LA MILICE
Le service féodal. — Guet et garde. — Guet du mont Saint- Michel. — Immunité du service mi.itaire. — Contre-cou^^ de la guerre. — Dévastation des campagnes. — Passages et séjours des gens de guerre. — Leurs déprédations. — Guerres de religion et Fronde. — Louis XIV. — Étapes et logements militaires.
— Demande d'une armée nationale. — Levées sous Louis XIII.
— Paysans armés. — Essais d'une réserve. — Francs-archers.
— Ban et arrière-han. — La milice. — Recensement. — Élection des miliciens. — Établissement du tirage au sort. — Sou fonctionnement. — Appréhensions qu'il inspire. — Service de la milice. — Indemnités. — Charges imposées par la milice aux communautés et aux syndics. — La milice et les cahiers de 1789.
C'est principalement sur les habitants des campagnes que pesaient les tailles; exclusivement ils supportaient les corvées. Lorsque Louis XIY établit le service forcé de la milice, plus que les habitants des villes ils en subirent l'atteinte ^
Au moyen âge, le service militaire avait été une \ redevance obligatoire ; à Tépoque de la renaissance,
1 Le service de la milice fut imposé plus tard aux villes^ mais dans des proportions inférieures à celles des campagnes.
il devint un métier; à partir de Louis XIY, sans ces- j ser d'être un métier pour beaucoup, il devint pour quelques-uns un impôt.
Dans le système féodal, Vost et la chevauchée étaient demandés aux paysans ; mais la durée du service qu'ils devaient aux suzerains était souvent limitée à peu de jours. Les paysans remplissaient d'ordinaire auprès du seigneur les fonctions de serviteurs ou de sergents. En tout temps, ils étaient astreints à la garde du château, comme à l'entretien de ses murs, qui les protégeaient en temps de guerre. Le roi Charles V ordonnait aux habitants des villages voisins du fort de Saint-Lyé d'y faire guet et garde jour et nuit, parce qu'il était en tel état de défense que les habitants pouvaient venir s'y réfugier ^
Cette obligation suscita, au xv'' siècle, de nombreuses difficultés entre les seigneurs et les habitants. Un règlement de il\79 chercha à les résoudre. Il fut permis aux hommes de s'exempter de ce droit en payant 5 sous tournois par an; et le nombre des gardes fut fixé à deux nuits par an-.
Les intendants s'efforcèrent de supprimer partout cette obligation, qu'ils qualifiaient de « pure vexation et de sujet de rapine et de concussion. » Sous Louis XIY, certains seigneurs prétendaient faire réparer leur château par les habitants de leur village, en invoquant cet ancien droit •^. Au xviii*" siècle, il
^Mandements du roz Charles F, publiés par M. L. Delisle,. Do 908.
'^Anciennes lois françaises, X, 809.
^Correspondance manuscrite de Tintendant BoucLu^ II, fo i66ro..
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subsistait eiiroro dans (jualrc paroisses (h'^pcndaiil de Tabbayc du Rlout-Saint-Mirbcl. <« (!e scîrvicc militaire, disait riuteudant d(î (!aeu eu 17()(S, est iuutilcî et ridicule. J.es habitants un peu aisés font faire cette corvée pour 8 sous par jour; mais les pauvres journaliers la font eux-mêmes. Elle est réparties par tète; le pauvre est aussi chargé que le riche; il perd une journée, et après avoir passé la nuit sur des pierres pour lit de camp, il n'est guère en état de travailler le lendemain ; s'il manque à la garde, on Tenvoie chercher par quatre fusiliers, il paie une amende et est condamné à huit jours de prison. » L'intendant soutint les habitants dans un procès qu'ils engagèrent à ce sujet avec les religieux ; il défendit d'autant plus les premiers qu'ils étaient assujettis en outre au service de la milice garde-côte, et en 1780, il se prononçait hautement, auprès du ministre, contre « un usage barbare, ridicule et vexatoire, qui avilissait les sujets du roi^ »
Le service militaire féodal était depuis longtemps tombé en désuétude. Seuls le ban et l'arrière-ban, qui appelaient les nobles et les possesseurs de fiefs à servir le roi en temps de guerre, furent conservés jusqu'à la fin du xvii^ siècle. Les roturiers avaient pu se racheter, à certaines époques, du service militaire; il
— En 1669, Bouchu a jugé uo procès entie les habitants d'Autricourt et leur seigneur relativement aux prétentions de celui-cin réclame un arrêt du conseil pour en prévenir d'autres. Dans certaines seigneuries, le droit avait été converti eu corvées ou en redevances. (Freminville, Pratique^ II, 375. '(
^Inv. des Arch, du Calvados^ G. 473 à 475.
