‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 100 sur 116 · LIVRE VI.' «U · texte numérisé non relu

LIVRE VI.' «U

Ne fera point qui Lier la place,

Quelques vains efforts qu'elle fasse.

Elle cède donc à son Dieu !

Et lors, le$ cent portes du lieu ,

Sans qu'aucun les ouvrît, s'ouvrirent ,

Et ces paroles répondirent :

« O grand Prince , qui sur la mer,

« As eu maint accident amer,

« Et qui t'es tiré nettes bragues

« D'entre maintes vilaines vagues ,

t La terre te prépare aussi

« Mainte querelle et maint souci;

« La terre promise est bien seure ,

« Mais tu maudiras cent fais l'heure , ^

« Det'élre.mis en étourdi -

« En cette terre que je di.

« Là , de ta dague en main serrée

« Mainte taloche desserrée,

« Et ton corps maintes fois bach^,

« Ce qui sera très-grand péché,

« Te fera dire en triste raine,

« Qu'il n'çst point rose sans épine.

• Là, le Tibre qui rougira, ^

t Le Xanihe te ramentevra ,

ff Je dis rougira, non dé honte,

« Car on en ferait peu de compte,

« Mais de sang humain répandu,

« Sorti de maint corps pourfendu.

« Là, des Grecs avec un Achille^

« Comme le défunt pleia de bilç»

« Favorisé d'une Junon,

« Qui ne te garde rien de bon,

« Te susciteront des afïliires, ^ ,

« Qui ne seront pas des plus claires.

Li , rédait i très-piteox poiat, Qai DlfliportaBeras- m poiott Quelles nations , quelles Tilles , De moeors bartiares ou civiles »

Mlras-to , faisant le pleareox , Et pariant d'an ton doucereux , Gomme font tons les misérables.

Prier de t'ètre secourables?

Et la cause de tout ce mal , Antre femme , imberbe animal , Antre malheureux mariage.

Mais il faut avoir bon courage...

Malgré la Fortune un grand cœur De ses malheurs devient vainqueur :

Tu vaincras tout par Tassistance D'autres peuples que Ton ne pense : - Ce seront des Grecs comme ceux Qui t'ont fait d*un grand Prince, un gueux. Ainsi la Sibylle barbue

Finit sa harangue ambiguë 9

Dont , iEnéas dit à ses gens :

« Maudit soîS'je» si je l'entends;

« Que maudite soit Tédentée ! »

Cependant tout inquiétée ,

Car son Dieu fougueux la quittant ,

ly allait bien fort inquiétant y

Elle buria comme une folle.

iEnéas reprit la parole }

« 0 vierge^ qui si fort hurlez ,

« Laissez-moi parler^ ou parlez. »

Aussitôt dit; la forcenée

Fit aux yeux de monsieur Énée

Un pet y un sifflet, et un saut.

Chacun en éclata bien haut,

UVHU YL m

Et lui, n'en faisant que sourire, Se mit tout doucement à dire :

« Je m'attends bien à tout cela « Que vous venez de dire là; « Et s'il m'arrivepis, n'importe, « Pourvu que vous fuissiez en sorte « Qu'en enfer, ce hideux m.inoîr, « Je puisse avoir l'honneur de voir, « Encore un coup, monsieur mon Père, « Par votre faveur je l'espère ; « Car sans vous je ne voudrais pas « M*embarquer dans ces pays bas ; « Mais pour voir mon bon père Âncbise , « Je passerais nud en chemise Au travers de piques et dards , Au travers de mille soudards , De mille donneurs d'étrivières , Quoique je ne les aime guères , Et que, qui me les donnerait, Bien fort me désobligerait.

Mais je lui dois bien davantage....

Il m'a suivi, malgré son âge.

Par tous les lieux où j'ai rôdé , Quoique bien fort incommodé D'une hargne , et si j'ose dire , De quelque chose encore pire.

Je t'aime tant , ce cher papa, Que quand le Grec nous attrapa , Je le portai sur mon échine, Et me sauvant à la sourdine.

Je le mis en bonne santé , Hors* de la ville en sauveté.

En récompense, le bonhomme M*a suivi partout , ainsi comme

4M L'ÉNÉIDK TRAVÈSTIB.

