‹ Le village sous l'ancien régimeChapitre 35 sur 62 · CHAPITRE II L'ASSISTANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II L'ASSISTANCE PUBLIQUE

Hôpitaux, hospices, maladreries dans les villages. — Substitution des administrateurs laïques aux religieux. — Reddition des comptes. — Enfants trouvés. — Pauvres. — Mendiants. — Police des mendiants. — Taxes des pauvres. — Bureaux de charité. — Inégalité des secours. — Sœurs de charité. — Distribution de remèdes dans les campagnes. — Répartition des boîtes de remèdes. — Envoi de médecins. — Epidémies. — Louve enragée. — Chirurgiens de campagne. — Sages-femmes. — Leur nomination. — Cours d'accouchement — Inondations et incendies. — Bureaux des incendiés. — Bienfaisance au dix-huitième siècle.

L'assistance publique fut longtemps Tapanage du clergé et des seigneurs. Même si la religion ne lui en eut pas fait un devoir, le seigneur ne pouvait laisser sans secours le serf infirme ou malade, qui, lorsqu'il était valide, avait travaillé pour lui. Il contribua donc avec le clergé à la fondation d'établissements hospitaliers dans les campagnes. La foi religieuse les multiplia. Au xiii° siècle, on comptait dans le territoire, qui forme aujourd'hui un seul départe-

ment, au moins soixante-deux hôpitaux et maladreries. Vingt et un d'entre eux se trouvaient dans des communes rurales, qui n'ont pas semblé assez importantes pour être érigées en chefs-lieux de canton. Un seul hôpital subsistait au xvni'' siècle dans ces communes, et de nos jours le département n'a conservé que neuf hospices ou hôpitaux, tous situés dans les villes \ %^

Les hospices et les maladrerîes, dont étaient dotés au moyen âge d'humbles et de pauvres villages, recevaient les malades et les voyageurs. A cette époque, où les voies de communication étaient mauvaises et souvent dangereuses, on exerçait envers les voyageurs, et surtout envers les pèlerins, tous les devoirs de l'hospitalité-. Des maisons s'étaient fondées dans les pays les plus déshérités pour leur servir d'asile et de refuge. Au nord du Rouergue, au milieu d'une contrée âpre et sauvage, on entendait la nuit tinter une cloche qu'on appelait la cloche des perdus, et briller sur la paroi d'un rocher une lanterne qui servait de phare ; c'était la maison d'Aubrac, où douze chevaUers étaient prêts à escorter les voyageurs, où des frères lais ou clercs les soignaient, où des dames de quaUté dirigeaient des servantes chargées de leur laver les pieds et de faire leurs lits ^. Les hospices de

1 D'Arbois de Jubainville, Voyage paléograpMque dans PAube^ p. 264.

2 Léon Maître, Histoire des hôpitaux de Nantes, Annales de la Société académique de Nantes, 1873, p. 138.

3 Viallet, Documents sur l'histoire des hôpitaux.,., ayant existé ou existant dans le Rouergue. Mém. de la Société Ac. de l'Aveyron^ IX, 316.

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village étaioiil plus liiimhiciiiciii dotés, el n'avaient pas un personnel aussi nonibnMix. Ils contenai(;ni quelques lits, soit pour les malades de la localité, soit pour les pèlerins. On pourrait en citer qui destinaient une chambre aux pauvres qui allaient en pèlerinage à Rome '. Dans un autre bourg, Thôpital se composait de deux pièces, dans Tiinc desquelles habitait le concierge ^

