90.
2Menault, AngervUle-la-Gate, p. 393.
3 Arch. municipales de Troyes, BB. 15 et 16. Voir surtout les cahiers de Treignel et de La Ferté-Loupiàre, en IG14.
niveau moral du clergé des campagnes, et Ton peut dire qu'au siècle suivant, il inspirait le respect, et le méritait par ses vertus. Mais il resta toujours dans son organisation ecclésiastique un vice radical ; c'est que les dîmes recueillies dans les paroisses étaient perçues d'ordinaire par des gros-décimateurs qui ne résidaient pas et qui, la plupart du temps, la'ssaient au prêtre qui desservait l'église une portion appelée portion congrue. On sait qu'elle était à peine suffisante, bien qu'à différentes reprises on en eût élevé le taux. Le clergé de Bassigny disait en 1789, et d'autres clergés parlèrent dans le même sens : « Beaucoup de curés sont mal rétribués dans les campagnes ; la plupart sont à portion congrue. »
Les poriions congrues des curés, parfois payées en nature au moyen âge, furent fixées à 120 liv. sous Charles IX, portées à 300 1. sous Louis XIII, élevées à 500 1. en 1768 et à 700 en 1786. Celles des vicaires étaient inférieures. Comme on le voit, elles avaient suivi une progression égale à la diminution de la valeur de l'argent. En 1786, un prêtre écrivait, en parlant d'un vicariat qui lui rapportait 550 livr. : « Ce qui suffisait il y a vingt ans et à plus forte raison il y a quarante ans, ne peut aujourd'hui suffire que le prix de toute espèce de marchandise a plus que doublé et notamment le bois à feu qui a plus que quadruplé \ » Souvent la communauté était obligée de leur donner une allocation annuelle, qui
1 Arch. de l'Aube, (Buxièros), C. 98,
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suppléait à rinsulTisancc (l(^ Icîurs revenus '. Kn 17/|2, révô((U(3 de Lanf^rcs ne consent à envoyer un vicaire dans un villa}j;e que si les habitants votent un supplément de 80 liv. à sa portion congru(3; ils le font sans hésiter ^^. L'archevêque de Rouen, en 108(), ordonnait aux manants de certaines localités de se cotiser pour assurer la subsistance du prêtre chargé de leur dire la messe le dimanche ^. Par suite de conventions particulières, la communauté pouvait aussi s'engager à payer au prêtre la célébration d'offices supplémentaires à des heures déterminées \
Quoique Yauban ait dit que la dîme était le moins onéreux des impôts ^\ il était dur pour le paysan de donner une partie de sa récolte, sans que souvent elle profitât au prêtre qui desservait son église, sans qu'elle le dispensât de lui payer une subvention supplémentaire et de s'imposer pour réparer la nef de Téglise. La dîme, qui fut établie par Charlemagne en faveur du clergé, était rarement la dixième partie de la récolte ; elle en était, selon les pays, la treizième, la quinzième, la vingtième et même la quarantième. Dans certains cantons, la treizième gerbe s'appelait
^ Inv, des Arcli. de l'Aube, G. 2831. — Les vicaires, dans ^.e lailHage de Metz^ ne touchaient en 1789 que 350 1.
2 Arcb. de l'Aube, G. 98.
3 Inv. ArcJi. Seine-Inférieure, G. 1686.
* Une communauté de Bourgogne demande à plaider contre son pasteur, parce qu'il a chan.ijjé l'heure d'une messe qu'il était tenu de dire le dimanche, au soleil levant. [Inv. Arch. Saône-el^ Loire, C. 158.) — Inv. Arch, Hérault, G. 986. — Arch. Aube, G. 143.
