‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 110 sur 116 · LIVRE VI. *8t · texte numérisé non relu

LIVRE VI. *8t

« N'est-ce point qu'en enfer on pince

« Aussi bien sur la peau d'un Prince

« Que sur qiteique autre moindre peau?

« C<;la ne serait guère beau.

c Je t'ai cru mort comme maints autres

« Dans la destruction des nôtres»

« Et si bien mort que je t*âi fait

« Un vain tombeau pour cet effet ,

« Auprès du rivage Rhœtée,

« Et dont la mémoire est restée* »

Il se. tut après qn*il eut dit.

Voici ce qu'on lui répondit :

c Je vous suis, Monseigneur et Matt^6»

c Obligé ce que Ton peut être ; « Vous vous êtes bien acquitté « Des devoirs de la piété, « Et vous ne devez jamais craindre , • « Que de vous Ton m'entende plaindre, c Je suis mort par la trabison « De la misérable guenon c Que partout on nomme Lacène; « Que le diable d'Enfer l'entraîne « La viljine dame de mal ; « Or ce irès-élrange animal « Bête à loup, fatale furie ^ « A ma malheureuse patrie, « Et qui par les mains d'un bourreau « Doit fînir au bout d*un cordeau ^ « Quand par un trou de la muraille « Le cheval à l.i riche taille « Entra dans Troie, et nous perdit; « Cette adultère, que j*ai dit, « Qui savait bien la manigance»

« Sur une tour fit une danse ,

Me L'ÉWÉIDE TRAVESTIE.

Et SOUS ombre de piéié, Par lin flambeau , doni la clarté Servit aux ennemis de signe, Nous trahit, la carogne insigne, Se promettant que son cornard Prendrait la chose en bonne part.

La nuit que J'étais auprès d'elle, Voyez un peu quelle infidèle!

Me voyant de mes sens privé, Sous ombre d'aller au privé, Elle emporta mon cimeterre, Puis, elle courut à grande erre Aux ennemis ouvrir mon huis; Dieu sait, se voyant introduits, Si ces faux vilains m'épargnèrent, Vous voyez comme ils me traitèrent; Et par là, vous m'avouez bien Que femme ne vaut jamais rien.

Mais vous , incomparable Énée , Contez-moi votre destinée; Est-ce fortune ou désespoir , Qui vous met en ce pays noir? »

« Ce n'est, dit-il, ni l'un ni l'autre, C'est pour parler au père nôtre; L'ayant vu, je ne pense pas.

Qu'on me revole au pays bas.

« Je me déplais parmi les ombres, • Et je hais les demeures sombres. »

Cependant qu'il disait ceci, L'Aurore au teint d'amant transi, Du blondin Phœbus la fourrière , Avec sa blafarde lumière, Dissipait le nuage épais, Dont la nuit noire comme jaû

'* LIVRE Tl. *••

Obscurcissait l'espace vide.

Qui sépare la terre humide

D'avec la céleste maison,

La vieille eut, comme de raison,

Grande peur que Messire Énée

Ne causât toute la journée.

Et partant le temps limité, *

Faute d'en avoir profité,

Ne se passât à ne rien faire :

« Ceci soit dit sans vous déplaire,

« Il ne fallait pas tant oser

« Pour venir seulement jaser :

« Finissez votre jaserie,

« Et considérez, je vous prie ,

« Si c'est pour faire le piteux

tt Que nous sommes ici tous deux,

« Ce cbemin qu'à droite on découvre

« Droit comme un fil, conduit au Louvre

« Qu'habite le seigneur Plulon j

« L'autre à la geôle, où maint glouton

« Pour avoir fait des cas atroces,

« Est par des bourreaux bien féroces

« Tourmenté le jour et la nuit. »

La vieille ayant fait tant de bruit :

« 0 vieille patronne des gaupes,

« Je rentre au royaume des taupes,

« Ne fut-ce que pour ne voir pas

« Votre visage de choucas. »

Déipbobe, la chose dite

Se mit habilement en fuite;

Car la vieille qui s'échauffait,

Infailliblement le coiffait

De Tune et l'autre de ses pattes ,

Sans doute aussi larges que plates.

AM L*ÉN£n)E TRAVESTIE.

Le chemin qui mène au manoir

Du roi d'enfer, Pluton le noir,

Est celui des Champs-Elysées ,

Où les âmes moralisées »

Ou pour parler plus nettement,

De ceux qui bien moralement

Se sont gouvernés en ce monde ,

Logent, sans trouver qui les gronde.

Sans y trouver de grands parleurs.

De créanciers, d'eslocadeurs»

De faux diseurs de patenôtres,

Gens qui font enrager les autres,

Dont ici bas les gens de bien ,

A mon gré se passeraient bien.

Des cris, qui ne sont pas de joie.

Se font entendre en l'autre voie :

£néas y jetant les yeux.

Vit un Fort, ample et spacieux.

Qui situé sur une roche,

Etait de difficile approche;

Des bastions de diamant

Le foriifiaient diablement ;

Les Dieux du ciel aut*aient beau faire,

lis n'y feraient que de Teau claire.

Quand bien la charge ils doubleraient

AuxtonneiTcs qu'ils liriTaienu

Phlégéton, un fleuve de soufre.

Court ù l'eutour, creux comme un gpuCEre,

Et roule à Tentour du bi'asier.

Au lieu de sable et de gravier.

Une tour qui flanque la porte

Si hante, où le diable m*empor(e

Qu'elle atteint au plancher denfisr»

Est toute d'acier et de fer j

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