Dès le xui*" siècle, les maladrcries étaient administrées dans certaines villes par des prudhommes désignés par Tévêque ou par le seigneur ^ Plus tard, lorsque la foi devint moins vive, lorsque les seigneurs sentirent moins l'obligation de veiller sur les serfs qu'ils avaient affranchis, les prêtres et les religieux chargés des soins des hôpitaux s'approprièrent trop souvent la meilleure partie des revenus qu'ils devaient consacrer au soulagement des pauvres et des malades '. Parfois détournés de cette pieuse destination, les établissements confiés à leur garde servaient d'asile à des fainéants, à des hommes ou à des femmes de mauvaise vie'^. Les ordonnances de François P"" et de ses successeurs^ essayèrent de remédier à ces graves abus, en remettant l'administration des hôpitaux entre les mains des laïques. Un édit de Charles IX décida, en 1561, que les hôpitaux seraient

1 Inv. des Arch. des Pyrénées-Orientales, G. 1138.

^ D'Arbois de Jubainville, Voyage paléographique j p, 309.

3 Beaumanoir, ,éd. Beugnot, II, 327.

^ Edit d'avril 1561. Ane. lois françaises, XIV, 105.

^ Statuts synodaux de Limoges, 1629.

6 Ane. lois franc., XII, 841, 920, XÏII, 355,

désormais régis et administrés par des gens de bien, résidants et solvablcs, nommés tous les trois ans, soit par les personnes, qui d'après les titres des fondations avaient droit de présentation, soit par les commmiautés des villes, des bourgades et des villages. A partir de cette époque, à moins de stipulations contraires, la communauté partagea légalement avec le curé, le seigneur et bientôt TÉtat, les devoirs de l'assistance publique.

Les soins hospitaliers continuèrent presque partout à être donnés par des religieux ou des religieuses ; mais Tadministration temporelle des hôpitaux fut confiée à des laïques comme Tétait celle des églises. Leurs comptes devaient être rendus annuellement devant le juge et les principaux habitants, au nombre de quatre au moins ; le curé nV était appelé qu'à titre de principal habitant \ Le seigneur présidait; mais la réception des comptes ne pouvait avoir lieu qu'à la majorité des suffrages.

Le seigneur haul-justicier avait conservé, comme une conséquence de sa part de souveraineté, le devoir de nourrir et d'élever les enfants trouvés. Mais souvent on les renvoyait à l'hôpital de la ville voisine, qui s'empressait de les diriger sur l'hôpital général de Paris, où ils étaient à la charge de l'État 2.

1 Freminville, Dict. de la police, 1778, p. 217.

2 Code des Seigneurs, p. 359. — Âne. lois franc., XXVI, 7. — Lettre du contrôleur général Orry, du 18' décembre 1738. — Lettre de La xMichodière, du 19 avril 1774. Arch. de l'Aube, C. 1893. — ni'. Arch. Seine-Inf, C*. lÛOl. — La déclaration de 1670 mit

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Le soin (les |);\iivr<vs ;i|)|);irrnil l()n;^a(.'iii])s aux églises (M- aux moiiaslrrcs. (V'rlaincs égliscîs l();i;(3aient des paii\r(*s ([ur Ton iiiiiiialriciilail cl. <à (jui Ton confiail la gar(l(3 cl rcnticLicii de régiisc. On les désignait dn nom de matricularii^ et ce nom fut, dit-on, l'origine de celui des marguillicrs^ Aux fabriques étaient adjointes, en Normandie, des confréries appelées chantés^ dont les membres se soumettaient à des règlements particuliers, et s'obligeaient à rendre les derniers devoirs aux habitants de la paroisse. Lorsque les revenus des églises et des couvents ne pouvaient suffire à rentrclicn des pauvres, le commun des paroisses dut y suppléera

L'État fut obligé de faire, à une certaine époque, la police des mendiants, qui longtemps avait été exercée par le pouvoir seigneurial. La profession de mendiant était reconnue légalement, lorsqu'il était avéré qu'on n'en pouvait exercer d'autre ; quelques individus figurent avec ce titre sur les rôles de la taille; et comme Texemption de contribution qui leur était conférée retombait sur les autres membres de la communauté, il fallait que leur indigence fût bien démontrée, pour que cette inscription eut lieu. Aux époques de guerre et de disette, les mendiants affluaient dans les villes ; on les renvoyait dans leurs

l'hôpital des enfants trouvés de Paris à la charge du Roi. Il en renfermait 512 en 1670, et 43J'J en 1752 (FreminviUe, Pratique^ n, 282.)

