‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 18 sur 116 · LIVRE T · texte numérisé non relu

LIVRE T

OUfS'il Veut y une houppelande.

Chacun de la troyenne bande

Eut aussi de dame Didon

Quelque assez bonne nippe en don.

Chaque dame eut une hongreline,

Avec sa jupe d'ëlartine ;

Et chaque homme un grand jumaôcor^s

Piqué d'un fort beau fil retors ,

Et rebrodé d'une pistaigne.

Cependant pour son fils Ascaigne ,

Encore qu'il ne fiit pas loin ,

^flnéas était en grand soin.

Il pria son fidèle At^hate

De Taller trouver à la hâte , Monté sur un vite éléphant, Afin de réjouir l'enfant, '

Et lui faire part des nouvelles ; Et que des nippes les plus belles *

Qu'il avait dedans son vaisseau.

Il apportât tout le plus beau , f Pour faire aussi quetque largesse; »

Afin que leur courtoise hôtesse Connût quelles gens ils étaient.

Et de quel bois ils se chauflRiient.

Voici , si j'ai bonne mémoire ,- • î

(Quiconque ne le voudra croire • • Prendra la peine d'en douter), ' » - Les dons qu'on devait apporter, •

Par Tordre du fameux Énée ; Quand sa ville fut ruinée, • •

Qu'il avait garâniis du feu , •

En suant , non pas pour nn peu , Une robe de mousseline Que Léda de sa main divine

74 i;énéidb travestie.

Depuis si longtemps fabriquait, Et qu'elle avait mise en paquet; Un merveilleux et riche voile , Encor qu'il ne fût que de toile, Si précieux pour sa façon Qu'il valait d'un roi la rançon.

^néius , d Hélène la belle Avait au jeu de la mérelle , D'autres disent au quinola.

Gagné ces belles nippes-là.

D'Hécube les chaussons de laine Et le verlugadin d'Hélène ; De Priam la peau de vautour; De fines perles un beau tour Que portait la belle Ilione , €omme aussi sa riche couronne;, La béquille de Priamus ; Le livre de ses orémus ; Unalmanach fait parCassandre, Où Ton ne pouvait rien entendre»

La perruque d'Andromachat Quand de noir elle se toqua.

Voyant la moitié de son âme Hector, rois à mort par la lame D'Achille, en la fleur de ses ans.

Voilà tous les riches présents Que destinait à dame Élise Le généreux enfant d'Anchise.

Mais cependant ne s'endort pas La dame qui tant a d*appas Qu'elle peut à crédit en vendre.

Il est bien aisé de m'eniendre.

C'est Vénus dont je veux parler.

Elle fait dessein de mêler

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Parmi les riches dons d'Énée» Quelque ruse d*âme damnée; Elle sait que les Tyriens SoDt pour la plupart i^auriens^ Gens sans honneur et sans parole:

Et de plus, que Junon la folie, Dont la tète est près du bonnet.

S'est donnée au diable tout net , De faire aux Troyens pis que pendre , Sans jamais se lasser, ni rendre.

Pour empêcher un tel dessein, Qui ne part pas d'un esprit sain , La bonne dame Cyihérée,

La chose bien considérée ,

Trouva que son fils Cupidon

Pouvait en donner à Didon,

Si très-avant dans la poitrine ,

Et l'embraser d^amoursi fine.

Que la pauvrette ne pourrait ,

Quand Junon lui commanderait.

Faire du mal au sieur f.née ,

Qui tiendrait son âme enchaînée.

Il est vrai que pour cet effet'

Cupidon était son vrai fait,

Quoiqu*enfant, quoique Dieu céleste ^

Une très- dangereuse peste.

Et qui brûle, dont j*ai pitié,

Du monde plus de la moitié.

La bonne Dame dé Cythère^

Avec autorité de mère.

Fit donc appeler Cupidon.

Ce petit Dieu porte-brandon

Fut trouvé qui trempait ses flèches.

Dont les fers sont vives flammèches ,

:,i L'KM^IDK TRWESTIE.

Dans de Tessence de cliagrin , De laquelle il ne faut qu'un grain Pour rendre une âme forcenée , Presque auiant qu'une âme damnée.

Voyant sa mèVe il s*inclina , Demi-livre elle lui donna De sucre, faute de dragée, Qui fut eh peu de temps mangée.

Le friand en avalerait Un pain , qui le lui donnerait.

Voici ce que lui dit sa mère :

H Puissant enfant, d'un puissant pèi (^ , « Qui prises bien moins qu'un chiffoji « Les dards dont fut tué Typhon , « Et qui des tiens sur les fressurf's « Fais tant d'incurables blessures { « Tu sais fort bien comme Junon, « Qui ne fit jamais rien de bon , « Persécute iEnéas le pie ; « Tu sais bien que cette harpie , « En dépit du monde fera « Contre lui ce qu'elle pourra.

« C'est une dangereuse bêle; « On doit tout craindre de sa tél(;?

« Mais j'espère par ton moyen « Que je l'en garantirai bien.

. K Je te demande une journée « Pour le salut dû pauvre Énée.