finit par ne plus leur être demandée Depuis la guerre de cent ans jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, le paysan, Tarlisan, ne furent pas contraints, sauf de rares exceptions, à prendre les armes pour défendre leur prince ou leur pays. Mais s'ils n'étaient pas exposés aux dangers de la guerre, ils contribuaient à ses dépenses; ils en ressentaient d'une manière lamentable le contre-coup, lorsque les armées traversaient leur territoire.
On put le voir pendant la guerre de cent ans. Français et Anglais, Bourguignons et Armagnacs passaient tour à tour, comme des bandes de pillards, dévastant les maisons, brûlant les villages, ruinant les campagnes. Les terres restaient incultes; pendant de longues années, les propriétaires ne touchaient ni leurs redevances ni leurs fermages '^ Les amis n'étaient pas moins à craindre que les ennemis ; et depuis le Kiy"" siècle, les rois ne cessèrent de renouveler des ordonnances pour réprimer les violences et les excès des compagnies de gens de guerre ou de soudards. Les paysans furent autorisés à s'armer et à s'assembler au son de la cloche, pour les repousser par la force; on prescrivit de mettre les châteaux en état pour abriter les habitants des communautés^. Cent ans après, les mêmes excès subsistaient, et l'impuissance de la ré-
1 Boutaric, Institutions militaires de la France, liv. IV et V.
^D'Arbois de Jubain ville, Introd. à V Inventaire des Arch. ecclésiastiques de rAube, — Max Qaantin, Épisodes de C histoire du xve siècle aux pays Senonais et Gâtinais, '.866.
sOrd. de 1355 et de 13G7. — Voir aussi ord. de 1439, Ane. lois françaises. IX, 57.
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])n'ssi()ii rlail aussi ^n'aiidc. « Ij* |)o\iv InhoiirfMjr, (lisail-on aux Klals (h' Tours (^i I^S/i, |);iy(' et, soulcloyc ceux (|iii le hiili'iil, (iiii le (leslo<z;('i)i dr sa maison, ([ui lo fonl coiicIkm' à terre, qui luy oslent sa substance'. » ]\lais vc. fut snrloul à l'r.poque des guerres de religion et de la Fronde qiKi les déprédations des gens de guerre furent funestes aux villages. Pour les guerres de religion, les mémoires de Claude Ilaton et les cahiers des campagnes du bailliage de Troyes en contiennent des exemples navrants. « On ne voudra croire, dit ITaton, les torments qu'on enduré les pauvres gens des villages en leurs corps, esprit, âme, biens, bestial et aultres choses, tant les hommes que les femmes, et par gens de leurs propres nations-. » Les gens de guerre s'installaient comme en pays conquis, se faisaient livrer par les habitants tous les vivres et le vin dont ceux-ci pouvaient disposer, s'emparaient de leurs bestiaux, emportaient leurs meubles les plus précieux et les chargeaient sur des chariots auxquels ils attelaient les chevaux de leurs malheureux hôtes. Pour éviter de pareilles déprédations, auxquelles s'ajoutaient souvent des violences contre les personnes, les principaux habitants allaient quelquefois au devant des compagnies, et leur offraient des sommes considérables pour les détourner de leurs villages. Il se trouvait des capitaines assez dépourvus de tous sentiments d'honneur pour pren-
