CHAPITRE 1" L'ÉCOLE
Concours de l'Église, de l'État, du seigneur et de la communauté pour le bien public. — Écoles rurales au moyen âge. — Les écoles au seizième siècle. — Comédies et dialogues dans les villages. — L'instruction obligatoire décrétée par Louis XIV et Louis XV. — Grand nombre des écoles primaires. — Efforts des évêques pour faire établir des écoles. — Rôle des habitants. — Choix des maîtres en assemblée générale. — Candidats. — Jurys d'examen. — Élections. — Traités avec les maîtres ou recteurs d'école. -- Nature de leurs fonctions. — Rétributions et gages.
— Approbation épiscopale. — Intervention de l'intendant. — Révocations. — Maisons d'école. — Écoles de filles. — Gratuité.
— Ses effets. — État de Pinstruction primaire. — Part qu'y prenait la communauté.
Les assemblées provinciales donnaient le nom de bureau du bien public à celle de leurs commissions qui s'occupait de Tagriculture, de la bienfaisance et de Finstruction. Nous avons également réuni sous ce titre les différentes institutions qui ont eu pour but d'améliorer la condition morale et matérielle des habitants des communautés rurales.
Le désir du progrès est une loi de la nature. Exposé à être souvent déçu, il n'en est pas moins la préoccupation constante des hommes. Tour à tour ou simultanément, chacun des pouvoirs qui ont agi sur la communauté a concouru au progrès. Le clergé, le seigneur, TÉtat ne se sont pas affranchis de ce devoir. Mais ce fut l'honneur de la communauté de s'aider elle-même, et de prendre une large part à l'entretien des écoles, à l'exercice de la charité, au défrichement du sol.
Les habitants et les communautés, en effet, n'ont pas hésité à s'imposer des sacrifices pour leurs écoles. Souvent ces écoles avaient été fondées par le clergé, assez fréquemment par les seigneurs ^ ; le pouvoir royal ordonna à plusieurs reprises d'en établir. Mais, au xvii^ et au xviii'' siècle, sauf quelques exceptions, c'étaient les communautés qui construisaient, achetaient ou louaient les maisons destinées aux écoles, et qui subvenaient par des allocations annuelles à l'insuffisance des rétributions que les parents payaient chaque mois aux maîtres ^.
1 Quantité de seigneurs, dit Renauldon, sont entrés dans les vues de Sa Majesté, en fondant dans les campagnes des écoles 2)ubliques. Il est vrai que l'instruction rend quelquefois le paysan raisonneur, qu'il emploie les lumières acquises pour faire le docteur de village, plaider le seigneur et le curé ; mais, d'un autre côté, les grands biens qui peuvent en résulter doivent encourager le seigneur à ne pas négliger l'établissement des écoles dans leurs terres. {Diction'» naire des fiefs, 1788, 1, 374.)
2 L'existence de nombreuses écoles dans les campagnes avant 1789 a été attestée par les récents travaux de MM. Fayet, de Beaurepaire, Maggiolo, Serurier, Quantin, de Charmasse, Merlet, E. de Barthélémy, de Fontaine de Resbecq, Edouard Schmidt, Mi-
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De nombreux textes établissent Texistencc d'écoles dans les canipa^j^nes au moyen âge ; les curés choisissaient (les clercs pour enseigncîr h^s enfants, et recommandaient aux parents de les faire instruire. Mais c'est surtout à partir du xvi'' siècle qu'on peut en signaler un grand nombre. Un ambassadeur vénitien déclarait, à cette époque, qu'il n'y avait personne en France qui ne sût lire et écrire ^ . Cette assertion est sans doute exagérée ; mais l'instruction primaire et secondaire est largement donnée ; on parlait « d'escholes et de collèges espanduz par toutes les villes et villages du royaume; » le clergé ne cherchait pas à en augmenter le nombre, mais à faire réduire le prix exagéré des pensions qu'exigeaient les (( principaux et les précepteurs. » Il demandait aussi que leur enseignement fut soumis à la surveillance ecclésiastique, et ce qui prouve à quel point les exercices scolaires étaient partout en honneur, il ne voulait pas que Ton put « faire représenter aux escholes des villes et villages aucunes comédies et tragédies, dialogues ou colloques, ni faire déclamer oraisons sans les communiquer et faire approuver par l'évesque ou ses grans vicaires, curés ou vicaires des Ueux ^. »
reur.M. E. Allain les résume dans son excellent livre sur V Instruction primaire en France avant la Révolution, in-1-2, 1881, Nous avons constaté des faits analogues dans l'Aube, dans notre étude intitulée : Vinstriiction primaire dans les campagnes avant 1789, d'après des documents tirés des archives communales et départemeaiales de l'Aube. Tro^^es, 1875, in-8o de 86 pages,
