LIVRE VI. A
Au sort les mâles et femelles , Autant les beaux comme les belles, Les magots comme les guenons, Selon que se trouvaient leurs noms; Ceux qiii ne rencontraient pas chance, S*en allaient servir de pitance Au fils dé la femme à Minos Qui les rongeait jusques aux os.
Vis-à-vis rîle de Candie , Peinte de cette main hardie.
En pleine mer se faisait voir :
Celle qui contre le devoir D*uae Reine femme bien sage Prit monsieur Bœuf en mariage.
Là, Maron, sauf correction , En fait trop longue mention.
Tu serais aussi , pauvre Icare , Placé dans cet ouvrage rare, Si ton père songeant à toi , N'eut laissé tomber hors de soi Et les pinceaux et la peinture; Piteuse fut ton aventure, Et ta cire qui se fondit.
Mauvais office te rendit.
Maître iEnéas sur cet ouvrage Se fût amusé davantage, Car il s'amusait volontiers , Et passait les jours tout entiers A faire des châteaux de cartes, A coller de vieilles pancartes , Dont il formait de grands dragons.
Retenus par des cordeaux longs , Qu'il laissait aller dans les nues, *
Et quei'on prenait pour des grues ;
ISS rÉNÉIDE TRAVESTIE.
Enfin il était vétilleur Ce lani renommé batailleur, Et souvent feu son père Ancbise , Lui faisant une mine grise , Avait prédit tranchant le mot.
Qu'il ne serait jamais qu'un sot y Mais il se trompa le bonhomme , Car ce grand fondateur de Rome, Au moins celui d'où sont sortis De la louve les deux petits »
Qui de louveteaux se rendirent Rois des Latins qu'ils asservirent; Ce fondateur de Rome donc, Fut grand homme s*il en fiK onc.
Or, je vous ai dit tout à Theure, Qu'il eût fait plus longue demeure A considérer les tableaux ; Ses gens, la plupart jeunes veaux, S'amusaient ainsi que leur sire,
A les regarder sans mot dire, Quand maître iEoéas arriva , Qui par vives raisons prouva , Que c'était acte de caillettes , De regarder marionnettes.
Lorsque le temps presse, et qu'il faut Battre le fer quand il est chaud.
Puis la prétresse Déiphobe, De peur de choir troussant sa robe.
Vint dire au beau fils de Vénus, Ces mots que j'ai bien retenus :
a 0 monsieur le patron des sages, « Ce n'est pas parmi des images a Qu'on trouve un royaume gralit.
« Pour contenter tels appétits ,
UVRE VI. i'^
« Il faut bien une ame plus forte, « Il faut bien agir d^autfe sorte :
« Laissez, laissez donc ces tableaux, I» Et donnez Tordre pour huit veaux, ^ « Et huit brebis que je demande , « Pour faire pour vous une offrande. » Aussitôt dit, aussitôt fait.
La prêtresse en voix de fausset ; Devant la porte de Tëglise , Hucha fes gens du fils d*Ânchîse.
Un antre profond où le jour N'entre non plus que dans un four, Est d'une manière rustique Taillé dans la roche Euboïque.
De ce noir antre cent conduits Vont aboutissant à cent huis.
Par lesquels la sainte interprété Quand on l'interroge caquette.
Il n'arriva pas plus tôt là , Avec grand respect , que voilà Madame renthousiasmée, Qui dit d'une voix enrhumée Voici le temps d'interroger. , .
Lors on la vit toute changer, El sa fureur, quoique divine, La fit de très-mauvaise mine.
On vît le fond de ses naseaux ; ' Ses deux yeux passablement beaux Devinrent des yeux sans prunelle.
Sa chevelure devin t. telle Que les pointes d'un hérisson , ^,
Et perdit son caparaçon; Sa face devint cacochyme.
Et son teint, de pâle minime.
A49 L*£!f£U)I TAAVfiSTIt,
J*ai SU depuis deux ans, en çà.
Que dessous eile^ elle pissa.