« Il fait apporter à Didon « Par son filiâ je ne sais quel don ; « Je veux que tu prennes sa formç, « Je ferai cependant qu'il dorme « Dans mon palais le long da jour, « De crainte que, jouant le tour

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« Dont je veux abuser Élise,

« Par sa rencontre il ne nous nuise!

« Tu porteras donc ces présents

« Qui lui deviendront bien cuisants.

« Mets-lui le coquéiisrae en tête ;

« Fai^ surtout que tout soît honnête ^

« Il est bien aîsé sans pécher, '

« De \m rendre iEnéas bien cher. '

« Si la dame est bien assenée,

« Elle aura plus de èoin d'Énée

« Que de la prundle de Vœ\i ,

« Et Junon eti mourra de deuil, . '

« Par toi je règne dans le monde !

« En toi tout mon espoir se fonde ^

« Si tu me sers fidèlement,

« Je te le dis sincèrement ,

« J'augmenterai ton équipage

« De deux estafiers et d'un page... ,

A peine avait-elle tout dît, Que le Dieu ses ailes défit , Et parut aux yeux de sa mère, Tout semblable au fils de son frère, Que la Déesse en un instant ( Un mortel n'en ferait pas tant) Kn moins d'une heure d'horologe, Alla trouver dans une loge, Que les Troyens, vrais gens d'honneur,.

Avaient bâtie à leur Seigneur, De laquelle ils gardaient l'issue.

La Dame , sans être aperçue , ' Subtilement l'escamota , Et dans Cythère le porta , Laissant Cupidon à sa place, Ayant et sa taille et sa face.

Pour Ascaigne , elle rendormit D'un certain charme qu'elle fit , Les uns disent d*un dormiloire.

Les autres, en le faisant boire

Un peu plus qu'il ne faut de vin ; Si bien que dans ce lieu divin, Couché sur fraîches violettes, Sans penser beaucoup à ses dettes Il s'endormit comme un pourceau , Ce qui n'était ni bon , ni beau.

Cependant qu'il dort et qu'il ronlle.

Le bon Achatès qui se gonfle D'orgueil et de.présomption, De sa belle commission , A tant fait par ses enjambées , Qu*avec les hardes dérobées , Auprès d'Ênée il s'est rendu.

Il eût bien plus fait l'entendu, S'il eût bien su qu'au lieu dlule, 11 menait le grand Dieu qui brûle.

Les cœurs , sans fagot * ni cottret , Et qui n'a qu'à piquer d'un trait ^ Pour faire porter la marotte Au plus raisonnable Aristote.

Dieu me garde, moi qui le dis^ Des coups d'un pareil étourdi.

Cupidon reçut de son frère, Toutes les caresses d'un père, Fit la révérence à Didon Qui reçut les nippes en don.

L'heure du souper étant proche.

Tout le monde au son d'une cloche Dans une salle se trouva.

£née avec Didon lava ;

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Didoa en habit magnifique, Se mit sur un lit à l'antique } yEnéas se mit vis-à-vis »

Lui tenant gracieux devis ; Ayant attachée en bavette Sous le menton sa serviette.* Il était si propre, dit-on.

Qu'il n'eût pas pour un ducatôn , ( Grand signe didtention nette ) Voulu rien manger sans fourchette.

Et ne se fût pas abreuvé Dans quelque verre mal lavé , Sans faire cent fois la grimace , Quoiqu'au détriment de sa face; Enfin ce généreux seigneur Etait un vrai homme d'honneuf • Cent gracieuses chambrières Allaient aveé riches aiguières Criant partout: qui veut de Teàu?

L'ordre du festin étuit beau, La viande était bien préparée Et la salle bien éclairée.

Un chacun étant alité, Didon dit benedicile^ Puis on joua de la mâchoire; Aucuns commencèrent pnr bohre ; Didon, comme on fait par deçà , Par le potage commença, ^néas donna de la soupe Aux plus apparents de la troupe.

Cent beaux valets , de compte fait , Servaient au superbe butki ; Cent très-honnétes demoiselles Coupaient des miches [lar rouelles;

Et cent autres ne faisaient rien , (Juevoirsi tout allijit fort bien; El portait chacune d'icelles Un chandelier à deux chandelles.

Dans la salle, outre les Troyens, Oand nombre était de Tyriens.

Aux uns , du bon Troyen la mine.

Aux autres , la face divine De Cupidon qui reluisait 9 Grande admiration causait.

Chacun beaucoup estime et prise Les beaux présents du fils d'Anebise, La belle robe de Léda , Qu'elle-même, dit-on, brodaj Et la finesse de la toile De son incomparable voile.

L*almanach que Gassandre fit Leur embarrassa bien Tesprit -y Et leur plut bien fort» d'ilione Le beau collier et la couronne.

La reine ne se peut soûler, Et de les voir, et d'en parler.

Elle jette les yeux sans cesse Sur ce petit Dieu qui la blesse.

Et la tire à brûle-pourpoint, D*un petit arc qu'on ne voit point.

Un autre eût dit brûle-hongreline.

Et la pensée eût été fine } Mais certes la rime de point, Me réduit à brûle-pourpoint.

Ce Dieu , pour bien servir sa mère , Se pend au cou de son beau«frère, Et bien qu'il eut l'esprit si meur»

Le met en une étrange humeur.

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