1 Relations des Aynbassadeurs vénitiens, I, 48.
2 Articles des Ketnoiitrances. ., du clergé du bailliage deTroyes, en 1588. Arch. de TAube, 10 G. 13.
A la veille des guerres de religion, le clergé craignit de perdre la suprématie qu'il avait jusqu'alors exercée sur l'enseignement. Il s'adressa au pouvoir royal pour la conserver. Un édit de 1551 prescrivit aux maîtres d'école de se faire approuver, avant d'exercer, par ceux à qui il appartenait de le faire. Cette ordonnance fut renouvelée par Henri IV, en 1606 ; par Louis XIV, en 1698. L'enseignement primaire, qui avait souffert des guerres civiles, se releva vers le milieu du xvii'^ siècle, sous l'influence de la rénovation religieuse qui se produisit. Il profita même de la propagande qui fut dirigée contre les protestants, et l'on peut dire que le seul résultat bienfaisant de la révocation de l'édit de Nantes fut d'attirer plus que par le passé la sollicitude du gouvernement sur les écoles ^ . Louis XIV, pour faire élever les enfants des protestants dans les principes du catholicisme, n'hésita pas à décréter pour tous l'instruction primaire obligatoire. « Enjoignons, dit-il, dans la déclaration du 13 décembre 1698, à tous pères, mères, tuteurs et autres personnes qui sont chargées de l'éducation des enfants, et nomméinent de ceux dont les pères et mères ont fait profession de la religion prétendue réformée, de les envoyer aux dites écoles et au catéchisme, jusqu'à l'âge de qua-
1 Dans Tintendance de Bordeaux, les fonds provenant des revenus des consistoires et du reliquat des biens des fugitifs furent appliqués à la création de nouvelles écoles. [Corr. des contrôleurs généraux^ l^ n* 919). Il en fut de même dans l'intendance d'Amiens et dans le diocèse d'Autun Etat de l Instruction primaire dans l'ancien diocèse d'Autun, 2^ éd. (A. de Charmasse, p. 33.)
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torzcans... » Le roi ne se contenta pas (Venjoindre aux parents de faire inscrire leurs enfants; il voulut leur en fournir les moyens, en provoquant rétablissement des maîtres et des maîtresses d'école dans les paroisses où il n'y en avait pas. Il prescrivit à cet eflet aux communautés de s'imposer pour leur fournir la somme qui manquerait pour leur subsistance, jusqu'à celle de 150 liv. par an pour les maîtres et de 100 liv. pour les maîtresses ^ . C'était le principe de la dépense obligatoire pour l'instruction mise à la charge des communes.
Les ordonnances des rois n'étaient pas toujours exécutées ^ La déclaration de 1724 réitéra les prescriptions de celle de 1698. Pour rendre efficace l'obligation déjà décrétée, elle chargea les procureurs fiscaux de se faire remettre tous les trois mois la liste de tous les enfants qui n'iraient pas aux écoles, afin de faire poursuivre les parents, les tuteurs et les curateurs chargés de leur éducation. Ces prescriptions ne furent observées que dans les provinces où les croyances protestantes avaient persisté^; souvent,
^Anciennes lois françaises^ XX, 317. On constata surtout en Normandie la création de nombreuses écoles à la suite de cette ordonnance [Inv. Arch. Seine- Inférieure, D. 334.) — Des arrêts du conseil de 1665 et de 1741 forcent des paroisses à payer des maîtres. (Maggiolo, Du droit public et de la législation des petites écoles de 789 à 1808, p. 27)
2 Le Parlement de Toulouse rendit cependant en 1699 un arrêt portant qu^il serait tenu, sur des registres parafés par le juge, un état des écoliers venant aux classes. [Corr, des contrôleurs généraux, I, no 1857.)