1 Ducançîe, G/ossariiim.

2 L. Delisle, p. 153. — Maitre, Les Confréries bretonnes. Revue des Sociétés savantes^ 6^ série, IIF, 285.

villages, par force ou par subterfuge ^ Différents étlits leur enjoignirent de « se retirer es lieux de leur naissance et domicile ^ » Là, on était plus à même qu'ailleurs de les faire travailler. « Les mendiants valides, disait une ordonnance de 1536, seront contrainctz de labourer et besoigner pour gagner leur vie, sinon, ils seront conduits à la ville prochaine pour être fustigés. » Plus tard, cette loi ne parut même pas assez sévère, et Ton condamna les mendiants aux galères en cas de récidive^.

La plaie de la mendicité s'aggrava au commencement du xviii° siècle. Vauban affirmait que près de la dixième partie du peuple mendiait effectivement''. En 1724, Louis XY créa, dans les villes importantes, des sortes de dépôt où les mendiants valides et invalides furent enfermés. Les premiers étaient assujettis à un travail forcé. Mais les subsides fournis par l'État aux provinces et aux villes ayant cessé au bout de dix ans, il fallut revenir aux ressources de la charité locale, souvent impuissante à conjurer le mar^

1 Mémoires de Claude Haton, p. 729.

2 Edit de 1566, art. 75. — Edit de 1629^ Ane. lois françaises, XVI, 235.

3 Ord. de 1G61 et 1686. On proscrivit la mendicité jusqu'à la veille de la révolution, sans obtenir de résultats complets. {Inv, Arch. Seine-Infé7Heiire, G. 1009, 1012, 1038.)

^ Dixme lOyale, 1707, p. 4. — En 1692, l'intendant de Limoges écrit qu'il y a dans sa généralité (( plus de soixante-dix mille per» sonnes qui se trouvent réduites à mendier leur pain. » {Corr, des eoncr. gén,, I, Uq 1038.)

^ La déclaration de 1724, dit un mémoire de 1741, avait totalement banni la mendicité à Troyes, grâce à un secours annuel de 11 à 12,000 fr, De 1724 à 1733, les renfermeries de la ville reçu-

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Un 6(lit (lo 1506 avait imposé aux villes, aux boiirfj;s cl aux villa<i;(.'s Tohlifijation (l(^ uounir Ic.urs pauvn^s. Si les rcssourcHîs di; la couimunaulé élaicnl iusuriisantes, ou recourait pour y pourvoir à une taxe spéciale, (|ue |)crccvaieut les uiaires, 1(3S éclievius, les cousuls ou les marguilliers des paroisses. Nul ue devait s'y soustraire*; les héuéficiers s'en affranchirent cepi^ndant plus d'une lois-. Le rôle des taxes fut dressé par le curé et le syndic ; tous les possesseurs d'héritages y étaient inscrits, en proportion de leurs biens-fonds ^ Plus tard, le Parlement décida que ce rôle serait fait par le juge, en présence du curé, du procureur fiscal, du syndic et de deux habitants qui seraient nommés par les autres à la sortie de la grand'mcsse. Ils formaient une sorte de bureau de charité, qui s'occupait de la perception de la taxe, présidait aux adjudications de la fourniture du pain, et dressait les rôles de tous ceux qui avaient besoin d'assistance à cause de leur âge, de leurs infirmités et du trop grand nombre de leurs enfants '.

rent 1090 mendiants. Les secours de l'Etat cessèrent en 1734. {Arc/i, de l'Aube, 4u H. 171.)

