LIVRE VI. Wl
Tîsiphone en est la ponière, |
Carogne aussi superbe et fière
Que le porlier d'un favoi:i 5
La \ilaioe jamais n*a ri ,
Et sans, cesse d'une massue i
Sur quelqu'un quelque grand coup rue. |
Elle n*a qu'un court hoqueion , !
Pour mieux jouer de son bâton;
Et sa chemise de sang teinte,
D'une chaîne de ï^v est ceinte ,
Faite en cordon de saint François,
Dont la méchante, à chaque fuis
Que quelque âme là-dedans entre,
Vous me la frotte dos et ventre;
Tant sont fâcheux les accidents
Et de la porte et du dedans-
Le bruit des grands coups qui se donnent.
Et des élrivières qui sonnent ,
Se mêle avec h s hurlements
De ceux qui sont dans les tourments.
iEnéas eut Tame étonnée Du bruit de la troupe damnée, Et des grands cris qu'elle jetait j Il demanda ce que celait.
La vieille lui répondit : « Sire,
« Je m'en vais à peu près vous dire
a Tout ce que j en ui pu savoir.
« Quand Hécate me (il avoir,
« Comme à sa serv;inie ancienne,
« Dans la forêt Tarlariennc,
« Droit de chasse , cl de me cbouffery .
0 Et riniendancede l'Enfer,
« J*acquis de toute diablerie
« La pratique et lu ibéorin.
40S L'Éx\£lDE TKàVESTIK.
Le grand et peiit Châlelet N*ont rien de funeste et de laid Auprès de ce château terrible , Aux gens de bien inaccessible.
Radamanthe, effroyable à voir.
En jaquette de bongran noir, Sur son siège de fer préside; One ne fut juge plus rigide; Les commissaires d'aujourd'hui Sont des moutons auprès de lui, Quoiqu'en matières criminelles Nous ayons de doctes cervelles.
Quoiqu'il juge en dernier ressort Il ne juge personne à mort.
On ne voit que rouer, que pendre, Qu'écorcher, que scier, que fendre; Ceux que Ton a précipités Sont bientôt en haut reportés Pour refaire encor la culbute; Aux malheureux que Ton charcute Revient une nouvelle peau, Pour les charcuter de nouveau ; Là, le feu qui rien ne dévore.
Ayant brûlé, rebrûle encore; Aussitôt que Ton est grillé.
Dans de l'eau froide on est mouillé, Et puis l'on remet sur la braise Oti l'on se sèche tout à l'aise.
Les bourreaux de ces malheureux N'ont guère meilleur marché qu'eux ; L'impitoyable Tisiphone D'un vilain serpent sur eux donne, Et ce gros diable de serpent Toujours leur donne un coup de dent }
LIYRË Vt. 401
Ses sœurs, aussi méchantes gouges , Et de serpents , et de fers rouges , Frappent infatigablement, Hurlant sans cesse horriblement.
Qui pis est, les méchantes raillent A chaque horion qu*elies baillent.
Ce juge criminel d'Enfer, Vrai cœur de bronze, ou bien de fer, En veut surtout aux chaitemites :
Aux hommes faux, aux hypocrites, Quand il en attrape quelqu'un, De leur chair il fait du petun :
Et ce petun le déconstipe.
N'en aurait-il pris qu'une pipe. »
Comme la vieille caquetait ,
Et que le Troyen récoulait ,
Le$ portes du château s'ouvrirent.
Et le secret en découvrirent.
Lors, la vieille : « Voyez un peu
« Cesbétes vomissant du feu.
Elles sont les cinquante téies De la plus horrible des bêtes, D*un grand hydre, la garnison De celte infernale maison.
Remarquez bien de quelle sorte Il défend le seuil de la porte, El s'il manquait à son devoir, Gomment aurait-on le pouvoir D'entrer dedans sans dire gare?
Puis que le fleuve du Tarlare Dans le fond d'un goufîre, aussi creux, Qu'est distant de ces lieux affreux Le ciel où Jupiter habile.
Comme un torrent se précipite,
A04 L'ENÉIDE TRi^VESTIE.
c Et puis s'étanl précipilé,
c En son comme ressusciié.
c Épouvantable est la cascade ,
t Et qui pourrait d'une enjambade
« La passer sans tomber dedans,
c Prendrait le ciel avecles dents j
« El serait pure rêverie
c De croire que par galerie
« Un SI large et profond fossé
« Peut aisément être percé.
« Là, les fiers enfants de la Terre,
« Pour avoir fait au Ciel la guerre,
c Sont cent pieds sous terre enfoncés,
« Et puis aussitôt rehaussés.
« Les Aloïdes, âmes Gères,
« S'entre-donnent les éli ivières,
ft Et Salmonéeesi péiardé :
a Ce brutal, sur un char burdé,
« Moitié pétard, raoiiié fusée,
« Par toute la Grèce abusée,
« Ayant contrefait les éclairs,
« Et les canonnades des airs ,
« Dépensa lout son fait en poudre^
« Le roi du ciel joua du foudre,
« Et ce fanfaron abusé,
« Aux yeux de tons fut écrasé.
« Là, le grand diable de Tiiye,
« Masse de chair fort mal bâiie,
a Couvre de ses membres pesants
« Un espace de neuf arpentS)
« Un furieux oiseau de proie
a Sans cesse lui ronge le foie,
« Mais quoîqu*incessamment rongé
« Il ne sera jamais mangé.