5 Projet d'une dixme royale, p. 11,
le trézcau, et se mettait en travers sur les autixîs, afin que la personne chargée de recueillir la dîme pût la lever plus facilement avec sa fourche ^ Vauban disait à tort que cet impôt ne suscitait ni plaintes, ni procès; il serait facile d'en citer un grand nombre. La quotité de la dîme était souvent discutée. Au xvi^ siècle, des habitants soutenaient qu'ils la devaient, non d'après une proportion déterminée, mais à leur volonté^. Elle se levait sur tous les produits de la terre, et même sur les poules, les moutons et les cochons. Dans ce cas, la perception n'en était pas toujours pratique. Quand on avait droit à un agneau sur treize et qu'il n'y en avait que neuf, le paysan ne pouvait fournir trois-quarts d'agneau ; si le décimateur refusait une somme d'argent en compensation, il fallait plaider. Dans les pays vignobles, c'était une source de contestations que de savoir si la dîme devait être perçue en nature au pied de la vigne ou en vin dans la cave^. Quand on la percevait au pied de la vigne, il fallait voir, à l'époque des vendanges, les agents des décimateurs courir de coteaux en coteaux, sous la direction de chefs à cheval, qui les
1 Traditions particulières. — A Fontaine-Mâcon, le curé réclamait la quinzième hottée ; les habitants prétendaient ne devoir que la trentième. (Arch. de FAube, C. 20S7). — - Dans TAin, la dîme était environ du 13^, pour les grosses dîmes (froment et seigle), du 18e, pour les menues dîmes (orge, avoine, chanvre, etc.), du 20e, pour le vin. (Taux de la dîme dans l'Ain en 1791 (Philibert Le Duc, Hist. delà Révolution dans l'Ain, II, 395-414.)
2 Inv. Arch. Aube, G. 2726.
3 Michel, Recherches sur la perception de la dlme en Champa^ gne, 1873, — Du Perray, Ti^aité des Dixmes, 1719, p. 406.
avertissaient à coups de sifflets des points sur lesquels devait porter leur surveillance'. La dîuKî de suite excitait surtout de vives plaintes; elle consistait à suivre le cultivateur hors du territoire de la paroisse pour lui faire payer moitié de la dîme au décimateur de son domicile ^ Rien n'était plus variable du reste que la législation et les usages d après lesquels elle était perçue; rien de plus nombreux que les difficultés qu^elle suscitait entre les curés et leurs paroissiens.
Si du moins elle avait suffi à tous les besoins du culte, on l'aurait acceptée facilement, comme on l'accepte encore au Canada ^ ainsi qu'en Angleterre, où du reste elle a été convertie en une contribution pécuniaire. Mais, comme les gros-décimateurs ne venaient pas au secours de ceux qui n'avaient point le nécessaire, il se trouvait des paroisses si pauvres qu'elles ne pouvaient subvenir à l'entretien d'un curé, et qu'elles en restaient dépourvues". Ailleurs le prêtre est si misérable qu'il va mourir à l'Hôtel- Dieu de la ville voisine ^ « Il y a beaucoup de villages sans curé ei même sans prêtre résidant, dit le clergé
^ Aux Riceys, en 1784, 150 préposés surveillent ainsi les vendanges. {Mém. pour 3/e Hiigot, avocat. Paris, 1785.)
- Cahier de La Rothière. Arch. de l'Aube, B. 18.
2 Au Canada, elle est la vingt-sixième partie de la récolte. On raconte même que le vingt-sixième enfant d'une famille, et il s'en trouve parfois, est donné au curé, qui Télève à ses frais. (De Lamoihe, Excursion au Canada^ Tour du monde, XXX, 126.)
* Cahier du Tiers-Etat de Nemours. Arch. parleraentaires, IV, 192. — Arch. de TAube, G. G69. — Inv. Arch. Seine-Inférieure^ G. 1178.
^ Arch. de l'Aube, G. 766.
de Bassîgny, à raison de la dureté de certains grosdécimateurs.» La plupart des diocèses, dit-on dans un diocèse voisin, manquent de ministres pour le service des paroisses de campagne, ce qui oblige bien des curés de biner les dimanches et fêtes \ Quelques-uns des titulaires eux-mêmes ne résidaient pas, et ne se faisaient pas suppléer ; de sorte que les paroissiens étaient obligés de faire baptiser leurs enfants dans les églises voisines 2.