1 Ord. de février 1566. Ane. lois françaises, XIV, 209.

2 Un curé du diocèse de Rouen écrit en 1775 : Je dirai à leur honte que les pauvres tirent plus de secours du moindre des protestants qu'ils n'en tirent d'une célèbre abbaye qui dépouille plus de 800 acres de terre de ma paroisse... {Inv. Arch, Seiae-Inférieure, G. 844.)

3 A. de Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux, I, no 1018. Lettre de l'intendant de Limoges^ 1691. — Ord. syn. Grenoble, 1690, tit. IV. — En 1700, la taxe fut fixée au sol pour livre des deux tiers des revenus des privilégiés, et à une proportion variable pour les taillables

* Arrêts du parlement de 1709 et de 1740. — Freminville. D/e^

Lors des terribles disettes de 1693 et de 1694 \ les évêques et les intendants furent chargés de répartir et de lever des taxes pour y remédier. Bossuet fit à cette occasion une tournée pastorale de trois semaines dans son diocèse de Meaux. Il imposa double contribution sur les habitants des villes qui, étant taxés dans les campagnes à raison des biens qu'ils y possédaient, refusaient de payer dans les villes. Les curés ne s'épargnèrent pas. (( Il y en a plusieurs dans ce diocèse, dit Bossuet, qui n'ayant que la portion congrue, la sacrifient pour leurs pauvres, et vivent presque de rien sur leurs petites épargnes, en vendant tout-. »

Malgré les ordonnances et les arrêts, qu'on renouvelait dans les temps de crise et de disette, les bureaux de charité ne s'établirent point d'une manière générale dans les villages, ou cessèrent d'exister après les circonstances critiques qui en avaient amené la formation. La mendicité continua d'être une profession entretenue par la charité individuelle. A la fin du xviii'' siècle, sous Tinfluence des idées philanthropiques qui dominaient, l'administration s'eff*orça dïntroduire dans les paroisses une organisa-

de la police, 649, 652. — Delamare, Traité de la police. — Jousse, p. 232. — Les villes venaient quelquefois au secours des villages. En 1661, les habitants de Soissons tout distribuer 33,280 i)aiQS d'une livre et demie dans les environs. (Dormay, Histoire de Soissons, 1663, in-4% p. 568.)

1 Voir, entre autres, sur ces disettes, La famine de 1694 dans la Basse- Auvergne^ par Elle Jaloustre, 1878.

2 Corresp. admin. sous Louis XIV, I, 909. — En Dauphiné, la 24e partie des dîmes est affectée aux pauvres. [Ord, syn. de Gi^enoble, 1690.)

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lion plus réguIicTi* do la, ])!('iiralsanc(\ Les scîcours y étaient très inV'galenu'iit repartis, selon la générosité (les gros-cléciniat(îurs, des seigneurs et des propriétaires aisés. A côté de localités où Ton ne mangeait que des galettes de blé noir, par suite de Fabsence du seigneur ou de la dureté du gros-décimateur, il s'en trouvait d'autres, où grâce aux charités de la noblesse et des bourgeois vivant noblement, il n'y avait aucun nécessiteux ^ Aussi les intendants recommandaient-ils aux curés de créer des bureaux de charité dans les villages 2. Ils promettaient de les protéger, de leur donner les secours dont ils avaient besoin, de leur renvoyer directement des remèdes gratuits pour les pauvres malades, et d'accorder des modérations d'impôt aux indigents sur les rapports des bureaux^.

Cet appel fut entendu dans quelques paroisses, où le curé établit un bureau, qui fut administré par les marguilliers et les principaux habitants. Une dame de charité s'occupait de la distribution des secours; ce fut d'ordinaire la châtelaine. Les ressources étaient fournies par des quêtes hebdomadaires à Téglise et par la levée d'un tronc spécial ; le compte des re-

1 Réponses des curés à rintendant de Caen sur Topportunité de créer des établissements de charité, 1778, Inv, des Archives du Calvados, G. 615. — Réponses des curés du diocèse de Rouen à une circulaire de l'archevêque, en 1775. Ces réponses présentent la situation sous un jour plus fâcheux. {Inv. Arch. Seine-Inférieure, G. 841 à 846.)

