‹ Le violon harmonique: étude complétée par un cours d'harmonie à l'usage des violonistesChapitre 50 sur 51 · L IMPROVISATION ET LE POINT DOIXGUE · texte numérisé non relu

L IMPROVISATION ET LE POINT DOIXGUE

fascinés, doutant, comme dans un rêve, devant cette mystérieuse et inoubliable puissance d'assimilation.

Ajoutons, pour la consolation de ses imitateurs, qu'épuisé par cette contention de tête et d'imagination, il avoua en avoir été malade le lendemain.

À quelques jours de là , Mendeissohn donnait à quelques bons auditeurs, réunis chez une ancienne amie de sa famille (1) pour entendre son octuor, une nouvelle preuve de la puissance et de la spontanéité de son génie.

On a vu, dans les lettres de Mendeissohn, quelle tendre et respectueuse amitié l'unissait à Goethe dont il avait été l'initiateur en musique. On allait commencer le concerto de Mozart en sol, quand on lui remit une lettre qui lui annonçait la mort de cet ami vénéré. Cruellement frappé par cette triste nouvelle, il voulut néanmoins répondre à l'attente de tous, ou cédant peut-être à un besoin d'expansion douloureuse, il joua du fond de son àme émue l'œuvre admirable du maître, en réunissant, dans une suprême improvisation, le grand poète au grand musicien, Mozart chantant la mort de Goethe.

L'improvisation peut donc être, comme on le voit, à la con-. dition toutefois d'une disposition naturelle heureuse et surtout d'une pratique considérable, l'une des plus belles et des plus précieuses manifestations du génie musical. Ajoutons toutefois que les gens que nous venons de citer avaient été, dès leur enfance , soumis aux plus rudes travaux de l'art , habitués à la solution immédiate des problèmes les plus compliqués , ce qui leur permettait, quelque difficulté qui se présentât, de se tirer d'affaire d'une manière ou d'une autre. Enfin, faut-il mettre au nombre des moyens auxiliaires du compositeur celui qu'on

(1) M>^« Kiéné, mère de W^* Bigot. C'est à cette dernière dame, excellente pianiste, que Beethoven, enchanté de la manière dont elle avait déchiffré et compris sa grande sonate en fa mineur, donna le manuscrit de cette œuvre immense, qui aujourd'hui appartient à M. Baillot.

248 LE VIOLON HARMONIQUE DANS SES DIVERS EMPLOIS

avoue le moins volontiers, la mémoire^ qui, en fait d'improvisation comme ailleurs, a bien des droits à la reconnaissance. Est-il un compositeur de bonne foi qui ose assurer qu'il crée y comme on dit aujourd'hui, sans avouer qu'il se rappelle? Ce n'est, du reste, qu'affaire de vanité, car nos plus grands maîtres, dans leur honnête simplicité , ne s'en sont pas fait faute. Nous souhaitons même à nos jeunes gens d'en faire autant, et nous aurons encore à notre service de bons musiciens, peut-être même des improvisateurs.

Revenons à notre violon harmonique et rendons-lui la part à laquelle il a droit dans l'improvisation.

On retrouve encore, au commencement du siècle, un reflet de ce genre d'exécution parmi les violonistes de l'école française. Kreutzer aine était cité comme Tun des plus habiles et des mieux doués, et Baillot a longtemps improvisé en public les points d'orgue de ses concertos : ce qui rentrait certainement mieux dans l'idée première du point d'orgue que ceux préparés à Tavance, en usage aujourd'hui, et que, par une convention tacite entre l'auditeur et Texécutant, on accepte comme improvisés. Un des divertissements des anciens artistes de Torchestre de l'Opéra était de se réunir pendant les entr'actes dans leur foyer et d'entendre improviser par deux d'entre eux des morceaux fugues, compositions libres, mais dont l'effet était, disait-on, séduisant.

I3n autre genre d'improvisation , une autre branche de cet art, très pratiqué par les maîtres des anciennes écoles, était l'ornementation des adagios écrits en blanches et rondes, tels qu'on le voit dans les sonates de Corelli , Tartini , et dans lesquels l'exécutant trouvait l'occasion d'improviser sur cette simple charpente, en tenant compte de Tharmonie chiffrée, toutes sortes de traits et d'ornements, qui servaient à intéresser et compléter la mélodie seulement indiquée; beaucoup de passages, dans les concertos de Mozart écrits en grosses notes, n'étaient aussi que prétextes à improvisation.

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