3 Maggiolo, de VEnseignemeat primaire dans les Hautes-Cé" vennes avant et après 1789. Nancy, 1879, p. 23.
elles auraient été inutiles. « Il y a peu de paroisses qui n'ait un maître d'école * . » écrivait-on sous Louis XVI. Les écoles, il est vrai, étaient inégalement réparties entre les diverses régions du royaume 2. Elles étaient plus nombreuses dans les régions de l'Est et du Nord que dans les autres. En Lorraine, on dit, en 1779, que « les bourgs et les villages fourmillent d'une multitude d'écoles. Il n'y a pas de hameau, dit-on, qui n'ait son grammairien. » Il en est de même en Franche-Comté ^, En Champagne, on peut affirmer que toutes les paroisses étaient pourvues d'écoles ^ Il y en avait moins aux environs de Paris^. Le zèle des évêques et l'esprit public avaient plus contribué à leur développement que les ordonnances royales.
Les évêques montrèrent, au xvip siècle, une grande sollicitude pour l'établissement et la discipline des écoles rurales. « Nous ordonnons, écrit l'évêque d'Autun en 1669, que les curés et les prestres tiendront de petites escoles ou choisiront avec les habi-
1 Perreau, Instruction du Peuple, cité par Des Essarts, Dictionnaire de Police, VIII, 72.
2 Voir sur cette répartition mon livre sur V École de village pendant la Révolution, 1881, p. 4 à 13.
3 Maggiolo, De la condition de l'Instruction primaire en Lorraine avant 1789. — J. Sauzay, Hist^ de la persécution révolu* tionnaire dans leDoubs, X, 399. — E. Allain, L'instruction primaire en France avant la Révolution, 1881, p. 73.
* Sur 446 communes que renferme aujourd'hui le département de rAube, nous avons constaté que 423 localités contenaient des écoles. {V Instruction primaire dans les campagnes, p. Q3. L'Ecole de village pendant la Révolution, p. 5.)
^ Voir les cahiers du bailliage de Paris en 1789. Arch. paillementaires.
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tans de la paroisse unii personne de probité capable d'enseigner les jeunes enfans ^ » «Nous cxliorlons les curés, disait Tévèciue de Grenoble en 1690, de s'appliquer à rétablissement des petites écoles dans les paroisses par toutes les voies que la charité leur inspirerai » L'évecjue deCiiàlons en établit partout'^; celui de Castres les visite tous les deux mois ^. Dans leurs tournées annuelles, les évèques s'en occupent avec régularité. Des témoignages du zèle et de la sollicitude qu'ils déploient en faveur de l'instruction se trouvent dans leurs statuts synodaux, dans leurs mandements, dans leurs règlements. Les statuts de Toul et de Châlons recommandent aux curés d'employer leurs ressources à fonder ou à doter des écoles... Inspirez, disent-ils, à ceux qui veulent faire des fondations au profit de l'Eglise de les attribuer à cette bonne œuvre... ^. « Les curés, écrit l'évêque de Saint- Malo, remontreront à leurs paroissiens que s'il n'y a point d'escole, la jeunesse nourrie en oisiveté apprend l'art de mal faire... ils les exhorteront donc à establir, diriger, dresser et entretenir des escoles ouvertes à tous, pauvres et riches, par toutes les paroisses, mesme y fonder et y bastir quelque maison en lieu
1 Anatole de Charmasse, Etat de VInstruction primaire dans l'ancien diocèse d'Autun pendant les dix-septième et dix-huitième siècles, 2« éd., p. 27.
^ Statuts synodaux de Grenoble, 1690, p. 150.
3 La vie de Messire Félix Vialart de Herse^ 1738, p. 51.
^ Lettre de M. de Maupeou,1693. Corr. des coiitrôlew^s généraux , I, n» 1175,
5 Maggiolo, Du Droit public, et de la législation des petites écoles, p. 24.
convenable et voisin de l'église, si déjà il uV en a^ » En 17/4/1, le premier évêque de Dijon, Jean Bouhicr, tout en constatant une situation plus prospère, voulait arriver à la complète diffusion de l'enseignement. « S'il se trouve dans notre diocèse, disait-il, quelques paroisses qui soient sans recteurs d'écoles, nous ordonnons aux curez et vicaires desdites paroisses, de veiller à ce qu'il y en soit établi, à moins qu'elles ne soient trop petites ou trop pauvres pour fournir à la dépense que demanderaient ces établissements, auquel cas ils en confieront les fonctions, de concert avec la communauté assemblée, à celui d'entre les habitants qui paroitra le plus propre à s'en bien acquitter^. »
Au milieu du xviif siècle, l'Eglise, l'Etat, la Communauté concourent à la nomination des recteurs d'école. L'Eglise approuve et surveille; l'intendant autorise et. sanctionne ; mais c'est la communauté d'habitants qui choisit le recteur et qui traite avec lui. On ne peut imposer aux pères de famille un
1 statuts synodaux de Saint-Malo, 1620, p. 276.