Le casuel ou les frais du culte étaient insuffisants dans les paroisses dont la population était minime. Il était interdit de rien percevoir pour les enterrements ; mais cette interdiction était rarement observée. Le tarif des messes de mariages et des services était fixé par Tévêque. On payait 5 s. pour un extrait de baptême et 10 s. pom' les monitoires^. Les procureurs fiscaux devaient veiller à ce qu'il ne fût rien exigé en sus. On s'élevait avec raison, au dernier siècle, contre la cupidité de certains curés, qui aux fêtes de Pâques exigeaient mi sol de chaque communiant, riche ou pauvre, domestique ou mendiant, et refusaient en cas do non-paiement, de les admettre à la Sainte- Table'' .
1 Cahiers des villages en 1789. Arch. de TAube, B. 17. — Il existait en Normandie un droit, dit de déport^ qui donnait aux évêques et aux archidiacres le revenu de la première année des cures vacantes. On s'en plaignait vivement dans le Perche, en 1789. {Cahiers de Normandie, I, 106.)
'2 Lépine, 1657. Arch. de FAube, 49 G.
3 0rd. d'Orléans, art. XV. Ord. de 1667, tit. XX, art. 12; ord. de 1670, tit. VII, art. 7. Freminville, Dict. de la police, p. 241-
^ Freminville, Traité, p, 474.
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Les hahilaïUs, qui payai(iiit les dîmes, le casu(il, les services supplémc^iilaires, les réparations de la nef et du cIocImm-, avaient encore à leur cliari^n», le |)r(îsbytère, ([ui jusqu'au xv° siècle avaitétôàla charge du clergé '. 1/ordonnancc de 1695 les avait astreints (( à fournir au curé un logement convenable^.» ])\après un arrêt du conseil, ce logement devait consister en deux chambres à cheminée, Tune pour servir de salle à manger, l'autre pour coucher, un cabinet et une cuisine, en y ajoutant un grenier sur la totalité du bâtiment, un puits, si le local le rendait indispensable, une fosse d'aisances, une très petite cave et un bas-ccUier. Dans aucun cas, il n'était dû des granges ou des étables, mais seulement une écurie pour un ou deux chevaux, s'il y avait des écarts dans la paroisse-^ Extérieurement le presbytère ressemblait à une maison de paysan, et souvent il était couvert en chaume \
Quelques maisons curiales cependant se distinguaient par un luxe relatif, lorsque le curé recevait
1 Guyot, Répertoire, Siii mot Rcparalions. Le synode de Langres, en 1455, met l'entretien du presbytère à la charge des habitants. Les conciles de Rouen et de Bourges, en 1581 et 1584, prouvent que c^t usage était déjà établi. — Arrêts de 1540 et 1569. Jean Chenu, Cent notables et singulières questions de droict, 1606, p. 44 et 50,
'^ Ane. lois françaises, XX, 249. — Voir aussi: du Rousseaud de La Combe, Rec. de jurisprudence canonique, p. 170.
3 Lettre de l'intendant de Champagne, en 1788. Arch. Aube, C. 1185.
^ Projet de presbytère à la Chapelle-Saint-Luc. La cuisine et la chambre ont 4 mètres 25 de large chacune. Chacune a une porte^ «t une fenêtre. Arch. de TAube, (C. 1296. Voir aussi C. 1453.)
la plus grande partie ou la totalité des dîmes. Dans ce cas, son mobilier est celui d'un bourgeois à son aise; il a de l'argenterie; sa bibliothèque est assez bien garnie; ses coffres sont remplis de linge; ses granges surtout regorgent de gerbes de froment et de boisseaux d'avoine ; mais l'intérieur des curés à portion congrue ressemble beaucoup à celui des cultivateurs. En Champagne beaucoup de curés ont plusieurs vaches ; ils s'intéressent aux récoltes de leurs paroissiens, parce qu'ils doivent eux-mêmes vendre le produit de leurs dîmes, et les mauvaises années les atteignent, comme leurs paroissiens, dans leurs intérêts matériels.