Noos voyons un fidèle chien SuÎTre un maître qu'il aime bien.

An reste, ce n*est point mensonge.

Lui-même me Ta dit en songe, Que sans vons et votre support , Je ne ferais qu'un vain etSbvi , Et qu'en ia demeure enfumée , Je trouverais porte fermée.

Ayez donc, de grdcé, pitié»

D'une si parfaite amitié , D'un si bon fils, d'un si bon père.

Et faites si bien, que Cerbère Ait pour moi la civilité Qui se doit à ma qualité ; Et, comme un mâtin de village, N'aille pas , écumant de rage, Exercer son triple gosier Sur ma peau tendre comme osier.

Si , pour être chantre et poète , Et joueur de marionnette, Orphée, avec son guituron, A fléchi le Vieillard Caron, Et délivré son Euridice, Qu'un serpent fourré de matlice, Avait occis en trahison ; Je puis, à plus forte raison.

Aujourd'hui que littérature Est en fort mauvaise posture , Espérer^ qu'à moi, grand Seigùeur^ • Sera faite même faveur, « Et que j*irai yoir mon boii père.

« Si Pollux l'a pu , je i*espère ; « Et si Thésée aussi l'a pu, « Et le grand Alcide, ils n'ont eu,

Ltvttfi V!. ; ' lè^

« A le prendre par le lignage,

« Sur moi que fort peu d*avantàge;

« Coaiine éiix je suis des Dieux issu,

« La belle* Vénus m'a conçu ,

« Et je puis jurer de ma mère

« Plus hardiment qu'eux de leur peré. »

Voilà ce que le Troyen dît, Et \oici ce que répondit La vieille toute radoucie, Torcbant ses yeux pleins de châtié :

« Enfant de Vénus tant prisé !

« Le chemin d'enfer est aisé , « On f peut entrer quand on Tosé; « Mais d'eh sortir c'est autre chose :

« Peu de mortels des Dieux chéris,

« Bien morigénés et nourris, ' « Issus de très-divine essence,

« En sont revenus sanâ offensé.

« Ces vastes pays sont couverte

« De bois, qui sont noirs, et noû Vérii,

« Que le noir Cocyle environné,

« Dont Teau n!est ni belle ni bonne.

« Mais honobstant ce que je di ,

« Si vous êtes assez hardi

« Pour vouloir la chose entreprènare ,

« Et dans l'enfer deux fois descendre ,

« Quoique ce soit un dessein fou ,

« Et que se casser bras où cou

« Sott action moins téméraire

« Que celle que vous voulez taire ,

« Voici le fidèle conseil

« QuMl vous faut suivre eh cïis pârétl.

« Uh certain pommier , dont les pommés

> Vaudraient bien , au siècle où nous sommet.

^$ L'ËNËIDE TRÀVESTlfi.

« Leur pesant d'or à bon marché, « Dans un bois obscur est caché, « Où, sans une bonne lanierne, « On voit moins qu'en une caverne.

« Op, ce vénérable pommier, « Qui porte un fruit si singulier , « Ne porte d*or fin qu'une branche, « Et sitôt que quelqu'un la tranche, « Il en repousse une autre encor^ « Ainsi que l'autre de fin or.

« D'enfer la Dame souveraine, « Qu'on nomme Junon souterraine ^ « N'aime que ces pommes de prix y « Les autres lui sont à mépris, « Fussent des pommes de reinette ; « Et si quelque tète mal faite, « Si quelque étourdi, quelque veau^ « Pensait, sans ce fatal rameau, « Visiter les provinces sombres , « Il resterait parmi les ombres, « Ayant d'abord été battu « Par le chien triplement télu.

«Sans m'imporiuner davantage, « Allez donc, si vous êtes sage , « Chercher ce rameau précieux , « Employez-y tous vos deux yeux j « Car tout fin qu'on vous croit, peut-être « Nele'pourrez-vous reconnaître, « Eussiez-vous autant d'yeux qu'Argus, « Plus pénétrants, et plus aigus.

« Tout dépend de la Destinée...

« Auirement, monseigneur Énéc, « Cherchassiez-vous jusqu'à demain, , « Une bonne serpe à la main,

UVRE YI. M

« Votre serpe bien affilée,

A Ainsi comme elle était allée, *

« Reviendrait sans avoir tranché

K Ce rameau d'or si bien caché.

