LIVRE I
Cependant notre maître Énée
Ayant eu mauvaise journée ,
Eut encore une pire nuit.
A peine le soleil reluit.
Qu'il veut voir si de ce rivage
Le peuple est civil ou sauvage ;
Et savoir si les habitants
Sont chrétiens ou mahométans.
Il se leva donc à la hâte.
Ne menant avec lui qu'Achate, '
Qui prit en ^s mains en tout cas
Deux dards et son grand coutelas ,
Afin d'être toujours en garde.
Je vous oubliais par mégaide
Qu'il mit sa flotte en un endroit
Que personne netrouveroit^
Si ce n'était par néçromance ;
Et qu'il fit expresse défense
Que sur peine du morion ,
Autant chevalier que pion ,
Personne ne naît pied à terre
Qu'il n'eût bien fait à Tœil la guerre^
Et su si ce port écarté
Serait un \\m de sûreté.
Sa mère yetilut l'en instruire
Et lui £aire pièce pour rire.
Prenant donc toute la façon
D'une fille, faite en garçon ,
Et paraissant un jeune drôle ,
Ayant un fusil sur l'épaule ,
Et chien couchant chassant devant ,
Branlant la queue , et nez au vaut.
^néas qui la vit vétuç,
Tout de même que la statue
De Diane qui va chassant,';
Lui rendit salut en passant.
Là-dessus , une perdrix rouge
Des pieds de la^ céleste gouge
Partit, enjoué elle coucha ,
Mais son gibier point ne toucha 5 *
Soit que la poudre fût peu fine,
Ou bien que la dame Cyprine
Fermât les yeux voyant du feu j
Ou bien qu'elle l'entendît peu.
Elle en rougit un peu , la belle.
Son bravé fils s'approcha d'elle j
Elle lui fit un doux regard
Lui disant : « Monsieur, Dieu vous gard ! »
A cette parole obligeante
Qui l'âme de son fils enchante ,
Ce lie fut pas pour un petit
Qu'il en devint tout interdit.
Il fil pourtant le pied derrière
D^une assez gentille manière.
D'une bouche sentant lethim»
Et d'un son de voix argentin ,
Elle lui fit cette harangue.
Je ne sais pas dans quelle langue:
« N'avez- vous point vu par ici ,
« De quoi je suis en grand souci,
« Quelques-unes de mes compagnes
« Qui vont chassant dans ces campagnes
« Après un cerf qui va fuyant?. • • »
Il répondit on bégayant:
« Je n'en ai vu tête ni queue,
« 0 belle! à la prunelle bleue!
« Belle que je ne puis nommer,
« Belle qui m'avez pu charmer
UVEl£ I. H
« Par je ne sais qudle lumière ,
« Que vous avez duos la visière*
« Ab ! par ma fui , j'ea suis ravi t .-,
• Maudît soit, si jamais je vi . . ,
« Face qfit m'ail plu davantage»
« La malepesiej-quel visag^! , ,1.
« El que qui vouff regaitlera |
« Sans cligner, impudent sera., . ' .
« Vous sentez la dame divine, ) ^
« J*en jurerais sur votre mine.*.. /^
« Mon nez ne me trompe jamais^. .,• r
« En ce qui sent bon ou maiiva^^ ; .; • ?
« Votre gousset et votre baleine ;, . :>
« Ne furent j^iBiaîs d'Africaine.:
« Ils ont je nesais quoi du cielM.. ; . ^
« Votre boucbe exhale le mjkef. .
« Ou vous êtes une déesse,
« Ou du moins nymphe, ou|e confie
(c Que je puis aussi n'être pas ; ; /
0 Le pieux, messirè ^neas.
« Les vents m'ont en cette contrée'
« Donné malgré mes dents entrée.; .
« Daignez me dire, au nom des Dii&iix,.
ft S'il fait sûr pour nous ^n ces lieUx,^
« Et me faites Thonneur de croire ,
« Qne vous aurez bien de qu,oi bpirÇf »
« Je ne suis pas , en vérité , «t D'une si haute qualité , »
Dit Vénus , a mais votre servante. » , f Ah ! vous êtes trop obligeant^ » , .; Ce dit-iU « et j'en suis coùfus. » / « Et moi , si jamais je le fus, »
Ce dit-elle; et lui de sourire ^
Disant : « Cela vous plait à dire, »
zi L'ÉNÉIDE TRAVESTIE.
Puis sa tête il désa Aubla } Elle ses deux jarrets doubla A lui faire une révérence.
Il fit une circofùféirence Du pied gauche à rentour du Aroit ; Et cela d'un air tant adroit , Le pauvre fugitif de Troie , Que sa mère en pleura de jele.