1 Masselin, Journal des Etats-Généraux^ p. 672. ^ Mé77ioires, p. 813. — Mémoires de Carorguy (l582-iô95) p. 138.
dre Targent et piller ensuite les habitants'. « Le pauvre bonhomme, » comme on appelait parfois le paysan, rançonné, battu et dépouillé, n'avait d'autre ressource que de s'enfuir avec sa famille et ses troupeaux dans les villes voisines, dont les murailles étaient à même de le protéger. En 1576, les rues de Provins étaient si remplies des habitants des environs et de leurs bestiaux, « qu'il n'estoit possible d'y passer à son ayse. » « C'était une chose fort pitoyable, dit le curé Haton, d'ouyr le cry, hurlement et beslcment de tant de bestes^. » Les villages sont désertés à tel point que les gens d'armes sont réduits à la disette et demandent au roi de forcer les paysans à revenir dans leurs maisons. Le roi, tout en ordonnant à ces derniers de le faire, les autorisa à résister aux reîtres et aux compagnies qui n'étaient pas munies d'une commission régulière. Dans certaines provinces, les manants se liguèrent avec les nobles et avec les bourgeois des villes, et parvinrent ainsi à repousser les bandes de pillards qui les menaçaient^. Mais ce ne furent que des résultats partiels, et le mal persista, même après les guerres civiles. Sous Louis XIII, on demandait encore de protéger les villages contre les excès des gens de guerre, qui s'y logeaient et les traversaient^.
1 Gabiers d'Isles et de Virey-sous-Bar. Arch. de Troyes, BB. 15*
^ Mémoires, p. 601 et 852. — Voir aussi Noël Du Fail, Baliverneries, ch. III.
3 Hatoiî, Mérnoires, p. 1059, 954 et suiv.
^Cahiers des chàtellenies du bailliage de Troyes en 1614. Arch. de Troyes, BB. 16, 1. — Ord. de 1629, 1637, 1641. — Ennuis des paysajis champestres adressez à la Royne régente^ 1614, p. 4.
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A ro|)0(|U(' (le la, lYondc, (-(îs cxcrs ruiciil plus siolonts, plus tciTiblcs rpic^ jamais; en (iliainpaf^iK», l(3S villages sont pillés cl, incendiés. On nialtiail(î les curés; à hraux, on tucî U) seigneur'. Ailleurs, une bourgade fortiliée résiste. 1,500 cavaliers y entrent pai* la brèclu^ tirent des coups de pistolets dans les rues, dans les maisons, dans Téglise même, luent trente habitants, en blessent soixante-^. C'est encore Louis XIV qui établit une discipline sévère dans les troupes et assura la sécurité des villages"^ , comme il avait ramené Tordre dans leur administration.
Les communautés ne furent point, il est vrai, exemptées des charges des logements militaires ; mais ces charges furent réparties plus équitablement ; les rapports des officiers municipaux avec les troupes furent déterminés d'une manière précise. Des entrepreneurs furent chargés de fournir aux soldats en marche les vivres et les rations dont ils avaient besoin '• ; des impôts spéciaux furent levés sur les com-
1 Arch. de rAube, série G, 537, 539, 509, 573, 591, 606, 624, 635, 688, 746, 802, 818, 827, 863, 952, 957, 974.
- Inv. des Arch. de l'Yonne., p. 266. — Voir aussi : C. Port, lav. des Arch. d'Angers, Documents, p. 470. — Mémoires de Oudard Coquault^ bourgeois de Reims. 1, 193 et autres. — Les Horribles cruautés faites dans les provinces de France 'par les gens de guerre cVErlach et autres. 1649. — La Champagne désolée par l'armée d'Erlach, 1649. — S. Despouts, Un village de Gascogne pendant les cfuerres de la Fy^onde. Revue de Gascogne^ VIII. — De Carné, Les États de Bretagne, I, 236-237.
3 J'avais voulu avant tout, dit Louis XIV, que les troupes ne logeassent que dans les villes et les bourgs fermés, comme étant les lieux où mes règlements se pouvaient observer plus exactement. {Mémoit^es de Louis XIV publiés par Ch. Drevss, I, 247.)
^Dictionnaire militaire. 1745, t. I, 4i2.
munautés pour en rembourser les dépenses. Déjà, sous Henri II, Timpôt du taillon avait été créé pour subvenir à leurs besoins; mais comme on a pu le voir, le produit de cet impôt avait été détourné de sa destination et les campagnes continuèrent à être opprimées parles troupes de passage. La fourniture des vivres par réquisitions et les charrois par corvées mis à la charge des cômmmiautés par le code Michaud ne produisirent pas des résultats plus heureux. Mais lorsque la police des logements militaires fut confiée aux intendants, les communautés villageoises, malgré Faugmentation de leurs impôts, purent respirer en paix.