Les curés pouvaient sommer les habitants de leur louer un logement \ même de leur construire un presbytère, s'il n'y en avait pas ; ils étaient cependant chargés de le réparer-. En entrant en possession, ils exigeaient souvent qu'il fut mis en état. « C'est une manœuvre assez fréquente, disait un subdélégué, pour ne pas être tenu des réparations pendant la durée de leur séjour.» Un ingénieur se plaignait aussi de ce qu'on faisait reconstruire des presbytères qui étaient aisément réparables^. Dans tous les cas, les communautés payaient, et comme leurs revenus étaient d'ordinaire insuffisants, il fallait recourir à
1 Le valeur de ce logement était évaluée à 40 liv. en 1785, [Guyot, Répertoire. XV, 193.) — A Verraanton, on paie 60 liv.; dans le Quercy, 15 1. [Inv. Arch. Aveyron, G, 251.)
2 Arrêt de règlement du Parlement, 1745. Fremin ville, II, 164. — Arch. de TAube, C. 87,
3 Arch. de l'Aube, C. 1468 et 1185.
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des suppléments criaiposilions pour acquitter ces dépenses ^ .
La foi f[ui rén;nait alors et les servions rendus ])ar les prêtres faisaient paraître moins lourdes aux habitants ces charges multipliées. Ceux-ci avaient parfois plus de zèle que leur curé. On pourrait en citer qui chargeaient leur syndic de lui faire des remontrances, parce qu'il négligeait d'instruire leurs enfants et de les disposer à recevoir les sacrements de l^énitence et d'Eucharistie ^ En 1768, les habitants de Charment veulent le forcer à dire une messe du Saint-Esprit pour implorer le secours de Dieu dans un procès qu'ils intentent contre leur seigneur. Le curé ne veut pas se faire d'ennemis ; il s'abstient. On en réfère au subdélégué, qui se déclare incompétent^. Vers la même époque, l'évèque de Langres supprime un certain nombre de fêtes chômées, parmi lesquelles se trouvait celle du lundi de la Pentecôte. Les habitants de Braux voulurent forcer le curé à la célébrer ; ils montèrent au clocher sans qu'on pût les empêcher, s'attroupèrent autour du presbytère, et y firent un « baccanal affreux, » selon l'expression de la dame du château, qui, témoin de ce désordre, en rendit compte au secrétaire de l'intendant. Le syndic était à la tête
1 En 1789, l'achat d'un presbytère à Rosnay donne lieu à une imposition de 4050 1, j^ayable en trois années. Le seigneur est taxé à environ 440 1. par an. (Arcb. de l'Aube, C. 820.) — Un grand nombre de cahiers de paroisses en Normandie demande que les réparations des presbytères soient mises à la charge des décimateurs. (Hippeau, les Cahiers de Normandie en 1789, II, 239, 436,443, etc.)
^Mémoire pour les officiers de la prévôté d'Eclaron, p. 3.
•i Arch. de l'Aube, C. 1308.
(les mutins, et se rendit avec eux, en costume de fête, à la messe basse du lundi'.
On aurait mieux compris ces vivacités à l'époque de la Ligue, où la religion mal entendue suscitait des excès. En 1579, un curé, ayant voulu rebrousser chemin dans une procession, malgré le vœu de ses paroissiens, fut jeté par eux dans FYonne. Le vicaire poursuivit paisiblement l'itinéraire désiré par la communauté, tandis qu'on retirait le curé de Teau. Celuici s'en plaignit à Tofficial ; une instruction fut commencée, mais personne ne voulut déposer de ce qui était arrivé".
Les processions étaient nombreuses ; quelquefois elles se rendaient à de longues distances ; on en faisait la nuit contre la gelée ; les évêques limitaient leurs parcours et les circonstances dans lesquelles elles pouvaient se faire ^ Elles étaient parfois des occasions de contestations entre les membres des confréries qui se disputaient le pas. Les filles et les garçons le réclamaient, et leur rivalité troublait la communauté. A Buxeuil, en 1766, l'usage s'était introduit, contre la décence, dit un fonctionnaire timoré, de faire porter la bannière par une fille qui marchait devant les garçons. Un d'entre eux s'en empare et la porte au devant de la procession. Le curé se plaint à la justice, et fait arrêter le garçon,
1 Arch. (le l'Aube, G. 424.
2 Mémoires de Claude Haton, p. 977. — Voir aussi sur les processions qu'on fai ait dans les campagnes à l'époque de la Ligue les Mémoires de Carorguy, 1881, p. 3.