Enfin, tous ces devoirs rendua A Tun et l'autre si bien dus, D'une boudte sentant Peau rose Elle lui dit : « C'est une cbôse « Ordinaire aux dames de Tyr, « D*aimer la chasse et se yétir « De même que je suis vétde; « De courir à bride abattue, « Et sans faire tant de façons « De vivre comme des garçons.
« Cest ici la terre punique; « Le peuple en est fort colérique , « Qui de Tyr, qu'Agénor fonda , « En cette contrée aborda • Avecque Didon notre reine, « Que la tyrannie et la haine t De son frère Pygmalion « Pire qu'un tîgre, et qu'un lion, « Contraignit de pTîer toilette , « Et de déloger sans trompette « Un pied mal chaussé , l'autre nu , « En ccf rivage peu connu « Les Dieux lui donnent un asile ; « Elle y fait bâtir une ville.
« Si ce n'est vous importuner, c Et que vous vouliez vous donner
La palifpce 4^ m^euiisuir^^ J'aurai pluiâip 4e vous ^ppreu^^ Son {iiia>iriB^ dppt aisément ,, ,. ,^ Ou ferai.t un fort beau rp^fiq^ i^ , . , Volonti^, beU^ Tyrienue^ Et je Touft qoDtorai la mi^fin/ff . , > Qui > je g9C«i oent içaroluf^^ .. j Vaut bien la yd4i«i €$, in^lmej^^,.».
Nous verroQ«i> » répondu 1« jb^. « « ])94op fiit i'épo^u»Q finale . I Vf De râfQrta4B SîcbéiAS .i
A qui , plus traître qnp Br^jyi^^ , , / ffî^^liofk la saoguiuairo t Gonpie il réciwij'^wbréviaûce, ; , D'uncoupd:ai:(H4(b^flàfM«l^. :/ Action d^n^^^d^net» ^ .,; i:^ j-i Fit un trou danslem^^mt^ ,.; ^k!
Son épouse.s'^'^o^Wèrçi; » » j; , En fait Êûre informaUon^. < ^ . . ; Mais 4e çeu§ noire a(;tiafi . . .
Elle i)i')sut a v/Qune ni^i^elle ; ^ Tant je niçur4;rjer infidèle Sut jtenir son. crime seqrejt*. .. .
La pauyreltiB m WJrt ,d^ ^ ^eti, De sestrc^s^es ijoal p«ignéef|w ,, Elle arf fkQbe maiptes po^^n^ns^ Se prend im^ af tr^a InAoeeviSy La Tijge 43Wîti*e^5 8*itt*4# \ Une nui| t^'^Ue^i^M U^^fi Et poulie paii92r« dé^mipeiè)^ . * Elle ie yojtvperQéjfi»ieQU9S^ Et yai^f. %^^t^utr ce pemM épony Qui d'une voûi^ éf^owaiUiMe .
Lui conte Tacte détestable ,
ie l'ênêiDë travësxik*
« Et que son frère avait grand tort' « De l'avoir ainsi mis à mort , « Pensant, par cette injuste voie^ ' « Avoir son or et sa monndiev • '' « Didon lut donna le bon soir, « Parce qu'elle avait' à le voir ^ . fc Une frayeur pas ordinaire. • *'
« Elle dissitfala Tafliaiire, • • ''\ "
<( Et s^assurânt des mécontents ^ ' '^ ' « Prend un b^u jour ai bien ^n temps , « Que tout ce que ce frère injuste - '^ « Avait <fairgent,pisto|e juste, ' ' « El tous ses meubles les plus beaux V '^ tt Chargés en vîn^^t et cinq vaisseaux, ' « Abordèrent en ce rivage "
« Ovi Oidon fait bâtir Carthage. ■ ' ' « Le propriétaire du lieu r: ; - )
«t Ayant eu^ie denier à Dien , ' : " ' « Crut la tromper, et ne lui vendre '^^ * « Qu'autant de lieu qu'en peuteomprend^e « La peau d*un bœuf, tant grand fô^-JI; « Mais Didon, par un tour subtil / '^ tt Fit couper cette peau patr bahdefs ; ^ « El fit le^mesures si grandes;^ i ' \ * « Que sa ville; par ce bon touh,^ ' ' ' " « Maigré^le vendeur eut grantf ibui^:' * ^ « Mais vous à qui-ceci je éolHè'' i *^^ ^^ « Daignez aussi me rendre compte' ' * '^ « Et du pays d*6ù vous ven€iz, ' ^' ^' ' ' tt Et du ckemin que vous t«*nfizi ' i - ' "^ « Dites-moi queites gens vous êtes, ' "* « Qnd est le métfier que Vous-iait^, * ' « Et quelle est la religion ' ^
« Qu'on professe en la ri^f^îon ^- •