Sous Louis XV, les officiers municipaux ouïes syndics^ devaient faire une revue exacte des soldats qui venaient prendre leurs logements dans la localité; ils en dressaient la liste ; ils renvoyaient en double au ministre de la guerre, avec les certificats des fournitures faites aux étapiers pour la nourriture des troupes. Le prix de ces fournitures était avancé à ces derniers par les communautés^, qui étaient postérieurement remboursées par l'État^, au moyen des impositions spéciales, connues sous le nom de subsistance, de quartier d'hiver et d'ustensile ^ Les charges
1 Dans les communautés qui servaient de gites d'étape ordinaire on nommait parfois, outre le syndic paroissial, un s y:idic militaire qui était chargé de s'occuper de toutes les questions relatives aux logements. (Arch. de l'Aube, G. 448),
'^Ordonnance du 13 juillet 1727. Freminville, Traité, p. 393.
SD'Arbois de Jubain ville, ï Administration des Intendants, p. 80 à 82.
4 L'ustensile consistait dans les fournitures que l'hôte devait au
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iiouvi^llcs fiirdli^siiuposaientaiixcomimiiKiijl/'séla'K^nt moins lourdes ciuf cclli^s doiil celles l(3s (]6livraicnt. JV[al<^ré riiisoloncc do certains officiers et de certains soldats, qui allaient jusqu'à insulter et frapper les échevins et les syndics \ on n'eut plus à déplorer un système de pillage général comme celui qu'on signale pendant les guerres de religion et pendant la Fronde. Les Allemands, les Italiens, les Espagnols, qui composaient alors une grande partie des troupes, se comportaient dans les villages comme en pays conquis ; seuls, les Suisses étaient qualifiés de « gens traictablcs et de bonne foy ; » mais les violences et les rapines des étrangers étaient si fortes que les habitants des campagnes demandaient leur expulsion et la levée d'une armée indi2:ène. Ils voulaient faire choisir les soldats soit par « les premiers en chacune ville, villages et bourgade, » soit par les chàtellenies ou les provinces-. En 157/i, Charles IX avait essayé défaire une levée générale. Dans chaque village/ les hommes qui étaient en état de s'équiper devaient se tenir prêts à servir le roi, mais cette mesure prise à une époque de guerre civile, ne fut pas régulièrement exécutée. Louis XIII tenta aussi, à plusieurs reprises, de recourir à l'enrôlement forcé des habitants des campagnes. Les élus des états de Bourgogne vou-
soldat; lit garni de linceuls^ le pot, le verre, l'écuelle, la place au feu et à la chandelle. Voir ord. de l'intendant d'Auvergne de 1727. Freminville, p. 391.
1 Art. 39 de l'ordonnance de 17-27.
2 Cahier de la chatollenie d'Isles, 157Ô. Cah. de Jaulcourt, de Saint-Phalle, de Méry. Arch. de Troyes, BB. 15, 2,
lurent s'y opposer, « attendu que telle nouveauté ne sçaurait estre qu'extrêmement préjudiciable audit païs et de dangereuse conséquence. » Les communautés étaient tenues de fournir à chaque soldat un chapeau, un bas-de-chausses, une paire de souliers, une épée, un mousquet et dix livres d'argent pour sa subsistance d'un mois. A la même époque, on levait pour l'artillerie du Languedoc des pionniers qui devaient être entretenus aux frais de l'élection ^ En 1639, les gentilshommes soumis au ban et à l'arrière-ban étaient obligés de fournir chacun deux hommes de pied, armés de mousquets, de piques, de corselets et de hausse-cols, et de les envoyer servir pendant la durée de la campagne^.
Quoique de nombreuses ordonnances eussent interdit aux vilains de porter des armes, dans certaines occasions on les y autorisait. Sous Louis XIII, on ordonnait même aux habitants des villages de s'assembler à l'approche de l'ennemi, et de prendre toutes les armes qu'ils pourraient se procurer pour s'opposer à son passage ^ Pendant la guerre de la succession d'Espagne, on leva des compagnies de paysans vo-
1 Inv, des Arch. de Saône-et-Loire, C. 472 et 694. — Une affiche <iu 2 octobre 1G36, constate que les villages de l'élection de Troyes ont du fournir 270 hommes pour l'augmentation du régiment de Vivarais, et que sur ce nombre il se trouve de 120 à 140 déserteurs. Arch. de Troyes, p. 2. — Voir aussi J. CaiWet ^ UAdininisti^ation sous Richelieu, II, 134.