2 Ord. synodales du diocèse de Dijon, 1744... d\iutun, 1706... de Soissons, 1701 ,
qui est coiulult à la ])nson de. la ville voisine. Les habitants s'irritent (Tune peine aussi sévère et demandent à Tintendant de les autorisera plaider contre le curé. L'intendant blàine énergiquement ce dernier : (( Je ne comprends rien à sa conduite, écrll-il..., mais j'aurai toujours de la peine à accorder une permission de plaider de laquelle il ne peut résulter aucun bien pour la communauté.» Le subdélégué fait une enquête ; il trouve des partisans du curé qui déclarent que le jeune homme incarcéré est « un brouillon. » L'intendant s'impatiente; il veut « qu'on finisse une affaire aussi ridicule. C'est au curé à faire sortir ce garçon, dit-il. Je lui saurai mauvais gré de ne pas se prêter à un accommodement. » Mais Tévêque de Langres est dans le voisinage; il vient à Buxeuil et se déclare contre les adversaires du curé. (( Ce sont de vrais mutins, écrit-il à l'intendant, qui auraient besoin d'être réprimés par l'autorité. Je règlei'ai par mon ordonnance de visite ce qui regarde Tordre et la décence dans les processions ; mais il est très nécessaire que vous veuilliez bien vous joindre à moi pour empêcher ces brouillons de les troubler. Il y a dans ce canton de mon diocèse cinq ou six paroisses où S3 glisse un esprit d'indépendance qui suscite chaque jour de nouvelles difficultés aux curés et aux vicaires. Je suis bien résolu d'v donner une attention particulière, mais je vous prie de vouloir bien me seconder dans les efforts que je fais pour cela\ »
1 Arch. de TAube, C. 91.
Le langage de l'intendant et de Tévêque indiquent les tendances de l'administra tion, animée de l'esprit séculier et peut-être philosophique, la défiance manifestée par le clergé contre son intervention, et l'esprit d'indépendance qui se glisse dans certaines paroisses, à la veille de la révolution.
L'administration était souvent appelée à intervenir entre les curés et les habitants. Ceux-ci les dénonçaient parfois, incriminaient leurs mœurs \ leur suscitaient des difficultés qui n'étaient pas toujours fondées. En 1774, un syndic demandait que son curé fût exclu des assemblées, parce qu'il avait empêché les habitants de délibérer sur une affaire qui touchait à ses propres intérêts. Le subdélégué fit faire une enquête, et blâma le curé, mais tout en étant d'avis de lui faire grâce pour cette fois. « La prudence exige, écrivit-il à l'intendant, qu'il ne soit pas avili aux yeux de sa communauté, ce qui arriverait si votre Grandeur lui faisait défense de paraître à l'avenir à aucune assemblée de communauté. » L'intendant y consentit, mais lui fit payer les frais de l'enquête. Le même subdélégué n'était pas toujours aussi prudent. Sur les plaintes d'un autre curé, il se rend dans son village, convoque les habitants, écoute leurs griefs et ceux du curé, étonné « d'avoir été cité comme un accusé devant cette assemblée. » Quelquefois l'intendant se montrait sévère et n'hésitait pas à donner tort à un « méchant curé » qui a\ait été
1 /ni', des Arch. des Basses-Pyrénées ^ C. 255.
