‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 112 sur 116 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« Ixion hurle sur sa roue;

a Pirilhoûs perd ce qu'il joue,

« Ce qui le fait bien enrnger.

t Tantale enrage de manger;

« De mets friands sa table on couvrej

« Ausiiiôi que la bouche il ouvre

« Pour en manger son chien de sou ,

« Crac, ils s'en vont je ne sais où ;

« Sa faim croît, les viandes reviennent,

« Sur leurs gardes elles se viennent,

« Et disparaissent de nouveau ,

« Quand il penseen prendre un morceau }

« Si bien, qu'enragé, maigre et blôme,

c II fuit un éternel caiôme,

« Quoiqu'il croie avec tant de plats

« Eire toujours au mardi -gras.

« Près de lui, sont les parasites,

p Rongés lentement par des mites.

« Ceux qui haïssent leurs parents,

t Les pèies et mères tyrans 5

<c Les enfants qui battent leurs pères»

m Rencontrent là des belles-mèresj

« Belle-mère est un animal,

« Qui plus qu'un diable fait du mal;

« El je croirais bien qu'un beau-père

« Vaudrait bien une belle-mère ;

« Et je n'estime guère plus

« Les beaux- frères^ gendres et brus;

« Qui le sait par expérience

« A bien besoin de patience.

« Ici je dirais long et bien...

« tdais personne n'en saura rien.

« Le juge qui vend ses pailles ,

« Outre qu'il est frotté d'orties ,

On fait éclaier à ses yeux

De beaux ducals, qui sont ses Dieux;

Comme il pense emplir sa pochette,

On lui donne d'une baguette

Sur les doigts, dont le seing fatal

Selon Targent fait bien ou mal.

Son corrupteur qui ne vaut guère.

Est puni de même manière j

Quand un coup il a desserré»

Il eii reçoit un bien serré,

Et l'autre reprend tout à Theure

L'argent comptant dont on le leurre.

En est-il saisi ? on lui prend;

Donne-t-il un coup? on lui rendj

Tous deux sont frappés, tous deux frappent»

Tous deux perdent ce qu'ils attrapent }

Ainsi leur tourment sans cesser

Est toujours à recommencer.

Celles qui commettent les crimes

De mêler les illégitimes

Avec leurs justes héritiers,

Sont, avec les banqueroutiers,

Dans un feu jusqu'à la ceinture,

Se déchirant à coups d'injure.

Ceux qui d'une succession

Se mettent en possession

Sans en faire part à leurs frères»

S'entre-donnent là des clystères

Où n'entre point du lénitif , « Mais du feu gréjgeois corrosif.

« Les mauvais conseillers des princes, « Les désolateurs de provinces ; « Les méchants ministres d'État , « Autant le malin que le fat ;

UYM ▼*. f»^

« Les factieux des grandes villes ; • Les aateurs des guerres civiles; « Les uns sont tout vifs empalés « Et les autres écartelés ^ « Qui , d'une potence est la branche»

« Qui , comme en Turquie à la guanche, « Qui, roué de coups de bâton, .

« Qui , sent le gigot de mouton « Sur un gril comme une saucisse; « Enfin , chacun a son supplice, « Les uns plus, les autres pas tant»

« Selon que chacun est méchant.

0 Là , Thésée est sur une chaise, « Ainsi que moi , mal à son aise, « Outre que son malheureux q « Faute de chair est fort pointu, « La chaise mal faite^ et durette, « De trois de ses pieds a disette* « Pour vous montrer que je puis bien « Changer un vers en moins de rien ; « La chaise aussi dure que roche , « îN'a qu'un pied , et ce pied-là cloche. « Le voici d'une autre façon, ^ « Tant je suis un joli garçon :

« lja chaise brûlante et très-dure « N'a qu'un pied pour toute moulure; « Elle trébuche à tout moment , « 11 la redresse promptement ; « Â-t-il remis le cul sur elle , « Patatras, il choit de plus belle.

a Phlégyas fait là des sermons « Outre qu'ils sont mauvais , fort longs, « Comme ceux qu'on fait au village ; « Personne n'écoute , il enrage ,

4M • L'ÉNÊIDE TRAVESTIE.

« Il s'égosille de crier , « Chacun a peur de s*cnnuyer, « Et s'enfuii en faisant la moue^ « Il pousse sa voix, ii s'engoue, « Prônant à ces malicieux :

« Soyez justes, craignez les Dieux!

Cette sentence est bonne et belle.

Mais en enfer de quoi sert-elle?

Faire là des sermons si beaux C'est donner des fleurs aux pourceaux.

Celui-ci vendit sa pairie; Celui-là , voyez, je vous prfè', Pour de l'or fabriqua des lois Qui mettent le peuple ^ux abois.

Certes 9 pour bien «onter les choses » Qai dans cet enfer sont encloses »

Pour en dire tous les tourments , Il me faudrait plus de cent ans, Plus de cent langues éloquentes , Comme des clairons éclaianies, La voix comme un bruit de canon , Et rhaleine des aqtiilons.

La vieille, après colle hyperbole, Pour un temps perdit la parole, Et puis ayant fait un hoqtiët , Reprit en ces mots son caquet:

« Voilà, mon bon seigneur Énee, « Tout ce que de la gent damnée « Je vous dirai pour le présent ; « Venez faire voire présent, « Je vois déjà les murs de fonte, « Comme un livre ancien raconte, « Que les cyclopcs ont bàlis, « Qui n'étaient pas des apprentis j

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