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mal justifiées, parfois iniques. Les villes, qui avaient des remparts à la garde desquels elles devaicnit v(mI- 1er, en furent primitivement exemptes ; certaines provinces, certaines élections étaient plus chargées que d'autres. Les hommes assujettis au tirage cherchaient souvent à s'y soustraire ou ne s'y soumettaient qu'avec répugnance. En Normandie, ils déployaient pour y échapper « tout ce que la plus fine chicane pouvait inventera » Les uns se hâtaient de se marier ; mais si le nombre des céUbataires était insuffisant, on allait chercher les jeunes gens mariés pour les faire tirer avec eux. Les autres quittaient les campagnes, et en revêtant la livrée d'un noble ou d'un prêtre, échappaient à l'obligation du tirage. D'autres, frappés de terreur, disparaissaient. On les qualifiait de fuyards ; on permettait aux miliciens qui les atteignaient de se faire remplacer par eux ; on les condamnait à rester dix ans sous les drapeaux-. Les jeunes gens, que les syndics menaient au tirage, avaient souvent peine à se contenir ; animés d'émotions diverses, ils se laissaient aller de l'abattement à la colère^; des scènes tumultueuses, des émeutes même ^ se produisaient, et le subdélégué, pour rétablir le calme, usait du droit qui lui était reconnu
1 Mémoires de N.-J. Foucault^ p. 251.
2 On cite quelques exemples de résistances individuelles, surtout sous Louis XIV. (/nu. Arch.duTarn.B. 9'o{...du Lotfi. 574,580, etc.)
3 Réflexions sur la milice et sur les moyens de rendre cette partie de Vadminist-^^ation uniforme et moins onéreuse, 1760.
^ En 1769^ il y eut des émeutes lors du rétablissement du tirage. [Procès-verbal de V assemblée provinciale de l'Isle de France, 1787^ p. 187.)
de nommer miliciens cVoffice les plus récalcitrants.
Le service de la milice n'était cependant point assez pénible pour justifier de pareilles appréhensions. La durée en fut portée de deux à quatre ans, puis à six ans. Mais, comme c'était un service de réserve, en temps de paix il était plus nominal que réel. Si pendant la guerre les bataillons de milice étaient envoyés dans les places fortes, si Ton recrutait parmi eux les compagnies d'élite des grenadiers royaux, les miliciens, pendant la paix, étaient seulement assujettis à des réunions ou bien à des revues périodiques de courte durée, qui ne nuisaient en rien aux travaux de l'agriculture. Laissés dans leurs foyers, ils ne pouvaient quitter leur village plus de deux ou trois jours sans permission, ni se marier, sans une autorisation, que rintendant accordait seulement sur un certificat de remplacement. Le remplacement, interdit par diverses ordonnances, fut autorisé à certaines époques et facilité même par l'administration ^
Quelques compensations étaient accordées par l'Etat au milicien. Pendant la durée de son service, quelques-unes de ses impositions étaient diminuées. Après avoir reçu son congé, il pouvait être exempté
1 Le remplacement s'appelait la substitution (Tit. VI de Tord, du4 août 1771, Guyot, XVI, 343). Dans la généralité de Paris, les bureaux de l'intendance, sur un versement de 200 L, se chargeaient de procurer un remplaçant au milicien. Cahier de Nemours. [Arcli. parlementaires, IV, 120.) — Dans la généralité de Dijon, la communauté achetait parfois un remplaçant. Chevigny le paie 80 1. [Inv. Arch. Côte-dOr, G. 490.)— -MM. de Tocqueville et Boutaric ont affirmé à tort, d'une manière absolue, que le remplacement était interdit dans les milices. [L'Ancien régime, ^. \20 ] Institutions militaires j p. 4G4.)
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des tailles pendant un an. En outre, au moment du tirage, il recevait d'ordinaire de la communauté ou de ses camarades une somme d argent, quon .certains pays on appelait convention. Cette indemnité, qui avait pour objet de consoler le jeune homme des rigueurs du sort, fut tour à tour interdite et tolérée par Fadministration. Les interdictions restaient d^ordinaire sans effet, parce que cet usage était inspiré par un sentiment de justice et de confraternité ; Tadministration en était réduite à modérer Tabus qu'elle ne pouvait empêcher. Le ministre de la guerre éciivait en 1731 à l'intendant de Champagne: « Vous avez très bien fait de réduire à dix écus la gratification de 150 livres que le garçon avait prétendu recevoir de sa paroisse pour servir à la milice. Il est important de réprimer de pareils abus, qui tourneraient à la ruine des communautés \ »
La milice avait en efî'et accru les charges de la communauté. On ne se contenta pas, à Torigine, de lui demander un homme ; on exigea d'elle, non seulement qu'elle Téquipât, qu'elle lui fournît sa solde, et qu'elle le nourrît pendant le quartier d'hiver -, mais aussi qu'elle contribuât aux frais généraux du bataillon dans lequel il était incorporé. Une taxe spéciale fut levée sur les villages, en 1689, pour « Tentreten-
1 Arch. de l'Aube, C. 1061. Voir aussi C. 320. — Turgot permit la gratification dans la généralité de Limoges. (Condorcet, Vie de M. Turgot, p. 47). — Inv. Arch. Lot, G. 188.