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interdit pondant f[nator/(* ans ot (|ni Taisait opjxjsition à nne vente de l)ois communaux, parce qn'il en voulait mu^ plus fortes part'. Ailleurs, en parlant d'un prêtre qui avait fait un procès aux habitants do sa communauté pour les forcer à se faire administrer les sacrements par lui, Tintondant do Lyon disait en 1()99 : « Au fond, rien n'est plus odieux qu'un curé qui fait condamner à 800 liv. de dépens quelques habitants d'un hameau^. »
Si Tadministration prenait en mains les intérêts des habitants contre des vexations, qui heureusement étaient exceptionnelles, elle n'était pas hostile au clergé. Comme nous l'avons vu, elle lui demandait parfois son concours. En 1718, les curés furent obligés d'envoyer aux intendants une liste des vagabonds, des fainéants et des libertins qui se trouvaient dans leurs paroisses ^. Ils pouvaient se croire investis de certaines fonctions de police. « Je ne vous dis rien des libertins^ coureurs de nuit, piliers de cabaret, écrit à l'intendant le curé d'un village de Champagne, parce qu'il faudrait que je vous donne le nom d'une partie de ma paroisse. » Après avoir signalé les plus dangereux, comme braconniers et mutins, il ajoutait : « Si vous avez la bonté de nous en débarrasser, j'offrirai les saints mystères pour votre conservation... » L'intendant fit arrêter le plus
lÂrch. deTAube, G. 401, 696, 160.
2 A. de Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux avec les intendants, I, no 1862. — Voir Lettre de Voltaire à Tévêque d'Aunecy, du 15 décembre 1758.
^JeanBiivat, Journal de la Régence, II, 92.
coupable, qui était frère du procureur fiscal*. Un vicaire se plaint en tei^mes amers des « coqs de village qui dominent et oppriment la communauté^. » D'autres, au contraire, n'hésitaient pas à flatter les passions de leurs fidèles plutôt que de les combattre. A l'époque des Grands-Jours d'Auvergne, un prêtre, encore inspiré de l'esprit de la Fronde, faisait en chaire l'éloge de la république romaine, attaquait la taille, et plaignait le peuple trop tourmentée Sous Louis XV, des curés des environs de Saint-Germain encourageaient leurs paroissiens à détruire le gibier et leur disaient dans l'église : « Mes enfants, un tel jour, à telle heure, je ferai une battue ; je vous exhorte à vous y trouver ^\ » Aussi certains prêtres étaient-ils très populaires et trouvaient-ils des partisans chaleureux, s'ils étaient frappés par la discipline ecclésiastique. Les paroissiens s'assemblaient et prenaient en leur faveur des délibérations qu'ils faisaient porter à l'évêque par des délégués. L'évêque, selon les circonstances, revenait sur sa décision ou la maintenait ^.
Les habitants pouvaient aussi présenter leurs réclamations, lors des visites que les évêques et les archidiacres faisaient périodiquement dans chaque paroisse. Ces visites, prescrites par le concile de
1 Arch. del'Àube, G. 633. Voir aussi C. 2071. 2Arch. de l'Aube. C. 98.
3 Mémoires de Fléchier, p. 194.
'^ Mémoires du duc de Luynes, XIII, 186,
^ Inv. dss Arch. du Calvados, G. 369. — Rétif de la Bretonne, La vie de mon Père, II, 21.
LE CURÉ h)?>
Treille et par diverses ordonnances', avaient snrlout pour but d(^ faire observer la (riS(i[)rm(î (xclôsiasti- ([ue-; elles ne reculaient même pas devant les enquêtes publiques. Dans le diocèse d'Auxerre, Tévêque, à une certaine époque, demandait à Jjaute, voix, dans Téglise du village qu'il visitait, si les paroissiens étaient satisfaits du curé et si le curé était content de ses paroissiens. Les réponses qui lui étaient faites suscitaient parfois des protestations et du tumulte -^ Il examinait ensuite les comptes de la fabrique, et avant de quitter le village, il se faisait présenter le maître d'école et la sage-femme ; il ordonnait de remédier aux abus signalés et de veiller particulièrement à la moralité'* . En Normandie, l'évêque provoquaitrétablisscment d'écoles dans les communautés qui en étaient dépourvues, 'et engageait les parents à envoyer leurs enfants dans celles qui existaient ^. Les visites des archidiacres étaient plus fréquentes. Ils parcouraient tout le diocèse, comme de véritables missi dommici. GlmqueVmie avait lieu publiquement avec le concours des habitants, et, après un débat contradictoire où chacun était appelé à faire valoirses plaintes etses réclamations, un procès-verbal était rédigea Tinstant et revêtu de la signature de tous les membres présents ^\
»Ord. da 1560 (art. 6) 1579 (art. 32), fév. 1G61, 1700 (art. 14).