2 Instruction sur les bureaux de charité. Œuvres de Turgot, H, 6. — D'Hugues, Administration de Turgot, p. 230-236.

3 1783. Inv. des Arch. de Lot-et-Garonne, Ç. 822.

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cettes et des dépenses était rendu publiquement ^ Parfois, Tadministration et la distribution des revenus des pauvres étaient confiés à un procureur de charité, élu par rassemblée des habitants pour deux ou trois ans. Une trésorière s'occupait des meubles et des ustensiles appartenant aux pauvres. Ailleurs, le curé ouïes marguilliers faisaient les fonctions de trésorier; ils ne rendaient pas toujours leurs comptes^. Dans les circonstances graves, la communauté faisait faire des distributions aux pauvres sur ses revenus ; mais il arriva au moins une fois que les cultivateurs qui formaient la majorité ne consentirent à voter des fonds en faveur des indigents qu'à la condition d'en recevoir autant pour eux-mêmes^.

La plupart des hôpitaux fondés au moyen âge dans les villages n'existaient plus, comme nous l'avons vu, au xviii° siècle ; quelquefois leurs biens avaient été réunis aux établissements hospitaliers des villes voisines, OLi les communautés avaient acquis le droit, assez souvent contesté par la suite, d'envoyer un certain nombre de malades ; souvent ils avaient été confondus avec ceux des fabriques. Les malades n'étaient plus soulagés comme par le passé. Certains seigneurs, animés d'un esprit généreux, appelèrent dans leurs paroisses des religieuses, telles que les filles de la Charité, pour soigner les malades et instruire les pe-

^ Registre de la fabrique d'Auzon. Arch. de TAube, 41 G. —Voir aussi : G. )640.

2Jousse, p. 208, 212, 231.

3 Lettre de Golmet d'Aage, du 11 janvier 1789. Arch, de TAube, G, 2097.

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titcs filles. Mais c'était r(v\(:c])ti()ii, rA dans beaucoup (le paroisses, les habilaiits mouraient sans secours médicaux et sans remèdes.

L'État dut intervenir. <( Le roi Louis XV, disait une circulaire de 1728, touché de compassion pour les pauvres malades des campagnes qui périssent la plupart faute de soins, ordonne qu'il soit envoyé tous les ans aux intendants des provinces des remèdes de la composition de feu M. Ilelvétius, pour être distribués par les intendants à leurs subdélégués, et par ceux-ci aux sœurs grises, curés ou autres personnes intelligentes dans les villes, bourgs et villages... 11 se conformait à cet égard, dit la circulaire, aux vues charitables du roi son bisaïeul. »

Ces distributions eurent lieu pendant longtemps avec régularité. Les remèdes étaient choisis de manière à suffire aux maladies les plus fréquentes ; ils étaient étiquetés et accompagnés de plusieurs mémoires instructifs pour guider les distributeurs et les malades eux-mêmes. Les doses étaient exactement marquées selon Tàge, les forces et le tempérament de ces derniers. En 1769, on en envoya 932,136, au lieu de 126,910 qui se distribuaient précédemment ^ Louis XYI en tripla le nombre-. Elles devaient être remises gratuitement et uniquement aux pauvres habitants des campagnes, et l'intendant était tenu de faire connaître au ministre le nom et la demeure des

1 Arrêt du conseil du l^"" mars 1769. Afic. lois, XXII, 486.

2 Au début du règne de Louis XVI, un arrêt du conseil prescrivit l'envoi de 2258 boîtes dans lesquelles les remèdes étaient renfermés. (Arrêts d'i conseil du 9 février 1776. Ane. lois, XXIII, 348.)

personnes chargées clc leur distribution, ainsi que les résultats obtenus \

Les boîtes qui contenaient les remèdes n'étaient point toujours réparties avec équité. Quelques-unes étaient envoyées directement par Tintendant à des seigneurs influents ou à des chirurgiens protégés. Un subdélégué, chargé d'en distribuer une partie, se plaignait de ne pouvoir satisfaire à toutes les demandes et de voir diminuer chaque année le nombre des boîtes. Il envoyait les paquets qu'elles contenaient à des dames bienfaisantes, surtout à des curés, quelquefois à des sœurs de Charité qui les répartissaient dans les villages voisins de leur résidence 2.

