CEUX QUI ÉMIGRÈRENT
Une particularité remarquable des nombreux violoncellistes italiens, c’est qu’ils s’empressent de quitter leur patrie.
Cervetto (Jacques, dit Bassevi), naquit en Italie en 1682. A l’âgé de quarante-six ans, il se rendit à Londres pour y faire le commerce des instruments italiens. Le commerce réussit mal, et Cervetto entra comme violoncelliste à l’orchestre de Drury- Lane. Il fut bien vite célèbre, autant par son talent que par son nez, qui était de dimensions prodigieuses et l’avait fait surnommer Gros-Xez. On rapporte de lui l’anecdote suivante, qui montre son habileté. Un soir, qu’au théâtre, le célèbre acteur Garrick jouait le rôle d'un homme ivre et venait de se laisser tomber assoupi sur un siège, un bâillement bruyant et prolongé se fit entendre au milieu du silence de la salle attentive. C’était le violoncelliste Cervetto qui, à l’orchestre, commettait cette incongruité. Indigné, Garrick bondit sur la scène et, oubliant son rôle, apostrophe vivement l’impoli musicien. Celui-ci, sans se déconcerter, répond : « Je vous demande pardon, mais je bâille toujours quand j’éprouve un trop vif plaisir. » La salle applaudit, et l’acteur voit tomber sa colère sous cette flatterie. Cervetto fut ensuite directeur du théâtre de Drury Lane.
Burney dit que Cervetto était un habile exécutant, mais que sa qualité de son laissait à désirer, car elle était dure et peu agréable.
Il a écrit quelques solos pour violoncelle et basse, des trios pour deux violons et violoncelle, etc... Il eut une qualité que bien du monde lui envierait : c’est qu’il put jouer du violoncelle à Page de cent ans, puisqu'il mourut le 14 janvier 1783, âgé de cent un ans.
Un rival de Cervetto fut Caporale (André), violoncelliste italien lui aussi. Il vint à Londres vers 1735 et y jouit d’une grande vogue.
« Il ne possédait pas une grande connaissance de la musique, dit Fétis, et son jeu laissait désirer plus de brillant et de fermeté dans les passages difficiles, mais il tirait un beau son de son instrument et avait du goût et de l’expression. »
Fn 1730, il fut attaché à l'Opéra italien dirigé par 1 Iændel, qui écrivit pour lui. dans son opéra Le Di. idème, un solo pour violoncelle. Il a publié à Londres 18 solos pour son instrument et est mort en 1756.
Antonio de Piétri appelé Tonelli, né à Carpi, en 1686, fut un compositeur distingué en même temps que violoncelliste ; il voyagea en Europe et resta trois ans à la cour de Danemark, puis revint en Italie. A soixante ans, il voulut épouser une de ses jeunes élèves qui, malgré ses demandes, prit le voile. Antonio mourut à 79 ans.
Aliprandi (Bernard) émigra en Allemagne au service de la cour de Munich. En 1782, il publia quelques morceaux pour violoncelle et non pour viole de gambe, comme le dit Gerber. En 1786, il vivait encore ; on ignore la date de sa mort.
DaU'Oglio (Joseph). Né à Venise vers 1700, émigra en Russie en 1735, où il entra avec son frère Dominique, violoniste au service de la cour. 11 y fut apprécié pendant vingt-neuf ans. En 1764, il se rendit à Varsovie où le roi de Pologne lui conféra la charge de son agent auprès de la république de Venise : cela peut paraître étrange, c'est pourtant mentionné par plusieurs auteurs.
Batistin. (Son vrai nom était Jean-Baptiste Struek.) Né vers 1680, dit Riemann, de parents allemands, à Florence, il fut plus connu sous le nom de Batistin. H émigra en France et fut violoncelliste de la musique du duc d'Orléans et ensuite de l’Opéra. Il fut. avec Saint-Sévin. un des premiers à jouer du violoncelle à l’Opéra de Paris. Louis XIV lui fit une pension pour le fixer en France. Il a fait représenter plusieurs œuvres à l’Opéra ; il a écrit deux ballets. Il n’a rien écrit spécialement pour le violoncelle. Il est mort le 9 décembre 1755, à Paris.
Cirri. Né à Forli en 1740, émigra en Angleterre, où il resta longtemps. Il se spécialisa dans la composition de musique pour quatuors à cordes,
SES VIRTUOSES *. ITALIE
publiée à Florence, Paris et Londres ; il fit aussi des trios pour violon, alto et violoncelle, parus a Venise en 1791.
Graziani ayant émigré en Allemagne, fut le maître de violoncelle du roi Frédéric-Guillaume II, lorsqu’il n’était que prince royal. Lorsque Duport vint à Berlin, Graziani ne put soutenir la comparaison avec ce grand artiste, et il s’éloigna ou lut éloigné de la cour. Il est mort à Postdam en 1787. 11 a publié deux recueils de sonates pour violoncelle qui montrent un réel talent.
Barni (Camille). Né en 1762, à Corne, commença l’étude du violoncelle sous la direction de son grand-père ; il fut d’abord deuxième violoncelle au théâtre de Milan et premier en 1791. Il étudia la composition avec Minoja et se fixa à Paris en 1802. Il se fit applaudir en 1803, au Théâtre Olympique, dans un concerto de violoncelle de sa composition. Il a fait plusieurs duos, trios et quatuors pour instruments à cordes. Il a joué pendant plusieurs années à l’Opéra Italien, et est mort vers 1840.
Lolli (Philippe). Né en 1773, était fils d’un violoniste qui lui lit apprendre le violoncelle. Le jeune enfant fit de tels progrès, qu’à dix-huit ans il se faisait entendre à Berlin, puis à Copenhague. En 1794, il jouait à Vienne, où il fit graver douze variations pour violoncelle. A cette époque, on le perd de vue.