2 Ordonnances synodales du diocèse de Dijon, 174i, p. 77. — Voir, parmi les règlements des évêques, les Réglemens donnez par Monseigneur lévesque de Montpelier aux maistres et maistresses d'école de son diocèse (du 13 octobre 1687). Placard. — Ces règlements qui s'occupent de tous les points de la pédagogie, de la tenue des classes et de la discipline, sont suivis d'une lettre du roi qui félicite Tévéque de son zèle pour Tinstruction des nouveaux convertis. Il Tengage même à préposer un ecclésiastique pour visiter tous les maîtres d'école, examiner s'ils s'acquittent bien de leurs devoirs et les aider de ses conseils. Au bas se trouve une ordonnance de Tiatendant qui menace d'amendes de 6 liv. et de 50 1., en cas de récidive, les pères et les mères qui n'enverraient pas leurs enfants aux écoles.
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laaîlriî ([u'ils ne, coiiiKiissciil pas, cl I(îs pcrcs (](; famille sont appt^Jcs à lixor les lionoraires ([u'ils paieront à riionnne chargé (Tinslruire leurs (enfants. Lorsqu'on I7S7 on établit des municipalités (Jans les villa<i;cs, on crut d'abord qu'il faudrait leur attribuer la nomination des maîtres. Telle ne fut pas l'opinion de la commission intermédiaire de l'assemblée provinciale de (;ham|)asne. Nous la reproduisons en entier, parce qu'elle nous semble affirmer des principes justes sur cette question : « Les gages des maîtres d'école, dit la commission, sont généralement payés par chaque chef de famille ; tout habitant a un droit personnel pour voter sur la conservation, le renvoy ou le remplacement de ces hommes publics, et nous pensons que les délibérations des municipalités relatives à ces questions doivent être prises ou confirmées dans une assemblée générale des habitans... Ces assemblées, ajoute la commission en parlant des municipalités, ne sont pas assez nombreuses ni assez éclairées pour traiter des affaires les plus importantes, et il seroit dangereux de confier à trois ou à six personnes les intérêts généraux et particuUers de tous les habitans ' . »
Les habitants des communautés nommèrent en effet leurs maîtres d'école en assemblée générale jusqu'à la Révolution. Le billet suivant, daté de 1789, l'atteste, en même temps qu'il nous montre comment était annoncée l'assemblée communale. «Je soussigné,
1 Lettre du 17 juin 1788. Arch. de rAube, G. 1183.
écrit un curé, que le dix-neuf présent mois sur l'invitation de l'un des syndics, j'ai annoncé au prône de ma messe paroissiale qu'il y aurait le dimanche suivant, vingt-six aussi du présent mois, une assemblée générale des habitans à l'effet de procéder à l'élection d'un maître d'école, et que tous et un chacun des habitans étaient priés de présenter les sujets qu'ils croiraient capables de remplir le rectorat de la paroisse J »
II n'était pas toujours facile de trouver des candidats. A la fin du xviii^ siècle, les notables d'une petite ville faisaient appel, dans les affiches du journal de lac api taie de la province, à ceux qui voudraient remplir les fonctions de maître d'école. Ceux-ci, avant d'être proposés aux suffrages de la communauté, étaient examinés par le curé ou par les notables. C'était l'usage dans le midi, où un jury composé d'habitants instruits, les interrogeait '^. A Vermanton, le procureur du roi et d'autres notables formaient une commission, qui se réunissait dans l'église et posait des questions au candidate II ne pouvait en être ainsi dans les villages, où les hommes capables de juger du mérite d'un recteur d'école étaient rares. On s'en rapportait au curé, au recteur sortant, à la notoriété pubUque, à des services antérieurs. Si plusieurs candidats se présentaient, on les faisait chanter au lutrin, et souvent la force de leurs poumons et la
1 Celles. Arch. de l'Aube, Cil.
2 Mireur, Documents sur l'Enseignement primaire en Provence avant \1^^. Revue des Sociétés savantes. 7e série, IIL 192-193.