^Inv. Arch. Seine-Inférieure, G. 723 et suiv.
3 Déy, Annuaire de l Yonne, 1849, p. 18.
'^Inv. Arch. Seine-Inférieure [{'o%1-%d), G. 1355, 1356.
''Procès-verbal -le visite de 1750. Mordillât, llisioii^e de Bassuet, 1878, p. 209 à 215.
G A. <le Charmasse, Etat de l'instruction primaire dans Tancien dio:èse d'Autun, Mém. de la Société Eduenne, 1872.
Ainsi, même (3n matière d'administration ecclésiastique, la publicité est admise et la liberté des remontrances existe. On pouvait toujours appeler des abus de Tautorité subalterne à l'autorité supérieure, et quelles que fussent la partialité et la contrainte, les appels étaient souvent entendus. Quant aux curés, si Ton compare leur situation matérielle à celle qui leur est faite aujourd'hui, on n'hésitera pas à trouver cette dernière supérieure. Il est préférable pour leur dignité et leur repos de toucher de l'État leurs revenus que de faire prélever directement sur les récoltes de paroissiens, souvent pauvres, une part parfois contestée et cédée à regret ^ . Leurs actes ne sont plus discutés en assemblée générale, et ils ont la faculté de faire dans Tintérieur de l'église à peu près ce qu'ils veulent, sans entendre des réclamations dont ils sont obligés de tenir compte. Sous l'ancien régime, il est vrai, les prêtres étaient aussi respectés, sinon davantage, qu'aujourd'hui. Quelques-uns des cahiers de 1789 parlent en termes touchants de leur zèle et de leur dévouement. Ce n'est pas seulement en Bretagne qu'on apprécie les « bons et utiles pasteurs qui s'occupent de près et journellement de Tindigence et de l'assistance du peuple - ; » des villages de Champagne demandent aussi l'amélioration du
1 Voir à ce sujet l'opinion d'un curé de Vicq, qui avait perçu la dîme avant la Révolution, et lui préférait son modique traitement. {La HaïUe-Marne, Revue champenoise, 1856, p. 117.)
2 Ai'ch. parlementaires^ V, 517. — Ce sont les termes du préambule du règlement du roi du 24 janvier 1789. {Réimp. du Moni^ teur, lutr., p. 558.)
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sort (l(^ leurs curés, « (|ui porlirnl. I(^ j)()i(ls du jour, (l(^ la chalour, oi sont sans cess(^ occupi'îs des Ix'soins spirituels (h^ leurs paroissiens. » Si qu(^l(jues-nns d(; CCS derniers désirent la suppression dfis chapitres (;t de certains. couvents qui nourrissent, suivant eux « d(î pieux fainéants, » c'est surtout pour en attribuer- les revenus à leurs pasteurs vigilants et infatif^ahles ^ Ceux-ci, par la paroUî et par l'exemple, ne leur enseignaient-ils pas la charité, qui apaise lessoudranccs, la foi qui élève les cœurs et qui donne l'espérance au delà de la vie? Ils les aidaient d'autant plus à supporter leur sort, qu'il y avait souvent entre eux communauté d'origine et de pensées. Alors, comme aujourd'hui, les prêtres de campagne n'appartenaient pas aux classes supérieures de la société. Les cadets de famille se réservaient les canonicats et les bénéfices qui n'obligeaient pas à la résidence ; le clergé rural se recrutait dans la petite bourgeoisie et parmi les laboureurs. Il partageait leur pauvreté et compatissait à leurs maux ; et quand le mouvemient de 1789 éclata, on vit un grand nombre de ses membres revendiquer hautement, non seulement l'amélioration du sort du clergé rural, mais aussi la réforme des lois et de la société.
^ Cahiers de Saint-Plial, Ghamoy, Grésantignes, Jeugny, etc. — Arch. de l'Aube, B. 17, 18, 19.