VUE D ENSEMBLE
’après les origines du violoncelle, il semblerait
que ce dut être en Italie qu’il eut le plus de
triomphes, tout à la fois comm e fabrication de linstrument et comme perfection des instrumen¬
tistes.
Ce fut, en effet, en Italie que le violoncelle vit le jour, et que, dès son apparition, il y fut fabriqué avec les plus grands soins par des luthiers remarquables. Cependant, l’Italie a vu disparaître peu à peu la réputation de cette lutherie. Elle n’a plus ces fabriques célèbres, ces luthiers habiles approvisionnant tout l’Univers ; elle a perdu le secret de son vernis; elle n’a conservé de réputation que pour les cordes des instruments.
Ce fut en Italie que le violoncelle remplaça d’abord la viole de gambe. Deux Italiens, Galli et Lanzetti, écrivirent les plus anciennes méthodes de violoncelle (1691-1740) ; l’Italien Franciscello, le premier, joua le violoncelle en solo ; l’Italien Léo
Leonardo composa les premiers concertos de violoncelle avec quatuor; et cependant, par une coïncidence bizarre, ce pays ne sut pas favoriser, à l’instar des autres nations, une lignée de violoncellistes, se succédant sans interruption, se complétant mutuellement, se perfectionnant les uns les autres, en un mot créant une école italienne du violoncelle où les autres nations seraient venues se perfectionner.
Cette pénurie de violoncellistes peut s’expliquer en partie par le caractère musical italien qui préfère la mélodie à l’harmonie; de là, sa prédilection marquée pour le violon et son abandon du violoncelle qui fait surtout l’accompagnement.
Une autre raison sérieuse se trouve dans l’hu meur voyageuse des Italiens. Dès qu’ils ont un peu de musique au bout des doigts, ils partent en tournée pour éblouir l’Univers.
Les uns sont de vrais musiciens, des virtuoses remarquables ; ils recueillent les applaudissements qu’ils méritent, mais en partant à l’étranger, s’ils font honneur à leur patrie, ils la privent de leur concours. Si Cervetto, Caporale, Boccherini et tant d’autres étaient restés en Italie, ils y auraient sans doute donné une impulsion énorme à l’art du violoncelle, tandis que leur départ a appauvri l’Italie •et enrichi, musicalement, les autres pays.
D'autres émigrent d’Italie avec un talent qui n’est pas toujours égal à leur tempérament musical; souvent, leur façon de jouer vaut mieux que ce
SES VIRTUOSES I ITALIE
qu’ils jouent ; parfois, ils sont obligés de donner sans trêve des leçons afin de gagner leur vie. Ils n’ont ni le temps ni les moyens de se perfectionner, ils doivent se contenter d’être de modestes musiciens, d’occuper un rang secondaire alors que s’ils avaient développé et cultivé leur talent, pendant trois ou quatre ans seulement, ils auraient conquis une place de choix dans le monde musical.
Sans doute, il ne faut pas trop généraliser ; dans les divers Conservatoires d’Italie il y a de bons violoncellistes. Nous ne faisons pas une critique de l’école moderne italienne du violoncelle, nous avons simplement voulu dire que, lorsqu’on a vu les débuts du violoncelle en Italie, au xvm e siècle, on est étonné et peiné de voir que ce bel élan n’a pas produit dans ce pays ce qu’on était en droit d’en attendre. C’était un bel arbre dont le jeune tronc vigoureux promettait des frondaisons superbes, mais qui a vu se tarir brusquement la sève surabondante de ses premiers printemps.