3 Max Quantin, Vermanton^ p. 73.
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sonorilc do leur laiynx (Iclorminaient le choix des habitants '.
Le syndic, le curé ou le procureur fiscal exposaient à rassemblée des habitants les raisons pour lesquelles rétablissement ou le remplacement d'un maître était nécessaire. L'élection avait lieu à haute voix; si le vote était douteux, s'il suscitait des réclamations, rintendant en était saisi, et d'ordinaire en appelait à une nouvelle assemblée. La nomination était consignée dans un acte, dont les termes étaient débattus et consentis par les habitants. Ce traité, rédigé par le juge, par un praticien ou par un notaire, était fait comme un bail, résiliable après trois, six ou neuf années, à la volonté des parties. Il stipulait le taux des rétributions fixes et éventuelles auxquelles avait droit le maître; l'exemption des tailles, et s'il y avait lieu, la subvention de la communauté, la jouissance de certains biens communaux ou des fondations affectées à l'enseignement ; il déterminait en même temps la nature de ses fonctions et de ses services. Presque toujours sacristain et chantre, le maître d'école devait assister le prêtre dans les offices et dans l'administration des sacrements ; souvent il était
1 A Lucy-le-Bois, en 1782, le curé expose aux habitants assemblés au devant de Téolise, que vu la démission du maître d'école, il a écrit à cinq ou six lieues à la ronde pour procurer un bon maître à la paroisse. Il se présente huit candidats. Deux seuls lui paraissent capables. Le curé fait aux habitants des recommandations très sensées. Ceux-ci demandent à entendre chanter les candidats, et suspendent leur jugement jusqu'après cet examen. (Max Quantin, Histoire de V Instruction primaire avant 1790 dans les ays formant le département de l'Yonne, p. 38.)
chargé de la conduite de Thorloge; il sonnait les cloches, non seulement pour Tangelus, mais contre les orages. Dans certains pays, il portait Teau bénite le dimanche dans chaque maison \ Il était parfois le greffier de la communauté, et à l'issue de la messe paroissiale, c'était lui qui souvent était chargé de lire les actes de l'autorité.
Le traité déterminait aussi la nature de l'enseignement, le nombre des classes, la durée des vacances. Dans beaucoup de pays, l'école était ouverte seulement pendant les mois d'hiver. Aussi les enfants y restaient-ils souvent jusqu'à seize ou dix-huit ans. Le matin, on les conduisait à k messe. La lecture, l'écriture, l'arithmétique, étaient successivement enseignées par la méthode individuelle ; chacun allait épeler, auprès du maître, sur un livre latin; chacun copiait sur une page blanche la ligne que le maître avait écrite en tête. Le nec plus ultra de l'instruction primaire, c'était la lecture des vieux manuscrits. Les paysans voulaient que le recteur sût les déchiffrer, afin qu'il pût leur faire connaître, en cas de besoin, le texte des anciennes chartes de la communauté.
Pour toutes ces fonctions, les recteurs d'école recevaient, à défaut de fondations, des gages payés
1 Réponses faites par les instituteurs de TAube à un questionnaire envoyé en 1860 et 1872 par l'inspecteur d'Académie. {L'Instruction primaire dans les campagnes.) La sonnerie contre les orages fut interdite ea 1784 par arrêt du Parlement. Elle était aussi en Lorraine une des charges imposées au maître d'école. (Ed. S hmidt, l'Instruction primaire à la campagne en Lorraine il y a cent ans, p, 25 et 26.)