2 Lettre de l'intendant de Moulins, mai 1695. [Correspondance des contrôleurs généraux, I, no 1428.) L'intendant de Montauban se plaint des grands frais que les milices causaient aux communautés. [îbid.^ n» 935.)
nement et la subsistance des officiers, ainsi que pour la seconde paye des sergents. » Cette contribution était de 18,950 livres pour la province de Champagne. En 1787, le budget de son assemblée provinciale portait au chapitre des dépenses une somme de 30,000 hvres pour les frais de la levée, qui, cette année, n'avait coûté que 7,420 livres \ Cette charge, qui, en 1763, était de 4,491 livres pour Télection de Bar-sur-Aube, venait s'ajouter aux impositions de l'ustensile de l'infanterie et du quartier d'hiver, que payaient déjà les taillables.
La communauté, outre ces frais, avait primitivement fourni au milicien un chapeau, un justaucorps, des culottes et des bas de drap, et de bonnes chaussures. Sous Louis XV, l'uniforme fut donné par l'État ; mais le chapeau, les frais de tirage et de conduite restèrent à la charge des communautés. C'était pour elles un nouveau sujet de plaintes ; c'était aussi pour les syndics une nouvelle et lourde charge. Ils étaient obligés, non seulement de conduire les miliciens au tirage, mais de les mener au quartier d'assemblée, quelquefois situé à vingt lieues du village ^. Ils recevaient, pour ces déplacements, de minimes indemnités, et s'ils négligeaient quelques prescrip-
1 Necker évalue à 800,000 liv. les frais d'équipement et de levée des régiments provinciaux. {De V administration des finances^ II, 312.) — Un arrêt du conseilde 1782 fixe à 412,570 l'imposition pour les dépenses des milices. (A.rch, nationales, H. 1046.)
2 Requête d'un syndic, chirurgien-accoucheur, demandant à être déchargé de la conduite des miliciens. [Inv. des Arch. de la Seine ' Inférieure^ C, 761.)
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lions (les ordonnances sur le.s levées, ils ('îUii(int frappés (ramcndes exorbitantes.
Toutes ces causes réunies, l'inégalité, 1(îs charges pécuniaires, la contrainte, avaient fait iM'endre en horreur aux habitants des campagnes un service militaire singulièrement restreint et hmité, si on le compare à celui qui n'a cessé d'être exigé en France depuis 1793. Le sentiment de répulsion qu'il inspirait se retrouve dans la plupart des cahiers de 1789. On entend de tous côtés s'écrier : « La milice est plus ruineuse que tout autre impôt. C'est un terrible fléau et inutile. — Le tirage au sort de la milice est une espèce de servitude personnelle qui porte exclusivement sur le tiers-état. — Que le tirage de la milice soit aboli comme contraire à la liberté des citoyens'. » C'est la servitude qui paraît la plus difficile à supporter ; car le servage n'existe plus, le joug seigneurial a été allégé, la corvée a été abolie. Il subsiste sans doute encore de lourds et d'injustifiables abus ; les tailles sont accablantes pour les communautés rurales, et pèsent presque uniquement sur elles. Au point de vue économique, la situation des villages était donc incontestablement mauvaise et demandait des réformes sérieuses ; mais peut-on
1 Cahiers du tiers-état du Querny, Arch, parlement.^ V. 498. Cahiers de la noblesse de Colmar et Schlestadt. Cahier de Gormeilles, de Gonesse, etc., etc. Le cahier d'Avron (sénéchaussée d'Aix)dit: c II est injuste de forcer, malgré lui, un homme à embrasser un état périlleux... » {Ibld., III, 7; IV, 463, 585; VI, 255.) — On ne réclamait pas moins contre les milices garde-côtes dans les paroisses de Normandie. {Les Cahiers de 1789 en Nov' mandie, II, 462, 511.)
nier que leurs habitants n'eussent déjà le sentiment et la réalité de la liberté, quand on les voit supporter avec tant d'impatience la contrainle relativement modérée, qui était imposée à quelque.-^-uns d'entre eux par le service de la milice ?