‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 11 sur 116 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Cependant notre maître Énée

Ayant eu mauvaise journée ,

Eut encore une pire nuit.

A peine le soleil reluit.

Qu'il veut voir si de ce rivage

Le peuple est civil ou sauvage ;

Et savoir si les habitants

Sont chrétiens ou mahométans.

Il se leva donc à la hâte.

Ne menant avec lui qu'Achate, '

Qui prit en ^s mains en tout cas

Deux dards et son grand coutelas ,

Afin d'être toujours en garde.

Je vous oubliais par mégaide

Qu'il mit sa flotte en un endroit

Que personne netrouveroit^

Si ce n'était par néçromance ;

Et qu'il fit expresse défense

Que sur peine du morion ,

Autant chevalier que pion ,

Personne ne naît pied à terre

Qu'il n'eût bien fait à Tœil la guerre^

Et su si ce port écarté

Serait un \\m de sûreté.

Sa mère yetilut l'en instruire

Et lui £aire pièce pour rire.

Prenant donc toute la façon

D'une fille, faite en garçon ,

Et paraissant un jeune drôle ,

Ayant un fusil sur l'épaule ,

Et chien couchant chassant devant ,

Branlant la queue , et nez au vaut.

^néas qui la vit vétuç,

Tout de même que la statue

De Diane qui va chassant,';

Lui rendit salut en passant.

Là-dessus , une perdrix rouge

Des pieds de la^ céleste gouge

Partit, enjoué elle coucha ,

Mais son gibier point ne toucha 5 *

Soit que la poudre fût peu fine,

Ou bien que la dame Cyprine

Fermât les yeux voyant du feu j

Ou bien qu'elle l'entendît peu.

Elle en rougit un peu , la belle.

Son bravé fils s'approcha d'elle j

Elle lui fit un doux regard

Lui disant : « Monsieur, Dieu vous gard ! »

A cette parole obligeante

Qui l'âme de son fils enchante ,

Ce lie fut pas pour un petit

Qu'il en devint tout interdit.

Il fil pourtant le pied derrière

D^une assez gentille manière.

D'une bouche sentant lethim»

Et d'un son de voix argentin ,

Elle lui fit cette harangue.

Je ne sais pas dans quelle langue:

« N'avez- vous point vu par ici ,

« De quoi je suis en grand souci,

« Quelques-unes de mes compagnes

« Qui vont chassant dans ces campagnes

« Après un cerf qui va fuyant?. • • »

Il répondit on bégayant:

« Je n'en ai vu tête ni queue,

« 0 belle! à la prunelle bleue!

« Belle que je ne puis nommer,

« Belle qui m'avez pu charmer

UVEl£ I. H

« Par je ne sais qudle lumière ,

« Que vous avez duos la visière*

« Ab ! par ma fui , j'ea suis ravi t .-,

• Maudît soit, si jamais je vi . . ,

« Face qfit m'ail plu davantage»

« La malepesiej-quel visag^! , ,1.

« El que qui vouff regaitlera |

« Sans cligner, impudent sera., . ' .

« Vous sentez la dame divine, ) ^

« J*en jurerais sur votre mine.*.. /^

« Mon nez ne me trompe jamais^. .,• r

« En ce qui sent bon ou maiiva^^ ; .; • ?

« Votre gousset et votre baleine ;, . :>

« Ne furent j^iBiaîs d'Africaine.:

« Ils ont je nesais quoi du cielM.. ; . ^

« Votre boucbe exhale le mjkef. .

« Ou vous êtes une déesse,

« Ou du moins nymphe, ou|e confie

(c Que je puis aussi n'être pas ; ; /

0 Le pieux, messirè ^neas.

« Les vents m'ont en cette contrée'

« Donné malgré mes dents entrée.; .

« Daignez me dire, au nom des Dii&iix,.

ft S'il fait sûr pour nous ^n ces lieUx,^

« Et me faites Thonneur de croire ,

« Qne vous aurez bien de qu,oi bpirÇf »

« Je ne suis pas , en vérité , «t D'une si haute qualité , »

Dit Vénus , a mais votre servante. » , f Ah ! vous êtes trop obligeant^ » , .; Ce dit-iU « et j'en suis coùfus. » / « Et moi , si jamais je le fus, »

Ce dit-elle; et lui de sourire ^

Disant : « Cela vous plait à dire, »

zi L'ÉNÉIDE TRAVESTIE.

Puis sa tête il désa Aubla } Elle ses deux jarrets doubla A lui faire une révérence.

Il fit une circofùféirence Du pied gauche à rentour du Aroit ; Et cela d'un air tant adroit , Le pauvre fugitif de Troie , Que sa mère en pleura de jele.