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par la communaulc ou par kîiJjabiUnts, à laison cruiio soinivic tlé((3rmin6o par feu cl d'ordinaire plus élevée pour les laboiu'eurs que pour les manouvriers. L'assistance aux mariages et aux enterrements était rénumérée séparément. La rétribution scolaire variait suivant renseignement donné, les localités et les époques. Au xv!!!"" siècle, chaque enfant payait par mois de 3 à 5 sous pour apprendre à lire; l'écriture et le calcul coûtaient davantage. Dans certains pays, on pouvait s'acquitter en nature. Si les cotisations individuelles étaient insuffisantes, la communauté attribuait aux maîtres des revenus sur le produit de ses biens ou de certains droits ; à défaut d'autres ressources, elle s'imposait pour leur payer les 150 liv. auxquelles la déclaration de 1698 leur donnait droit ^ Comme les classes ne duraient généralement que pendant une partie de l'année, le maître se livrait d'ordinaire à d'autres occupations, tantôt libérales, comme celles de notaire, de chirurgien, de praticien, tantôt plus humbles et plus subalternes. Aussi, si les revenus de quelques-uns étaient à peine suffisants "^j d'autres étaient dans une situation relativement bonne ^, en tenant compte de la valeur de
1 En 1695, le roi subvenait à rinsuffisance des ressources des communautés pour le paiement des gages des maîtres ; mais il faut remarquer que son but^ en agissant ainsi, était de parvenir à Texécution complète de la révocation de Tédit de Nantes. [Corr. des contrôlées généraicx, î, no 1420.') — Sur les traités avec les maîtres, voir ^ M. Quantin, p. 34-38; Inv. arch. Côte-d'Or, série G.; D'Arbois, Y Administration des intendants, p. 109 à 112»
2 Plusieurs curés réclament en 1788 une augmentation de traitement pour leurs maîtres d'école. (Arch. de l'Aube, G. 1182.)
3 n n'y a qu''un maître d'école, dit le prieur de Lusigny en
l'argent; on en cite même, à titre exceptionnel, qui avaient acquis pour près de 20,000 livres de biens pendant leur rectorat \ et qui auraient payé une redevance à la communauté sur le produit de leurs rétributions scolaires.
Le recteur d'école choisi par la communauté devait, pour être approuvé par l'évêque ou par Tun de ses délégués, faire entre leurs mains une sorte de profession de foi. Il y fut obligé plus strictement que par le passé à partir de la fin du xvn"^ siècle ^. Avant de viser Tacte de communauté qui le nommait, le promoteur l'interrogeait sur les principes et sur les devoirs de la religion, sur la lecture, l'écriture, l'arithmétique et le plain-chant '^ Le promoteur ou le doyen rural était tenu, en outre, d'assembler une ou deux fois par an tous les maîtres d'école du doyenné, afin de les former et de les instruire de leurs devoirs. Les évêques et les archidiacres ne manquaient pas de les interroger dans leurs tournées, et se faisaient présenter les enfants <( pour connaître leur capacité et le profit qu'ils faisaient en leurs études ^ » En cas de conduite scandaleuse et sur les plaintes des habitants, l'évêque révoquait les recteurs.
1783. J'ai décidé mes paroissiens à lui faire un sort avantageux... je crois que sa place vaut environ 700 1. (Arch. de TAube, C. 1483.) — Maggiolo, Rev, des Sociétés savantes, 4e série, IX, 311-312.
1 Arch.de l'Aube, G. 1476.
2 Cependant, en Provence, à partir du xvr siècle, Tapprobation ecclésiastique n'est demandée que par exception. (Mireur, Rev. Soc, savantes, V S., III, 192.)
^ Ord, synod, de Dijon, 1744, ch. X, 11. — Stat. synod. de Troyes, éd. 1729, p. 170.
^ Statuts et règlements, Troyes, éd. 1688, p. 69.
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L'inieiulanl intervoiiail pour lioinolofjjijcr les U'aités passés par lescoinmunaulôs, ol à partir du milieu du xviu"' sicclo, pour sanctiouncr les nominations. L'administration empiète de plus en plus sur le domaine ecclésiastique. A la veille de la Révolution, ce sont les procureurs syndics des assemblées d'élection c{ui font des enquêtes sur les plaintes portées contre les maîtres et qui, au besoin concluent à la destitution.
Les habitants exercent de leur côté une surveillance sur le recteur qu'ils ont choisi et qu'ils paient. Les plaintes formulées contre lui n'étaient point, il est vrai, toujours justes et pouvaient être suscitées par des hostihtés personnelles. On lui reprochait parfois de ne pas donner une instruction suffisante. En 1772, un recteur d'école est cité devant une assemblée d'habitants parce qu'il (( ne recorde pas les enfants comme il faut, et même qu'il a dit, ht-on dans le procès-verbal, à quelqu'un d'eux, qu'il sorte de son école, ce qui est contraire aux devoirs de sa charge. » On lui déclare qu'on diminuera ses gages, s'il continue, et on lui rappelle ses obligations. Quelquefois, le recteur, destitué par les habitants, ne veut pas sortir de la maison d'école; il faut s'adresser à l'autorité pour « le faire déguerpir, » en le menaçant de faire jeter ses meubles sur le carreau ^ .
