VUE D ENSEMBLE
La France fut la première des nations à profiter des leçons des anciens violoncellistes italiens. En effet, le violoncelle, inventé de 1520 à 1600 — définitivement perfectionné vers 1700, — joué avec habileté en 1715, en Italie, par Franciscello, entrait à l’Opéra de Paris en 1727 et était joué, en solo, en 1737, au Concert spirituel. Michel Corrette publiait la première méthode à Paris, en 1741. L’école française vient donc, par ordre chronologique, immédiatement après l’école italienne.
Trois influences s’exercèrent, tour à tour, pour donner un grand développement au jeu du violoncelle en France :
L’influence du Conservatoire national, celle de la ville de Paris, celle du tempérament français.
Le mot conservatoire , comme la chose, vient de l’Italie : conservatono , et veut dire : « asile, orphelinat ». Le but des premiers conservatoires n’était pas la conservation, la pureté de l’art, mais sim-
plement la protection de quelques enfants dans des orphelinats. Les mieux doués de ces orphelins reçurent des leçons de musique pour développer leurs dispositions naturelles, de telle sorte que bientôt ces orphelinats devinrent des écoles de musique : elles eurent des internes, des externes, des bourses et des demi-bourses pour permettre aux moins fortunés de suivre les cours. Dans la suite, elles furent subventionnées soit par l’Etat, soit par les villes ; les unes gardèrent le nom de Conservatoire, les autres s’appelèrent Lycée musical, Institut musical, etc...
Les autres pays imitèrent ritalie et eurent leurs écoles ou conservatoires de musique. Après ceux d’Italie, le plus ancien conservatoire de musique est celui de Paris. Il ne fut jamais orphelinat, ni hospice, mais fut fondé, dès iy8.p comme école de musique. Son premier titre d 'Ecole royale de musique et de déclamation fut souvent changé : en 1793, il se transforma en Institut national de musique. En 1815, il redevint Ecole royale, pour s’appeler, après la Restauration, comme aujourd’hui : Conservatoire national de musique et de déclamation de Paris.
Mais ce qui ne changea pas, ce fut la réputation universelle de son personnel enseignant, la solidité et la régularité de son enseignement et les succès qu'il obtint en formant des virtuoses et des compositeurs dans tous les genres. A notre époque, c’est une des plus vastes et des plus réputées des écoles de musique de l’Europe et il n’est pas
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rare de voir des musiciens étrangers venir au Conservatoire de Paris pour y recevoir la consécration de leur talent. Les résultats, au point de vue violoncellistique qui nous intéresse, furent merveilleux. Il n’a pas cessé de former une lignée d'excellents violoncellistes. Les uns. ont porté au loin la réputation de l'Ecole française : les autres l’ont consolidée en professant dans les écoles secondaires d'où ils envoyaient, à leur tour, à Paris, les jeunes gens bien doués de la province. Ainsi, grâce à son Conservatoire, la France n'a jamais vu baisser le niveau des études du violoncelle. Nous avons cru bon de dresser la liste des professeurs de violoncelle du Conservatoire avec la date de leur professorat.
Baudiot. 1795-1802
Janson. 1795-1802
Nochez. 1795-1801
Bréval. 1796-1862
Lamare. 1800-1801
Romberg. 1801-1803
Duport (Jeune).. 1813-1815 Levasseur.. .... 1793-1825
Norblin.
Franchomme
Delsart-
Cros St-Ange
Vaslin.
Chevillard ..
Jacquard
Rabaud.
Loeb.
Il faut mentionner en passant les Concerts du Conservatoire , fondés en 1828 sous la direction d'I Iabeneck. Ils sont les concerts les plus réputés du monde entier au point de vue de l'exécution technique.
Linjluence de Paris, milieu d'art par excellence, s’est exercée fort heureusement pour maintenir et élever chaque jour le niveau des violoncellistes. Il manque toujours quelque chose à la gloire d'un musicien quand Paris ne Ta pas applaudi.
Au xvm c siècle, le Tout-Paris artistique se réunit aux Concerts spirituels . Ils avaient été créés en 1725 par Philidor, qui en organisa vingt-quatre par an, les jours de fêtes religieuses, alors que les théâtres étaient fermés.
Cette institution acquit bientôt une réputation européenne. Quantz, qui passa huit mois à Paris vers 1726, en a parlé avec éloge dans ses mémoires. On voit souvent, dans les notices biographiques, que de nombreux violoncellistes sont venus se faire applaudir à ces concerts spirituels, qui se continuèrent jusqu’en 1791.
Depuis, le public parisien n’a cessé de lréquenter en foule les concerts symphoniques et concerts dè musique de chambre.
Paris est, à l'heure actuelle, la ville du monde qui a le plus de sociétés musicales. Non seulement elle peut être fière de ses quatre grands orchestres symphoniques (Concerts du Conservatoire, Lamoureux, Colonne, Sechiari), mais elle a beaucoup
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d'autres sociétés de musique, qui attirent un public toujours avide, jamais lassé.
