L'IMPROVISATION ET LE POINT DORGUE
Encore un autre genre dlmprovisation original. Hiller, le pianiste de Cologne, raconte, dans une de ses lettres, qu'étant à Leipzig en 1839, avec Hendeissohn, et jouant ensemble le concerto de Mozart à deux pianos, ils improvisèrent à eux deux le point d'orgue, en convenant d'avance de se retrouver sur certaines dominantes. Us le faisaient aussi quelquefois, en se donnant pour sujet telle pièce de Schiller ou de Goethe.
On peut encore, étant donné la science de Texécutant, mettre la fugue au nombre des morceaux de musique les plus favorables à l'improvisateur. La régularité de la forme, l'enchaînement et le retour du sujet, l'emploi répété de^ marches harmoniques facilitent la tâche et fournissent à la pensée des points de repère dont sait profiter l'artiste expérimenté.
Pour les maîtres que nous avons cités, la fugue improvisée était aiissi régulière que s'ils l'eussent cherchée et écrite sur le papier.
Et pour tout dire , dans le genre des variations, les plus belles ne sont-elles pas celles qui ont le caractère de l'improvisation? Beethoven excelle dans ce vague de la pensée où , semblant avoir perdu le thème, il va devant lui, comme à tâtons, en improvisant ce qui vient jusqu'à ce qu'il ait retrouvé l'idée.
Un double souvenir déjà bien éloigné, mais certainement encore présent à la mémoire de ceux qui en ont été témoins, peut trouver ici sa place à propos de l'improvisation.
C'était en 1832, pendant l'un des séjours que Mendelssohn fit à Paris: il venait de faire exécuter à la Société des concerts du Conservatoire, toute jeune encore, l'ouverture du Songe d'une nuit d'été. « Je voudrais, dit-il, dans une lettre du 13 février 1832, que vous pussiez assister à une répétition de mon Songe d'une nuit d'été b.\x Conservatoire; l'exécution en est parfaite. » A l'un des concerts suivants il avait joué , dialoguant avec cet admirable orchestre , le concerto en sol de Beethoven , œuvre
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nouvelle pour le public parisien, mais qui, passant par son exécution savante et habile, avait été comprise par tous. C'est lui qui avait choisi le morceau, comme il le dit dans une lettre à la date du 19 février 1832. « Il me serait agréable de me produire pour la première fois au Conservatoire, j'y jouerai aussi; ces messieurs voudraient une sonate pour. piano de Beethoven, ce • serait très bruyant ; mais je choisirai plutôt son concerto en sol majeur que personne ne connaît ici. »
Baillot, le grand artiste qui, quelques années avant ^ avait entendu et admiré le talent du jeune Félix, rappelant si bien dans son étonnante précocité celui du jeune Mozart, lui demanda, allant au-devant du désir qu'en avait lui-même témoigné Mendelssohn, de venir, un soir prochain, jouer avec lui quelques-uns des chefs-d'œuvre de leurs grands maîtres, et cela dans l'idée bien naturelle de le faire entendre à quelques amis et élèves; j'en étais un alors.
Entre autres morceaux qui avaient ravi l'auditoire, l'exécution d'ime sonate de S. Bach pour piano et violon , celle en mi majeur, proposée par Mendelssohn à Baillot, avait traduit si éloquemment les grandeurs et les complications de l'œuvre , avait tellement électrisé auditeurs et exécutants, qu'ils en jouèrent une autre, la seconde, en la; le concerto de Mozart en ut mineur compléta le programme et termina la soirée.
Chacun des auditeurs émus, enthousiasmés, cherchait dans le partage d'une sympathique admiration le moyen de retarder le moment de se séparer. Ce fut Mendelssohn qui s'en chargea. Il se remet au piano; cette fois, il ne demande pas de musique , c'est dans sa mémoire qu'il reprend possession des œuvres que l'on a entendues dans la soirée , amalgamant au creuset de son imagination chacun des motifs entendus séparément, soudant l'un à l'autre sonates et concerto, ne faisant plus qu'un de Bach et de Mozart qu'il réunit dans une même inspiration, et dépassant les limites du possible, nous laisse éblouis,