Un grandnombredevillagespossédaientdes maisons d'école. Quelques-unes avaient été données par des
• Arch. de F Aube, C. 696 et 1453.
seigneurs, des curés ou des personnes généreuses ; plusieurs étaient fournies par les fabriques ; mais la plupart avaient été édifiées ou achetées avec les seules ressources de la communauté. Comme pour la nef de Téglise, comme pour le presbytère, elle avait été souvent contrainte de s'imposer pour construire ou réparer la maison d'école. L'intendant intervenait pour les devis, les adjudications, les approbations de travaux, les autorisations d'acquisitions. Quoique ces maisons fussent semblables d'ordinaire à celles des paysans, leur édification et leur entretien imposaient aux habitants des sacrifices d'autant plus méritoires que leurs ressources étaient restreintes.
Les ordonnances avaient prescrit l'ouverture d'écoles de filles ; les conciles et les évêques avaient interdit les écoles mixtes ; mais il n'y a pas de loi contre la force des choses, et les évêques ne furent pas plus écoutés que les rois, parce qu'il était impossible à la plupart des communautés de payer des maîtresses d'école. Les évêques même autorisèrent, au xviii® siècle, sous certaines conditions, les écoles mixtes qu'avaient proscrites leurs prédécesseurs ^
Il s'établit cependant un certain nombre de classes de filles ; dans le Maine, elles auraient été même plus nombreuses que celles de garçons^. Beaucoup
1 Une vignette de la Vie de mon père^ imprimée en 1779, représente une école de village, où les garçons sont rangés d'un côté, les filles, de l'autre. Le maître d^école, dont Rétif fait connaître les vertus et l'influence, est assis devant une table, au fond d'une humble chambre, dont le seul ornement est un tableau religieux,
2 Armand Bellée, Recherches sur l'Instruction publique dans le département de la Sarthe, p. 14.
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crécolos (le filles furent tenues par des sœurs appartenant à des congrégations religieuses', tandis rpie dans la plupart des provinces les maîtres étaient presque tous laïques^. Des fondations charitables confiaient aux sœurs, dans certaines localités, le soin des malades et renseignement des petites filles indigentes. Cet enseignement était d'ordinaire gratuit.
La gratuité était Texception pour les garçons. Elle ne pouvait être que le résultat des libéralités privées, car les communautés rurales n'étaient pas assez riches pour rétablir. Il n'en était pas de même dans les villes. « L'éducation y est gratuite, » dit un cahier de village en 1789. « Pourquoi ne le serait-elle pas dans les campagnes où il y a beaucoup moins de ressources ^? » Et cependant un auteur se plaignait en 1760 de l'instruction gratuite, qui rendait le paysan orgueilleux, insolent, paresseux et plaideur, et nuisait ainsi à la population et à l'agriculture. « On a la manie, disait-il, de ne plus engager aucun domestique qui ne sache lire, écrire et calculer ; tous les enfants de laboureurs se faisant moines, commis des fermes ou laquais, il n'est pas surprenant qu'il n'en reste plus pour le mariage ou pour l'agricul-
^ L Instruction primaire dans les cartipagnes avant 1789, p. 48, — La plupart de ces coDgrégations furent établies au xvn* siècle.
2 Plusieurs contrées du centre et la Normandie formaient exception à cette règle. (Ch. de Beaurepaire, Recherches sur l'ins^ truction dans le diocèse de Rouen avant 1789, II, 407.)