2 Ord. du 14 mai 1639. Reg. des mandements du Roi, n" 6, fol 54. (Arch. de l'Aube. )Le3 élus de Troyes sont tenus de lever 800 h. dans le parcours de l'élection. (Mêmes archives, G. |2231.)
3/ny, des Arch, de Saône-et-Loire, C. 472.
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loiitainîs chargés de, batln^ la campap;!!!' *. Ailleurs, l(*s paysans armés vioniioiit pr^UM* main-lorle, aux archcîrs pour les aidiu' à coiuluiro des prisonniers de fçnerro'. La guerre terminée, on nuenait aux interdictions de porter les armes. En I7I(), on ne voulait pas ([iie les habitants des bourgs et des villages se réunissent en armes, à Tinstar des compagnies d'arquebusiers, pour tirer des prix^, et cependant on allait chercher parmi ces habitants les soldats de la milice. Les longues guerres forcèrent la monarchie à imposer d'une manière permanente le service militaire aux villages, qui longtemps n'avaient été contraints que de lui fournir de l'argent .
Charles YII déjà, en instituant les francs-archers, avait voulu former à la fois une réserve et une armée nationale. Les francs-archers furent successivement choisis par les officiers royaux et les habitants; et comme à cette époque la qualité de soldat conférait certains privilèges, il était recommandé de n'avoir égard ni à la faveur, ni à la richesse pour les désigner'*. Mais les francs-archers cessèrent d'être employés à la fin du xvi'^ siècle ; Tannée continua à se renforcer par Tadjonction de régiments étrangers. Dans les jours de danger, on avait recours au ban et
^Inv. des Arch, du Gard. — En 1707, des bandes de paysans conduits par leurs seio^neurs et leurs curés harcèlent dans les défilés de l'Esterel l'armée en retraite du prince Eugène. (Textor de Ravisi, Annales de la Soc. d'agr. de la Loire, 1877, p. 98.)
2 Manuscrits de Semilliard, III, 543.
3 0rd. du gouverneur de Champagne. Revue de Champagne, 1, 108.
* Ord. de 1448. Ane. lois, IX, 169.
à raiTière-])an, qui comprenaient tous les nobles et les possesseurs de fiefs en état de porter les armes. Servant souvent à contre-cœur, peu aguerris, mal exercés, très souvent indisciplinés, les cavaliers de rarrière-ban nuisaient plus à Tarmée qu'ils ne lui étaient utiles. x\u moment où Ton se disposait à renoncer à cette institution, on faisait appel aux habitants roturiers des campagnes. Pour accroître la force de la marine, Colbert assujettit les matelots des côtes à rinscription maritime ^ ; pour augmenter les ressources de Tarméc, Louvois, en 1688, établit les milices.
Le recrutement des milices eut lieu d'abord par l'élection. Les habitants, réunis en assemblée générale, étaient appelés à désigner ceux qui devaient en faire partie « en la forme usitée pour la nomination des collecteurs. » Le recensement de tous les célibataires de la paroisse, dont la taille atteignait au moins cinq pieds de hauteur, était fait d'une manière sommaire, le dimanche à la sortie de la messe, par le syndic ou le marguillier. Plus tard, on pi'escrivit pour la validité de cette opération la présence du juge, du curé et de quatre principaux habitants ; et le rôle
1 Édlt de 1673. Ane, lois françaises, XIX, 116. Les consuls ou lïiarguilliers des paroisses devaient présenter aux commissaires les rôles des habitants, avec l'indication de ceux qui faisaient profession de naviguer. Nous ne parlerons pas des milices gardes-côtes^ qui se rattachaient à l'inscription maritime, et formaient en 1740 cent douze capitaineries, composées d'environ 200,000 hommes, chargés les uns d'un service militaire, les autres d'un service d'observation dans les paroisses. — (Lemau de La .laisse, Sixième abrégé militaire, 1740, 3« partie, p. 105.)