Enfin, tous ces devoirs rendua A Tun et l'autre si bien dus, D'une boudte sentant Peau rose Elle lui dit : « C'est une cbôse « Ordinaire aux dames de Tyr, « D*aimer la chasse et se yétir « De même que je suis vétde; « De courir à bride abattue, « Et sans faire tant de façons « De vivre comme des garçons.

« Cest ici la terre punique; « Le peuple en est fort colérique , « Qui de Tyr, qu'Agénor fonda , « En cette contrée aborda • Avecque Didon notre reine, « Que la tyrannie et la haine t De son frère Pygmalion « Pire qu'un tîgre, et qu'un lion, « Contraignit de pTîer toilette , « Et de déloger sans trompette « Un pied mal chaussé , l'autre nu , « En ccf rivage peu connu « Les Dieux lui donnent un asile ; « Elle y fait bâtir une ville.

« Si ce n'est vous importuner, c Et que vous vouliez vous donner

La palifpce 4^ m^euiisuir^^ J'aurai pluiâip 4e vous ^ppreu^^ Son {iiia>iriB^ dppt aisément ,, ,. ,^ Ou ferai.t un fort beau rp^fiq^ i^ , . , Volonti^, beU^ Tyrienue^ Et je Touft qoDtorai la mi^fin/ff . , > Qui > je g9C«i oent içaroluf^^ .. j Vaut bien la yd4i«i €$, in^lmej^^,.».

Nous verroQ«i> » répondu 1« jb^. « « ])94op fiit i'épo^u»Q finale . I Vf De râfQrta4B SîcbéiAS .i

A qui , plus traître qnp Br^jyi^^ , , / ffî^^liofk la saoguiuairo t Gonpie il réciwij'^wbréviaûce, ; , D'uncoupd:ai:(H4(b^flàfM«l^. :/ Action d^n^^^d^net» ^ .,; i:^ j-i Fit un trou danslem^^mt^ ,.; ^k!

Son épouse.s'^'^o^Wèrçi; » » j; , En fait Êûre informaUon^. < ^ . . ; Mais 4e çeu§ noire a(;tiafi . . .

Elle i)i')sut a v/Qune ni^i^elle ; ^ Tant je niçur4;rjer infidèle Sut jtenir son. crime seqrejt*. .. .

La pauyreltiB m WJrt ,d^ ^ ^eti, De sestrc^s^es ijoal p«ignéef|w ,, Elle arf fkQbe maiptes po^^n^ns^ Se prend im^ af tr^a InAoeeviSy La Tijge 43Wîti*e^5 8*itt*4# \ Une nui| t^'^Ue^i^M U^^fi Et poulie paii92r« dé^mipeiè)^ . * Elle ie yojtvperQéjfi»ieQU9S^ Et yai^f. %^^t^utr ce pemM épony Qui d'une voûi^ éf^owaiUiMe .

Lui conte Tacte détestable ,

ie l'ênêiDë travësxik*

« Et que son frère avait grand tort' « De l'avoir ainsi mis à mort , « Pensant, par cette injuste voie^ ' « Avoir son or et sa monndiev • '' « Didon lut donna le bon soir, « Parce qu'elle avait' à le voir ^ . fc Une frayeur pas ordinaire. • *'

« Elle dissitfala Tafliaiire, • • ''\ "

<( Et s^assurânt des mécontents ^ ' '^ ' « Prend un b^u jour ai bien ^n temps , « Que tout ce que ce frère injuste - '^ « Avait <fairgent,pisto|e juste, ' ' « El tous ses meubles les plus beaux V '^ tt Chargés en vîn^^t et cinq vaisseaux, ' « Abordèrent en ce rivage "

« Ovi Oidon fait bâtir Carthage. ■ ' ' « Le propriétaire du lieu r: ; - )

«t Ayant eu^ie denier à Dien , ' : " ' « Crut la tromper, et ne lui vendre '^^ * « Qu'autant de lieu qu'en peuteomprend^e « La peau d*un bœuf, tant grand fô^-JI; « Mais Didon, par un tour subtil / '^ tt Fit couper cette peau patr bahdefs ; ^ « El fit le^mesures si grandes;^ i ' \ * « Que sa ville; par ce bon touh,^ ' ' ' " « Maigré^le vendeur eut grantf ibui^:' * ^ « Mais vous à qui-ceci je éolHè'' i *^^ ^^ « Daignez aussi me rendre compte' ' * '^ « Et du pays d*6ù vous ven€iz, ' ^' ^' ' ' tt Et du ckemin que vous t«*nfizi ' i - ' "^ « Dites-moi queites gens vous êtes, ' "* « Qnd est le métfier que Vous-iait^, * ' « Et quelle est la religion ' ^

« Qu'on professe en la ri^f^îon ^- •

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