L'administration ne se borna pas à envoyer des médicaments ; elle envoyait des médecins dans les cas pressants. Lors de la peste qui sévit en 1722 dans le Midi, elle dépensa, dans la seule intendance de Montpellier, plus d'un million en secours, en remèdes, en honoraires de médecins. Des cordons sanitaires gardés par des troupes furent établis ; des lazarets créés ; des parfums distribués. S'il se déclarait

1 Inv. des Arch. de Lot-et-Garonne, C. 806 à 8t2. — Inv. des Arch. d'Indre-et-Loire, C. 354. — Inv. Arch. Seine-Infériewe, €. 88 à 9î. — Inv. Arch. Basses- Pyrénées, G. 6107... Calvados, C. i?43... Côte-d'Or. G. 364... Lot, G. 806 à 814. — Inv. des Arch. de VHérault, G. 531. Cet article contient la désiornation des remèdes envoyés eu 1770; en voici la lisie : tartre éaietique, kermès minéral, poudre purgative universelle, poudre fébrifuge purgative, poudre hydragogue purgative, jioudre pour la dysenterie, poudre incisive fondante^ poudre anodine, quinquina en poudre, thériaque, -emplâtres de Nuremberg, quinte&sence d'absinthe, pierre bleue, boules médicamenteuses.

2 Arch. de l'Aube, G. 297 et 1164.

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(les épidémies (Vun cmacihv, inoins ^hu\rsi\^ rarlministration charj^eait des médecins de se rendre dnns les localités ^ Elle payait lenrs frais de transport, leurs vacations ; elle donnait des secours en argent et en nature. En 1779, dans Tintendancc de Tours, les dépenses relatives aux maladies épidémiques s'élevèrent à 80,000 livres-.

Il y avait d'autres circonstances dans lesquelles l'assistance administrative n'était pas réclamée en vain. En 177/i, une louve enragée parcourut plusieurs villages de Champagne, et blessa vingt-deux personnes. Neuf en moururent. Un médecin de Troves et un chirurgien des environs soignèrent pendant plus de trente jours ceux qui avaient été mordus. La population était affolée, et ne fut rassurée que lorsque les blessés guéris et quelques autres habitants furent allés en pèlerinage dans la forêt des Ârdennes, à Saint-Hubert, où on leur inséra sous la peau du front un petit morceau de Tétole du saint. Les honoraires du médecin et du chirurgien, le prix des remèdes, les secours distribués aux familles des malades furent payés par TÉtat. Ils s'élevèrent à 2,366 livres^.

Les chirurgiens des campagnes se distinguaient plus des médecins que des barbiers, à la corporation desquels ils avaient longtemps appartenu dans les villes. Leur condition était modeste ; leur demeure et

1 Inv. des Arch. de rUérault, G. 597; Côte-d'Or, C. 369-370.

2//1Î;. des Arch. d' Indre-et-Loire^ C. 401 et suiv. — Voir aussi : Inv. Arch. Calvados, C. 918 à 945.

