LES COUSINS DU VIOLONCELLE
Parmi les autres instruments se rapprochant par leurs formes et leurs dimensions de la viole de Gambe on en peut citer cinq :
i° La viola Bastarda ;
2° La viola di Bordons , ou baryton allemand ,
3 0 La viola da Spalla :
4° La viola Pomposa ;
5° La viola-lyra.
i» La viola Bastarda avait une garniture de six à sept cordes, mais, pour renforcer la résonance, on avait adapté sous la touche et sous le chevalet des cordes en acier. Comme dans la viola d'Amore, qui était plus petite et se jouait sous le bras, elles étaient accordées à l’unisson de celles qu’on jouait avec l’archet. Ce furent les Anglais qui eurent, les premiers, l’idée d’adapter ces cordes sympathiques. Elles produisaient une vibration qui donnait au son une nature particulièrement mélancolique. On augmenta ensuite ces cordes métalliques, et, d’après les indications de Pohl, leur nombre alla jusqu’à 27.
2 0 La viola di Bordoiie ou baryton allemand lut surtout en vogue au xvn e siècle. Voici la description qu’en fait Léopold Mozart dans son Ecole du violon : « Cet instrument a, comme la gambe, six et sept cordes. Le manche est très large et la par-
tie de dessous creuse et ouverte. Dans cette partie, sont tendues neuf et même dix cordes de cuivre ou d’acier, qui sont touchées et pincées avec le pouce, de telle sorte qu’au moment même où, avec l’archet, on produit le son principal sur les cordes de boyau tendues par dessus, le pouce joue aussi la basse en touchant les cordes tendues sous le manche. Les morceaux doivent donc être spécialement composés dans ce but. C’est d’ailleurs un instrument des plus gracieux. » Vidal en fait une description à peu près semblable, et, après avoir parlé des cordes de dessus, il ajoute : « Sous la touche et la dépassant, à droite, étaient placées des cordes sympathiques partant du chevalet et attachées à la table par de petits clous. Ces cordes, dont le nombre variait de sept à quarante-quatre, venaient se fixer dans la table par des chevilles en métal dans le genre de celles qui servent aujourd’hui aux cordes du piano, et s’accordaient avec une clef adaptée à leur grosseur. »
L’accord était :
SON HISTOIRE
La plus grave des cordes s'accordait sur :
en montant par succession diatonique jusqu a la dernière.
Le baryton fut très en vogue en Autriche et en Allemagne, où le luthier Tielke (1680) excellait à le construire.
Plusieurs compositeurs autrichiens produisirent des compositions pour cet instrument :
Joseph Haydn lui-mème en écrivit, paraît-il, jusqu’à 175. Il était encouragé à cela par son bienfaiteur, le prince d’Esterhazy, qui aimait particulièrement cet instrument.
Le Viennois Anton Lidl fut un virtuose remarquable sur le baryton, ainsi que Karl I rantz, qui publia douze concertos en 1785.
« Le son de la viola di Bordone, dit Vidal, était doux et agréable comme celui de toutes les violes, mais le grand nombre des cordes sympathiques dont elle était chargée occasionnait un chevrotement énervant qui n’était pas du tout du goût de tous les auditeurs. »
Cet instrument, très difficile à accorder, ne devait pas être populaire. 11 en existe de nombreux spécimens dans les musées, et notamment au
musée du Conservatoire de Paris, on voit une viola di Bordone signée « Norbert Bedler », luthier de la cour de Bavière, à Wurtzbourg (1723).
3 0 La viola da Spalla n’était pas posée sur le genou mais reposait sur l’épaule.
« Elle se tenait à l’épaule comme son nom l’indique, dit Vidal ; montée comme l’alto, mais un peu plus grande et ayant des sons plus graves, elle lui servait de renfort dans la musique'd’orchestre, où elle était seulement employée. »
Au sujet de cet instrument, Mattheson fait la remarque suivante : « La viola di Spalla ou viole pour épaule produit particulièrement un grand effet dans l’accompagnement, parce qu’elle peut exprimer les sons très purement. Une basse ne peut jamais être produite plus distinctement et plus nettement que sur cet instrument. Il est fixé par une courroie à la poitrine ou est jeté sur 1 épaule, et n a, par conséquent, rien qui puisse arrêter ou gêner le moins du monde la résonance. »
4 0 Bach eut l’idée de faire fabriquer sur ses données la Viola Pomposa, instrument à cordes en forme de violoncelle, tenu en main comme le violon et qui avait une garniture de cinq cordes à l’accord do, sol, ré, la, vu. « La façon raide avec laquelle, du temps de Bach, les violoncelles étaient traités, dit Gerber à ce sujet, l’obligea pour les basses vives de ses œuvres à trouver la Viola Pomposa, ainsi qu il 1 a appelée. Cet instrument, un
SON' HISTOIRE
peu plus long que l’alto, avait, en plus de la profondeur et des quatre cordes du violoncelle, encore une quinte (mi) et était placé sur le bras. Très commode, il mettait le joueur à même d’exécuter plus facilement les passages élevés et rapides. ».
Martin Hoffmann, luthier à Leipzig, construisit la première Viola Pomposa sur les indications de Bach. Elle fut du reste bientôt abandonnée, dit Vidal, les progrès réalisés dans le mécanisme du violoncelle l’ayant rendue inutile, et c’est vainement qu’on la cherche plus tard dans les œuvres de Bach lui-même.
5° La Lyra-Viola. Outre les instruments dont nous venons de parler, il y avait encore en Italie des instruments qu’on appelait lyres. La lyre, suivant sa grandeur, sc jouait au bras ou entre les jambes. La forme de la lyre de jambe était a peu près la même que celle de la viole de gambe. Mais le corps et la touche étaient plus larges à cause de la grande quantité clc cordes, qui variaient de douze à vingt-cinq, plus deux cordes en bourdon attachées au côté droit de la tète ou en dehors de la touche. On jouait de la lyre en touchant a la fois plusieurs cordes, afin d’obtenir des accords plaqués : elle servait surtout à accompagner le chant.
Tous ces instruments disparurent peu à peu.
Nous avons tenu à les citer pour bien montrer que la viole de gambe les avait tous supplantés, en attendant qu’elle disparût elle-même a son tour devant le violoncelle.