« Mais si le Destin vous l'ordonne ,

« Ce rameau fatal en personne

« A vos yeux d'abord brillera,

<c Et votre ipain le cueillera ,

« Comme elle cueillerait sans peine

« Un petit brin de marjolaine.

« Mais au lieu de nfinlerroger, « Vous feriez bien mieux de songer « A mettre dans la sépulture « Un corps qui tend à pourriture, « Un de vos amis roide mon , « Et lequel put déjà bien fort :

« Son âme en est inquiétée, ff Et la flotte tout infectée.

« Allez donc vous purifier, « Et ce grand malheur expier « Par sacrifices salutaires. ' .

« N*allez pas'gâier vos affeires « Pour épargner quelques brebis,

« Et quelques ora pro nobis. ^

« Lors vous pourrez là-bas descendre, « Sans que mal vous en puisse prendre, « Sans qu'on vous dise : qui va là?.. »

Elle se tut, après cela , iGnéas lui tourna Téchine, Faisant une piteuse mine^ Ayant l'esprit embarrassé.

Et de cet ami trépassé , Et du rameau dont la Sibylle Faisait un cas si difïiiilej

L'ÊNÊIDE TRAVESTIE.

Puis il sortit de l'anire obscur , Fort inquiété du futur.

Je suppose que la Cumée Fut en un instant renfermée.

Cependant tout triste et pantois Il 8*en allait rongeant ses doigts } Achatès suivait son ÀUesse »

Laquelle lui disait sans cesse :

« Qui diable est donc cet homme mort, « Qui sent déjà mauvais si fort? »

Acbatès lui répondit : « Sire, « Je ne vous en saurais rien dire, c Je n'en ai rien vu , ni rien su. » Là-dessus d'eux fut aperçu Misénus descendant d'Éole, Couché sans voix et sans parole, Et qui pis est, sans vie!.aussi.

iEnéas le voyant ainsi, Tout prêt de devenir charogne, Dit : « Elle a raison la carogne, « Voilà Misénqs roide mort , « Si par grand bonheur , il ne dort. » Ce Misénus était trompette , Petit homme au nez de pompette, Qui ne portait point de braguîer, Quoique les gens de ce métier, Pour sonner trop fort leurs buccînês Aient besoin de ces machinés.

Il fut le trompette autrefois D'Hector , à dix écus par mois, Et deux paires de bas de chausse :

Et comme à la fin tout se hausse, iEnéas par an lui donnait Deux cents francs, et l'entretenait

UVM VL i*

De souliers, bottes et bottines ,

De clyslères et médecines.

Au resté, ce bon trompelteur

Était aussi gladiateur.

Et se piquait de bonne brette ;

Autant que de bonne trompette;

Heureux s'il eût toujours brelté.

Et s'il B'eût jamais trompette j

Car ce jour-là, près du rivage ,

Sur un roc, chantant son ramage.

Et trompeliant comme un perdu ,

Et faisant si fort l'entendu ,

Qu'aux Triions, les divins trompe<téj(, .

Il osait bien chanter goguettes,

Et les défier au combat ;

Action qui sentait le fat :

Ils laissèrent quelque temps faire

Des fanfares au téméraire ,

Et puis, remplis de mal-talent.

Car tout Triton est violent ,

Avec un grand instrument croche^

Le déguerpirent de la roche , Et firent boire ce grand fou Un peu plus que son chien de sou^ Puis ayant fait ce beau ménage.

Le remirent sur le rivage.

Il fut donc alors question De faire lamentation , Et les obsèques salutaires.

Toutes les choses nécessaires Furent prêles en moir)S de rien , Car ils étaient tous gens de bien , Et chacun sait que matire Énée, Personne bien morigénée ,

^^ L*ËNÉID£ TRAVESTIS.

Ëtait sans faste et vanité, Adoré pour sa cbariié.

Il pleura donc comme les autres , Récita force patenôires , Et puis ce Prince très humain Courut la cognée à la main Dans la furet du bois abattre -, Il en abattit plus que quatre.

Et chacun dit , à haute voix :

0 le grand abatteur de bois!

On fit maints fagois et bourrées , Et bûches longues et carrées.

