‹ Le violon harmonique: étude complétée par un cours d'harmonie à l'usage des violonistesChapitre 48 sur 51 · L IMPROVISATION ET LE POINT D ORGUE · texte numérisé non relu

L IMPROVISATION ET LE POINT D ORGUE

OU moins réussi d'après le degré d'intérêt qu'a su y mettre le violoniste. Le point d'orgue n'est donc pas seulement un prétexte pour montrer l'habileté du virtuose, mais aussi le moyen de prouver son imagination, sinon créatrice, du moins ingénieuse et savante.

Dans ce genre d'appropriation, d'arrangement musical, la proportion est de première nécessité ; car, le violoniste le plus habile remplace difficilement l'intérêt de l'orchestre , ayant en plus, ce qui est le défaut du point d'orgue, à recommencer ce qu'on a déjà entendu dans le cours du morceau. Souvent les compositeurs vont au devant du danger en écrivant eux-mêmes leur point d'orgue, comme Ta fait Mendelssohn dans son concerto de violon, et, avant lui déjà, Viotti, dans plusieurs de ses concertos, Baillot dans l'andante de son septième.

Mais si cette préparation oifre certains avantages, elle a aussi pour résultat de faire disparaître le vrai caractère du point d'orgue et peut-être son plus grand charme, c'est-à-dire l'inattendu de la pensée, le sentiment de V improvisation.

Nous venons d'écrire là un bien grand mot , qui exprime ce don précieux accordé seulement à quelques favorisés, cette puissance mystérieuse qu'on peut plutôt raconter que chercher à définir, Timprovisation. Cependant, le sujet est assez intéressant pour demander au violon de céder, un moment, sa place au piano, plus favorable pour expliquer ce genre de création. Nous' saurons revenir à temps au violon et lui donner sa part.

L'improvisation, cette éclosion spontanée de la pensée, cette réalisation immédiate des règles de l'art d'où sont sortis tant de chefs-d'œuvre à peine entrevus, et à jamais regrettables, tant d'œuvres instantanées, souvent plus chaleureuses et passionnées dans leur soudain enfantement que leurs sœurs baptisées et plus légitimes, était au siècle dernier, et plus près de nous encore, Fun des moyens d'exécution les plus habituels et les plus recherchés par les artistes et le public. Mozart, Beetho-

ven, Hummel, Hendelssobn , avant eux les grands Bach et les autres génies contemporains , étaient, en plus de leur talent de compositeurs et d'exécutants, d'admirables improvisateurs. Cette forme de la pensée était si recherchée qu'un grand nombre de leurs pièces gravées sous le titre de fantaisies ont tout le caractère de l'improvisation. Chacune des affiches de concert de ce temps-là annonçait de nombreux morceaux et des plus complets, improvisés soit sur des thèmes originaux, soit même sur des thèmes fournis par le public. Les affiches du jeune Mozart le montrent de reste (1). Plus près de nous, dans un compte rendu du premier concert donné à Vienne par Beethoven, en avril 1800, on lit : « Après un nouveau concerto, nous avons eu un septuor et une improvisation magistrale. »

Ce goût pour l'improvisation^ qu'on nommait aussi fantaisie, ne se bornait même pas à ce que nous disons là, et souvent, plaisir de grands seigneurs, on vit dans les salons de l'aristocratie viennoise, Beethoven accepter une lutte d'improvisation avec les pianistes en réputation de l'époque, VoelflF, Steibelt et autres. On dit même qu'un jour, ce dernier ayant pris pour thème de son improvisation les variations du trio de Beethoven en 52 bémol, qu'on avait entendu huit jours auparavant dans le même salon, celui-ci, contrarié de ce qu'il regardait comme une indiscrétion , riposta en prenant négligemment sur le pupitre la partie de violoncelle d'un quintette de Steibelt qu'on venait d'exécuter, et la mettant sur le piano , tira de ce thème informe des inspirations telles qu'il 6ta pour toujours à Tartiste imprudent l'envie de lutter avec lui.

Dans une autre occasion, Himmel, compositeur prussien, ayant accepté d'improviser après Beethoven et donnant trop longuement tout ce qu'il savait, celui-ci, à bout de patience, lui disait brutalement : « Eh bien, commencerez- vous enfin? »

(1) Vuir Eug. Sauzay, Ét\ude ttur le quatuor, p. 78.

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