5 Le médecin reçu 12 liv. par jour, le chirurgien 5. (Arch. de l'Aube, C. 1167.)

leur mobilier ressemblaient à ceux d'un paysan aisé. La loi exigea d'eux des garanties d'études et des certificats de capacité. On n'en disait pas moins dans certaines provinces, en 1789 : « Il suffit de savoir manier un rasoir pour s'ériger maître en chirurgie ^ » Les sages-femmes étaient encore plus incapables. Une des singularités de cette époque, c'était leur nomination. « Une accoucheuse décède dans une paroisse, » dit un rapport officiel. « Il s'agit de remplir sa place. Toutes les femmes s'assemblent chez le curé, qui désigne l'une d'elles. Assez souvent même, cette promotion singulière se fait en chaire. Celle qui a été honorée de ce choix n'a peut-être jamais été témoin d'un accouchement... » Cet usage subsistait, en 1788, dans cent cinquante paroisses sur cent soixante-dix dont se composait la subdélégation-. Il avait été motivé par le désir d'empêcher les enfants de mourir sans baptême. « L'archi-prêtre, disait un statut synodal du xvii^ siècle, interrogera la sage-femme de la paroisse pour connaître si elle sait baptiser, et s'il trouve qu'elle ne le sait pas, il recommandera au curé delà bien instruire; il s'informera aussi si elle ne fait rien de superstitieux, si elle est de bonnes mœurs, adroite, secrète et fidèle •'^. » C'est pour ces raisons que le curé sanctionnait sanomination lui faisait prêter

1 Cahier du clergé de Dax, art. 14. Arcli, parlementaires^ \\L 89.

2 Rapport du bureau intermédiaire de Bar-sur-Aube. Arch. de TAube, C. 352.

2 Constitutions et instructions de saint François de Sales ^ inises en ordre par son successeur, 1668, p. 118. — Ord. syn. d'Autun. i706, p. 55. — Ord. syn. Alet, 1675, p. 51.

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vl (i\;iil. le- salaire c|ii\'lle devait recevoir'. L'administratioii essaya de remédier aux accidents qui provenaient de Tignorance des sagcs-fernin(îs en créant des écoles d'accoucliement dans les cliels-Iiciux d'élection 2. Les cours duraient deux mois, et pendant ce temps les pensionnaires recevaient huit sons par jour. Elles étaient parfois désignées à la majorité des voix par les habitants des villages. Mais, malgré les ccriificats qu'on leur donnait et les exemptions de de corvée royale qu'on accordait à leurs maris, beaucoup de jeunes femmes refusaient de s'y rendre, parce qu'elles ne pouvaient, ni ne voulaient quitter leurs enfants et leur ménage^.

1 Voici le texte d'une réception d'une sage-femme par le curé : — Le 7 décembre 1722, après que Jeanne Menneret, femme de Jean Michaux, a prêté le serment ordinaire sur les saints évangiles, du consentement des femmes de cette paroisse, nous l'avons admise à la fonction de sage-femme pour cette paroisse et pour celle de Macey en cas de besoin; et a ladite Jeanne Menneret promis de s'acquitter fidèlement de cette charge. On est convenu que chaque femme lui donnerait 25 sols pour ses couches. Elle a déclaré ne savoir signer. Signé Bidelet, curé de Montgueux et de Macey. (Archives de l'Aube.) M. Menault a publié un certificat analogue, daté de 1652. {Angerville-la-Gate, p. 381.) — En Lorraine, au commencement du xviii® siècle, l'élection des sages-femmes faite par les femmes provoquait souvent des contestations et des procès. (Charton, La Lorraine sous Léopold P^, An?i. Soc, Émulation des Vosges, XII, 507. — D. Mathieu, L Ancien Régime en Lorraine, p. 2G6.) — L'élection des sages-femmes a lieu aussi en Bourgogne, {Inv. Arch. Côte-d'Or, G. 1447.)

'^ Un cours de ce genre fut établi à Rouen en 1778, et à Alençon. 11 y en avait antérieurement à Moulins. [Inv. Arch. Seine- Inférieure^ C, 95 à 99.) — Hippeau, Le gouvernement de Normandie, Y, 402. — Procès-rerbal de V Assemblée provinciale de la Haute-Guiemie, 1786. — Rossignol, Petits États d'Albigeois, p. 123. — Filon, Hist, des États d'Artois, p. 101. — Voir aussi Liv. Arch. Calvados, G. 984.

