‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 101 sur 116 · LIVRE VL W · texte numérisé non relu

LIVRE VL W

Sur ce pertuîs pesiilent vole , Il perd le souffle et la parole, le voulais dire ie siffler ; Qui pis est, il perd le voler, Et de cet air infect qu'il perce, Trébuche à terre à la renverse j Que s'il en reçoit quelque ennui, Il ne s'en doit prendre qu'à lui.

Cette mal plaisante caverne Est des Grecs appelée Averne, Et c'est vers ce vilain trou-là Que Messire iEnéas alla.

Quatre bouvards à noire échine, Tous quatre de fort bonne mine.

Bien nourris et morigénés.

Devant lui furent amenés j Un prêtre rasant à merveilles , De vîn leur lava les oreîlles, Puis après le bras retroussé, Avec un rasoir bien passé, Leur rasa l'entre-dèux des cornes , Dont ils parurent un peu mornes , Comme s'ils se fussent doutés, Qu'ils devaient être holocaustes.

Le poil rasé des quatre têtes De ces tant vénérables bêles.

Fut jeté dedans un réchaud.

Ledit prêtre invoque tout haut Dame Hécate aux cieux redoutée.

Autant qu'aux Enfers respectée ; Et puis les quatre pauvres bœuft Furent avec des couteaux neufs Égorgés, dont ce fut dommage.

Des hommes faits au badinage

Reçurent leur sang tout fumant

Dans de grands plais d'éluin sonnant.

Maître iEnéas un coup desserre,

D epée ou bien de cimeterre,

Je ne sais pas des deux lequel:

Mais tant y a qu'il fut mortel ,

Sur le cpu d'une brebis noire

Comme l'encre d'une ccritoire.

Afin d'en régaler la Nuit,

Dame qui n'aime pas le bruit ^

Et la Terre, autre grande dame.

Qu'en pareille affaire on réclame. .

Puis il occit d'un même fer,

Pour la souveraine d'Enfer,

La ténébreuse Proserpine ,

Dé Pluton germaine cousine,

La fille unique d'un taureau.

Incapable de porter veau.

iEnéas fit dresser la nappe

A PJuton, infernal satrape,

Et fit griller, pour cet effet,

Maint intestin très-putréfait.

Cette tripe étant embrasée.

D'huile d'olif fut arrosée,

De pareilles tripes Pluton

Fut toujours diablement glouton.

Sitôt que la pointe première Se discerna de la lumière , La terre se mit à mugir, Et fit pâlir, et non rougir; Tous ceuK qui mugir reiiiendirent, Tous, sans excepter, s'ébahirent.

Et plusieurs Troyens des plus beaux En inquiétèrent leurs honzeaux ;

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Les forêts voisines tremblèrent , Et de pied en cap frissonnèrent^ .'Enéas beaucoup s'effraya , Car plus d'un mâtin aboya Aux approches de la Déesse; Et lors la vieilie prophétesse , Parla, ce dit Virgile , ainsi :

« Vilains profanes, loin d'ici, « Au moins une lieue à la ronde, « Ou que le Destin vous confonde!

« Et quant à vous, mon bon Seigneur, « Montrez si vous avez du cœur. »

Aussitôt dit, la Sibyllotte Se précipita dans la grotte :

iËnéas la voyant dedans, Prit son fer à donner fendans.

Et quelquefois aussi des pointes, .

Le tenant avec les mains jointes, A cause qu'il était pesant.

Et qu'il priait chemin faisant^ Puis suivant sa guenon de guide.

Entra dans la grotte intrépide.

Dieu , qui des pays souterrains Êtes les seigneurs souverains, Et qui régnez en ces lieux sombres Sur les morts qu'on nomme les ombres Qui parlent moins que des Chartreux;

S'il est vrai ce que l'on dit d'eux, Que votre obscure Seigneurie, M'accorde ce dont je la prie :

C'est , en mes ridicules vers , De dire, à tort et à travers.

Tout ce qui me vient à la tête; Et si quelque fat, quelque béte,

46t L'É-NÉIDï: TRAVESTIE,

Dit qae j'ai Mnron perverti, Trouvez bon qu'il en ait menti.

Nous avons laissé maître Énée, L'àme étrangement étonnée.

Le pauvret hasardait ses pas En lieu qu'il ne connaissait pas Tenant sa vieille par sa queue Disons-la de ratine bleue , Car pour bien rimer il le faut.

Ce Seigîieur donc en grand sursaut, Marèhait la queiie entre les jaml!)es Et faisant force pas ïambes , .

Cela veut dire brefs et longs; Tantôt marchant sur les talons De la prophétesse ou sorcière, Tantôt donnant en son derrière.

De son nez qui très-long était, Tout autant de fois qu'il buttait, Butter et broncher Tun vaut Tautre.

Mais reprenons le discours nôtre, Et faisons, comme de raison, Ici quelque comparaison.

En cet endroit ici, Virgile Dit qu'iEnéas et la Sibylle Avaient l'esprit bien agité j Et compare l'obscurité Qui leur offusquait la prunelle, A la Lulie, alors que nouvelle.

Un brouillard qui Tair épaissit , La rend blafarde, ou l'obscurcit; Ou bien à la nuit, quand obscure Elle rend tout d'une peinture.

Rien ne saurait être mieux dit; Et cenéatimoins, moi, petit

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