3 Cahier de Bessancourt, Ile-de-France, Arch. parlementaires ^ IV, 354.
ture^.. A la même époque, un autre auteur se plaint de « la multiplicité des écoles publiques et gratuites qui sont répandues dans le royaume. » Il en signale les inconvénients ; il montre le fils d'un cultivateur s'élevant au-dessus de sa position et ne pouvant s'en faire une autre. « Il n'y a d'autre état pour lui, ditil, que de grossir le nombre des religieux, ou de ces célibataires, solliciteurs d'emplois, dont la France fourmille^. » Des griefs semblables étaient dirigés contre l'éducation secondaire qui était donnée dans de petites villes, même dans les bourgs, où les paysans pouvaient faire leurs humanités. AMarcigny, le principal du collège était tenu d'enseigner gratuitement douze enfants pauvres. L'intendant Amelot blâmait ce genre d'établissement, qui « donnait occasion de faire de mauvais prêtres ou des procureurs, des sergents ou autres engeances de même espèce^.» L'Etat, signalant la multiplicité des collèges particuliers, (( répandus partout, » voulait y apporter un
1 Essai sur la voierie, cité dans la Réponse à la voierie, LAmi des hommes, V, p. 164 et 192. La gratuité, réclamée au xvi^ siècle, comme l'atteste un écrit latin de Pierre Boulenger en 1566, était regardée en 1765 comme ayant de dangereuses conséquences, par Maubert de Gouvest, qui voulait cependant qu'en France l'éducation fût générale. {Le Temps perdu ou les Écoles publiques, Amsterdam, 1765, p, 36 et 38.)
^ La noblesse telle qu'elle doit être, 1758, p. 173. — En 1746, l'abbé Terrisse lisait un mémoire à l'Académie de Rouen sur cette question : Est-il avantageux ou préjudiciable au bien de l'État que les gens de la campagne sachent lire et écrire ? Il conclut en faveur des avantage» de l'instruction, (Précis des travaux de l'Académie de Rouen, I, 181-188.)
' Inv, Arch. Saône-et- Loire. D. 28. — Voir aussi : Guyton de Morveau, Mém. sur l'instruction publique, p. 50 ; Coudriet et Ghatelet, ^^5^ deJussey,^. 101-102.
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meilleur ordre \ Ces t('îmoi{j;nnjj;(\s relatifs à la ^viiUùié et au trop fi;rand nombre diîs collèges prouvent d'une manière saisissante combien Finstruction était répandue et comme elle était mise à la portée de tous sous l'ancien régime^. Sans doute renseignement primaire était inférieur à ce qu'il est aujourd'hui; le nombre de ceux qui savaient lire et écrire était moins considérable^; dans certaines provinces, les écoles étaient moins nombreuses '' ; les maîtres ne recevaient pas dans des écoles normales une sérieuse éducation pédagogique. Mais, si de grands progrès restaient à réaliser, de grands efforts n'avaient-ils pas été tentés? Chaque pouvoir dans sa sphère n'y avait-il pas contribué? et les plus méritoires de ces efforts, n'était-ce pas à la communauté d'habitants qu'on les devait? Qui d'ordinaire entretenait les écoles, qui salariait les maîtres, sinon les habitants, sinon les pères de fa-
1 Edit de février 1763, Ane. lois françaises, XXII, 391.
2 On sait que depuis 1719 les collèges de Paris donnaient l'instruction secondaire gratuite. {Aiie, lois françaises j XXI, 173.)
3 Nous avons établi d'après des statistiques sérieuses que dans les régions qui forment aujourd'hui le département de l'Aube, le nombre des hommes sachant lire avant 1789 était de 72 pour cent, et celui des femmes de 22. [L'Instruction primaire dans les campagnes avant 1789^ p. 58.) — M. Maggiolo sur un total de 344,220 mariages célébrés en France de 1786 à 1789 a trouvé 47/45 pour cent de signatures d'époux et 26, 28 de signatures de femmes. Voir VEcole de village pendant la Révolution, p. 3, 4, 179, 180, 185 à 188.
* Ainsi, dans la généralité de Moulins, Freminville, bailli de la Palisse, se plaint, en 1753, de l'ignorance extrême qui règne dans les villages et même dans les bourgs [Pratique, III, 547) . Turgot, en 1762, gémissait de rexcès d'ignorance dans la généralité de Limoges, et invitait les curés à s'occuper des moyens de répandre un peu plus d'instruction dans les campagnes. [Œuvres de Turgot, I, 641.)*
mille? Ils connaissaient la valeur et le prix de Tinstruction, puisque, malgré les charges dont ils étaient accablés, ils n'hésitaient pas à s'en imposer de nouvelles pour y satisfaire ; ils comprenaient leurs devoirs de pères et de citoyens, quand ils faisaient des sacrifices pour assurer à leurs enfants l'enseignement primaire; et qui peut dire, s'ils n'avaient pas puisé ces sentiments généreux dans ces fréquentes assemblées de paroisse, où sous les arbres séculaires, au sortir de l'église, ils délibéraient et agissaient sous l'inspiration multiple de la religion, de la famille et de la patrie, dont la communauté était pour eux l'image ?