Sans oublier quelques coierets , Pour en faire un bûcher après ^ Qui brûla le corps de Misène, Afin que son âme sans peine Jouit, en vertu du bûeher, Des privilèges de l'Enfer.

Après cette cérémonie, ^néas en grande agonie.

Poussant mille soupirs ardents, Disait entre ses belles dénis ; « Si ce rameau, cette merveille « Se faisait voir à la pareille « En.q'uelque endroit de laforôt, « Puisque si véritable elle est « La vieille dame , que Mîscne « S'est trouvé mort dessus Tarèoe, « Je me tiendrais plus fortuné « Qu'un homme veuf, ou qu*an aîné. »

Comme il parlait de cette sorte.

Deux pigeons que la plume portç, Se vinrent à lui présenter.

IKîjoie ifse mil à snuler,

Car il les connut a leur mine

Pour être à sa mère Cyprine.

Lors il se mil à les hucher,

Afin de les faire approcher;

Et de plus le bon sire Énée

Tira de vesce une poignée ,

D'une poche de boucassin ,

Qu'il portait à l'endroit du sein ; ^

Chose qui passe la croyance :

Mais telle était sa prévoyance ,

Que jamais sans vesce il n'allait,

Dont le bon Seigneur régalait

Les oiseaux de Vénus la belle,

Quand il était visité d'elle. '

Mais pour vesce , ni huchément

lis n'obéirent nullement,

Quoiqu'il ajouta ces paroles :

« Beau couple de pigeons qui voles,

« Si tu voulais t'aller jucher

« Où je dois la branche arracher,

« Qui doit faciliter l'entrée

« Dans la ténébreuse contrée,

« Où je veux, si Je puis, entrer, '

« Quoiqu'on me puisse remontrer ,

« Je fonderais, par chaque afinée,

« Moi qui m'appelle maître Énée,

« Cent boisseaux de vesce et de pois,

« Qu'on vous délivrerait par mois :

« Et vous, ô ma divine mère!

« Par le secours de qui j'espère

« Devenir empereur romain,

c De grâce, tenez-y la main, »

Inutile fut la «promesse

De ce beau prometteur de vesce.. •

Les vénérables pigeonneaux, De Vénas les sacrés ojjseaux , Sans rabattre un petit coup d'aile.

Fendirent le vent de plus belle ; Lui , se mit à doubler le pas.

Afin de ne les perdre pas.

Or, comme la couple volante Le tenait la gueule béante..

Tête haute et les yeux ouverts.

Il donna deux fois à travers De deux petits monceaux de pierres, Tellement qu'il fit deux parterres.

Hais aussitôt se relevant Il alla toujours poursuivant Les pigeons, qui si bien volèrent, Qu'à tire d'aile ils arrivèrent Où l'air d'Enfer se fait sentir :

J*ai bien peur ici de mentir y Mais Maron écrit qu'un grand gouffre Exhale illec un air de soufre , Pour laquelle odeur éviter, Les oiseaux furent vus pointer Jusqu'en la région des nues.

D'où l6s deux ailes étendues.

Ces pigeons, aux yeux d'iEnéas, Qui de courir était bien las , Vinrent tout à propos descendre Sur le rameau qu'il voulait prendre.

Qui rendait les yeux éblouis Comme un Jacobus ou Louis^ Tant reluisait ce rameau rare!

Messire Maron le compare A la gomme jaune qui luit ^ , Sur la branche gui la prod^it ;

LIVIŒ VI. 4M

La comparaison est faiblelle.

N'en déplaise à si grand poêle ;

devait, en sujet pareil , Mettre luné , étoile ou soleil.

Dieu sait si la branche dorée Du bon Seigneur tant désirée Fut arrachée avec ardeur :

Il Tarracha d'aussi bon cœur , Qu'un chien ou qu'un chat pille ou gvipff Un morceau de chair ou de tripe.

Cela fait, riant comipe un fou', D alla trouver en son trou La vieille Sibylle cumée.

Cependant tous ceux de Tarmée Donnaient la dernière façon Au corps aussi froid qu'un glaçon De Misénus le bon trompette.

De sa charogne putiéfaiie Le sale cuir fut nettoyé.