3 Arch. de l'Aube, G. 352 et 1167. — Une sage-femme qui se pré-

L'État, qui s'efforçait ainsi de soulager les misères, n'hésitait pas à venir en aide à celles qui étaient amenées par des fléaux accidentels, tels que les inondations et les incendies. En 176G, il accorde une subvention de 100,000 liv. aux habitants delà généralité de Montauban qui ont souffert des débordements du Tarn^ Quoiqu'un certain nombre de communautés eussent fait l'acquisition de pompes, les incendies étaient fréquents dans les provinces où les maisons étaient construites en bois et couvertes en chaume. Les officiers de l'élection procédaient dans ce cas à des expertises et prononçaient des dégrèvements sur les contributions. Les intendants accordaient des secours et prescrivaient même des corvées pour la r.econstruction de bâtiments détruits par le feu^. La charité privée, individuelle ou collective, venait en aide à l'insuffisance des ressources locales et des subventions administratives. Les évêques autorisaient les incendiés à faire quêter dans les églises^. A Langrès, Tévêque fonda, en 1759, un bureau dit des incendiés pour les paroisses de la campagne'*. L'évêque de Troyes en établit un semblable en 1769^ ;

sente devant le subdélégué de Troyes^ est ainsi recommandée en 1789 : « Elle va paroître devant vous avec un air emprunté ; elle a un certain génie ; elle sait lire. . , jj

1 Inv. des Arch. du Tarn-et-Garoiine, C. 834.

^ Inv. des Arch. du Calvados, 0. 967 à 907... de V Aube, G. 1203, 1624.

3 Inv. des Aj'ch. de l'Aube, G. 54 et 64. — Inv. Arch. Seine^ Inférieure y G. 847 à 849.

^ J. Valserre, L'association dans les campagnes, Revue de France, du 15 novembre 1877.

^ Le bureau des incendiés de Troyes, qui fut rétabli après la Révolution, se composait à l'origine de trois prêtres et de deux

rMrchcvôqiio (le llciiiis ru 1771)'. Ailleurs, des qucHes cl (les aumônes siî l'aisaieiil (lai)s Ir m^me but,. Les débats étaient constatés par des pro.'.ès-viîrbaux, (\\ni le jn^c local ou le syndic envoyait à rautorité ccclésiasti((ne.

On a app(îlé 1(3 xvin'' si(jcle le si(;cle de la liiiînfaisancc. A cette (ipoque, une généreuse émulation anima les individus, les localités, le clergé et TÉtat pour soulager Tinfortune ejt combattre la misère. Les municipalités et les seigneurs dotaient, dans certaines circonstances, les jeunes filles pauvres, fondaient des asiles, créaient des écoles. Les publicistes cherchaient les moyens de résoudre le problème du paupérisme. A la charité inspirée par Tamour de Dieu vint s'adjoindre la philantrophie, inspirée par Tamour de Thumanité. Elle fut le principal mobile de l'assistance donnée par l'État, qui, dès qu'il en eut le pouvoir, eut le devoir de suppléer à l'insuffisance de l'initiative privée. Cette assistance fut surtout nécessaire dans les campagnes, accablées par les impôts, souvent abandonnées parles seigneurs, et où les anciens établissements charitables avaient disparu avec Tétat social qui les avait fait surgir.

conseillers en l'élection. Il recueillait les cotisations volontaires des paroisses, et en répartissait le produit entre Ihs incendiés de ces paroisses. A son installation, en avril 1769, il avait 2205 liv. provenant de quêtes antérieures. En 1790, il avait 32,500 liv. en caisse. En 1786, il avait distribué 21,915 liv. Chaque année, il publiait le compte de ses recettes et de ses dépenses. (Arch. de l'Aube, reg. G. 253 et liasse G. 251.)

1 Portagnier, Hist. du Châtelet, Trav, de VAc. de Reims, t. LIV, p. 415. — Loriquet, Ibid.^ t. LV, 199.

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