L'influence du tempérament français s’exerça nécessairement aussi pour le développement de la musique de violoncelle ; le génie d'une nation se traduit non seulement dans sa musique, mais aussi dans l’enseignement de cet art. C’est pourquoi le Français, grâce à sa langue la plus nette du monde, peut mieux qu’aucun autre se livrer à l’enseignement. De là, vient, chez nous, la multiplicité des méthodes de violoncelle. Tandis qu’en Allemagne on compte 20 méthodes, en Italie 5 méthodes, en Angleterre 6 méthodes, en France on a publié 28 méthodes.
On pourrait peut-être aussi prétendre que la France a donné plus de développement à l’archet dans le jeu du violoncelle.
Comparant l'influence de chaque nationalité sur le jeu du violoncelle, Vidal a dit : « Le Français a un archet léger, d’une grande distinction, un jeu large et bien posé, une tenue élégante et irréprochable. »
ECOLE FRANÇAISE DU XVIII e SIÈCLE
Le violoncelle fut introduit en France par l'ita- Iien Batistin Struck, vers 1700 ou 1710. Ce violoncelliste jouait à l’Opéra en 1727 et avait pour compagnon de pupitre les frères Saint-Sévin (Philippe, Pierre) surnommés Abbé.
Ils étaient d’abord maîtres de musique dans diverses églises d’Agen, et, pour remplir leurs fonctions, ils étaient obligés de porter, à la mode du temps, le petit collet ecclésiastique; de là le nom d "Abbé qu’ils ont conservé après qu'ils eurent quitté l’église pour entrer à l’Opéra, comme violoncellistes.
Edouard vivait, selon Wasielewski et Gcrber, à Paris en 1737 et était réputé très bon violoncelliste.
Barrière (Jean) vint à Rome trois années pour étudier avec Franciscello. En 1739, il revint en France où il remporta beaucoup de succès. Il publia six sonates ; la première parut en 1733 et les dernières après son retour d’Italie.
Celles-ci, dit Vidal, sont bien supérieures aux précédentes. La musique de Barrière pour le violoncelle est très remarquable pour le temps où elle parut et prouve un artiste de grand talent ; certaines parties de cette musique ne seraient pas indignes d’être étudiées encore aujourd'hui avec
SES VIRTUOSES : FRANCE IOI
fruit. Contemporain de Berteau, on peut le considérer comme l’un des fondateurs de notre école de violoncelle, que développèrent un peu plus tard Tillière, Cupis, Janson et les Duport.
J. Barrière est mort vers 1753.
Martin (François) était violoncelliste à l’Opéra en 1747. il joua aux Concerts spirituels de la quinzaine de Pâques en 1747. Il a écrit deux livres de sonates pour violoncelle et des trios.
11 est mort en 1773.
Blainville (Charles-Marie). Né près de Tours en 1711, vint a Paris comme violoncelliste et maitre de musique. On ignore les détails de sa vie; on sait seulement qu'il fut protégé par la marquise de Villeroy, à qui il enseignait la musique. Il a publié divers morceaux et ouvrages de musique. Il annonça la découverte d’un nouveau mode tenant le milieu entre le mode majeur et le mode mineur et le baptisa mode mixte ou mode hellénique. Ce prétendu nouveau mode n’était que plagal du troisième ton du plain-chant ou si Ton veut : le mode mineur en la dont il avait banni la note sensible et qu’il faisait procéder de la dominante à la tonique. Blainville mourut en 1769, selon Wasielewski et en 1796 selon Fétis.
D'Avesnes vivait à Paris au xviii c siècle. Vers 1750, il faisait partie de l’orchestre de l’Opéra et,
plus tard, jouait aux Concerts spirituels. Il n'a rien écrit pour violoncelle, les morceaux qu’il faisait entendre avec succès sont seulement des motets religieux. D'Avesnes quitta le service de l’Opéra, en 1766, avec une pension.
Masse (Jean-Baptiste) a publié à Paris, chez Al me Boivin, trois œuvres composées chacune de six sonates. Le privilège de l‘op. I porte la date du 23 novembre 1736 et donne à l'auteur le titre de l’un des vingt-quatre ordinaires du Roi. « Ce recueil de Sonates, dit Vidal, a un mérite réel : l’instrumentation en est élémentaire, mais on y trouverait aujourd'hui un excellent travail, sinon très amusant, du moins très instructif. Ces sonates font deviner un homme de talent. »
Nochez étudia sous la direction des violoncellistes italiens Cervetto et Abaco, voyagea en Italie, vint à Paris, entra à l'Opéra-Comique, ensuite a l’Opéra en 1749. En 1763, on le trouve à la musique de la chambre et de la chapelle du Roi, d'où il se retira en 1799, après cinquante ans de service. Il fut professeur au Conservatoire de 1795 à 1801. Il est l'auteur d'un Essai sur la musique ancienne et moderne , publié à Paris vers 1780.