Et de bonne eau rose ondoyé; On lui releva les moustaches, On lui mit de belles gamaches , Un bonnet de nuit de satin, Dont la coiffe était de quintio »

Un haut de chausses de grisette , Un pourpoint couleur de noisette De belle serge à deux envers^ Chamarré de trois galons verts ; Puis après une houppelande De beau camelot de Hollande.

Un bachelier déjà grison ^

Fit une funèbre oraison^ Puis en l'honneur du misérable , Une chanson très-pitoyable,

456 L^ÉNÉÏDE TRAVESTIB.

Fut chantée au son du tambour, Tournant tristement à Tentour Du bûcher ou bien de la pyre.

Car l'un et Tautre se peut dire ; Autant que la pyre voulut , Cest-à-dire, qu'il en fallut, On y mit de la poix-résine^ De la meilleure et la plus fine.

Maître iEnéas, en pareil cas»

D'argent ne faisait pas grand cas, > Et lors on eût dit que sa bourse Eût été d'argent une source ; Aussi ce Seigneur libéral Ne trouva jamais son égal A bien faire des funérailles.

Aussi bien qu'à donner batailles.

Pour revenir à nos moutons , Quatre hommes en noirs hoquetons, Avant que l'on eût allumée La pyre ci-dessus nommée, Y guindèrent adroitement, Avec un certain instrument, Qu'en français une grue on nomme , Le froid cadavre du pauvre homme.

Sitôt que chacun le put voir , Les pleureurs firent leur devoir.

Il fut, après la pleurerie, Question de la brûlerie ; Des gens marchant à reculons , Le nez tourné vers les talons, Ad rîtum du peuple de Troie , Peu me chaut que l'on ne me croie, Deux à deux vinrent s'approche A cloche-pied du noir bûcher.

Tenant en la main droiie un cierge De cire noire, ei non pas vierge j Au bûcher ils mirent le feu.

Lors la flamme joua son jeu, La pyre est bientôt engloutie^ Celui pour qui Ton Ta bâlie, D'abord par la flumme rôti , Est après par elle englouti, Puis elle s'engloutit soi-même.

Tant sa faim vorace est extrême, El tout le bûcher allumé En moins de rien est consumé.

Et de bois devient feu et cendre Si chaude, qu'on ne la peut prendre.

Mais du vin que Ton répandit, Qu'elle but, et qui l'attiédit, Fit que cette cendre lavée Fut facilement enlevée, Et mise en un tonneau d'airain.

Pour la préserver du serein.

Ce fut un nommé Chorinée, Homme à la face enluminée, Qui mit la cendre en ce tonneau , Et puis qui fit aller de i'eau , Eau luslrale, ainsi que je pense, Sur toute la triste assistance; El puis après, les yeux fermés, Il dit les mots accoutumés En pareille cérémonie.

iEnéas la face ternie, Car le bon Seigneur tant pleura Que sa face il décolora , Fil faire un tombeau magnifique , De pierre de taille et de brique ,

at

En la place où fut le bâcher j Puis, ce qui fut au défunt cher, Fut porté devant ce bon Sire.

Ce fut ce que je vais vous dire :

Sa hallebarde , et son pavois , Dur, quoiqu'il ne fut que de bois. Son échiquier, son trou-madame , Un bourdon garni de sa lame , La tasse en laquelle il buvait , La dague dont il se servait Quand il voulait tuer le monde, L'aviron dont il fendait l'onde, Sa cuirasse, son casque aussi, Ses bottes de cuir de roussi , Et son gagne-pain, sa irompetie, Dont la voix était claire et nette.

Le tout fut si bien arrangé.

Qu'un trophée en fut érigé> Et ce lieu du nom de cet homme , Mont Misène aujourd'hui se nomme.

Cela fait, ce ne fut pas tout :

iEnéas, pour venir à bout De son dessein si difificile , Par les ordres de la Sibylle, S'en alla vers un trou puant, Entouré d'un marais gluant , A couvert du soleil par l'ombre D'un bois épouvantable et sombre.

Ce trou-là que je vous ai dit.

Trou , s'il en fut jamais , maudit , Est l'Enfer, qu'il ne vous déplaise..

Si quelque corneille niaise , Quelque pigeon, quelque corbeau, U n'importe pas quel oiseau ,

Page 1