Sa bouche se couvrit d*écume ;
Son poumon par ce divin rhume
Fit sa poitrine panteler.
Et soupirs sa bouche exhaler,
Qui tenaient du rot quelque chose ;
Mais sa fureur en était cause.
De plus on la vit à l'instant
Croître d'un pied et d'un empan ,
Et sa Toix fut toute changée»
Bref, elle fut comme enragée.
Le grand Dieu dans son cprps fourré.
Dans elle ayant tout altéré,
Voici ce que la forcenée
Dit au bon Seigneur maître Ênée :
« ^néas, fais ton oraison,
« Autrement la sainte maison
« N'ouvrira pas la sainte porte. »
Lorsqu'elle eut parlé de la sorte ,
Le plus hardi des assistants
Eut les membres très-palpitants,
Et fut près, forcé par la fièvre,
De gagner les champs comme un lièvre ;
Mais pas un n*osa détaler.
Entendant leur maître parler :
Voici ce que dit le beau sire ,
Sérieusement et sans rire :
« r'flœbus, qui de notre Ilion
« Pris toujours la protection )
« Qui guidas la flèche mortelle
« De Paris franche demoiselle ,
« Si bien qu'iEadde le fort
« Par ce mignon fut mis à mort :
LITRE YI. 4M
a Par maintes mers, dont les rivages,
a Nourrissaient maints penples sauvagesj
« Sous ta conduite j'ai couru,
« Dont j'ai f esprit un peu bourru ;
« G'e^i trop courir et ne rien prendre,
« Et pour rien trop longtemps attendre 5
« Car j'estime un peu moins que rien
« Ce pays , qui , comme le chien
« Qu'avaif? défunt Jean de Nivelle,
« S*enfuit alors que je rappelle.
« Le voici pourtant attrapé ,
« Après s*être tant échappé :
« Maisr, ma foi, s'il s'échappe encore,
« Fussiéz-vous, grands Dieux que j'honore,
« Mille fois Dieux plus absolus ,
« Je ne vous honorerai plus...
« Sansy mettre beaucoup du vôtre,
« Vous pouvez bien au peuple nôtre
« Pardonner, et vous ferez bien ,
« Et l'acte sera très-chrétien.
« Sf vôtre colère sans bornes,
« Pour un seul qui planta des cornes
« Sur un front qui le méritait,
« Sans cesse nous persécutait,
« Le Destin, qu'on tient si grand Sirè,
« Y trouverait bien à redire.
«r II a fait entre -vifs un don ,
« D'un pays plantureux et bon,
« A notre nation trovenne;
« Il faut bien que la chose tienne,
« Ou contre la donation
« Je ferais imprécation.
« Loî-s, ô Phœbiis porte-lumière I
« Et loi, su sœur Tarquebusière,
M3 L'ENÉIDE TRÂVESTDS.
c De temples richement bâtis , « Où l'on pourra prier yratù, « Vous serez guerdonués au large; « Gens bien entendus auront charge « De faire des jeux de renom , « Qui porteront votre saint nonu « Et toi y madame la Sibylle»
« A tourner le sas tant habile; « J*ai pour toi des présents aussi, « Qui ne sont pas concî-couci, « Mais tels que tu seras contente; « Pourvu que contre mon attente, « Tu n'aillés d*un langage obscur « M*emraascarader le futur, « Ou bien sur des feuilles m*écrire « Les choses que tu me dois dire } « Mais écris- les sur parchemin, « En beau caractère romain; « Ou chante-les-moi comme une ode, V Sur quelque beau chant à la mode. »
La vierge^ tandis qu'il priait.
Diablement se diablifiait , Id est, valdè; dans sa poitrine Elle avait bataille intestine Avec son Dieu , qui de son corps S'étant emparé des ressorts.
Lui faisait avoir la posture De ceux qu'on met à la torturé; Tant qu*afin de l'évacuer.
Ce Dieu qui la faisait suer, La pauvre vierge possédée Frétillait en dévergondée.
Mais ce corps si bien démené.
Au Dieu dans elle cantonné