LIVRE I. »l
Pour la Didon , elle s'en donne Tant et tant que je m'en étonne ; Mais qu'eût-elle pu faire enfin , Contre un Dieu , des Dieux le pltis fin ? Klle le prend , la pauvre sotte, L'embrasse, caresse et dorlotte^ Mais la pauvre sotte ne sait , Kh le prenant , ce qu'elle fait ; Elle ne sait , la misérable!
Que ce Dieu qu'elle trouve aimable , l]st un Dieu plus traître et félon Que ne fut jamais Caneton.
Chaque fois qu'elle le regarde, Ce traître Cupidon lui darde Par Jes yeux des flèches de feu , Qui lui feront jouer beau jeu.
La voilà toute requinqhée, Qui ne songe plus à Sichée, Au contraire, elle dit tout bas :
•< I^ défunt ne le valait pas; « Un tel mari vaudrait bien l'autre, p Si nous pouvions le rendre nôtre; « Si je ne craignais les discours , « Devant qu'il se passât huit jours , a Je le prendrais en mariage. , . »
Par ce discours qui n'est pas sage , La pauvrette ainsi se flattait. *
ililnéas aussi se gâtait.
Et tout rempli du faux Ascagne , Faisait des châteaux en Espagne, il disait^ regardant Didon, C'était une grosse dondon^ Crasse, vigoureuse, bien saine, Un peu camuse à l'africaine,
M L*ÉNËIDE TRAVESTIE.
Mais agréable au dernier point ^
Il disait doDC, d'amour époint.
Les deux yeux fichés dessus elle,
Plus allumés qu'une chandelle :
« 0 belle qui m'avez blessé
« Bien plus que je n'eusse pensé I
« S'il plaisait à la destinée
ff Que vous fussiez femme d'Énée;
« Je le Jure par Mahomet,
« Quoiqu'on dise fou qui s'y met,
« Pour une épouse tant jolie
« Je laisserais là l'Italie;
« Planterais ici mon piquet ,
« Sans craindre des gens le caquet,
« Et pourrais fort bien mettre en pièces
« Ceux qui feraient de moi des pièces. 9
Cependant qu'il raisonne ainsi , Les beaux conviés sans souci»
A manger faisaient des merveilles.
Chacun vida plusieurs bouteilles.
Et branla si bien le menton , H Tant sur le veau que le mouton Qu'il ne resta rien sur la table Qui fût d'homme de bien mangeable.
Si quelque os encore resta, En levant les plats, on Tôta.
On mit sur table une bouteille; A son aspect on s'émerveille ; .Enéas dit une chanson.
Et sans attendre un échanson Lui-môme emplit de vin sa coupe; Puis à la santé de la troupe Mit le tout dans son estomac'
Didon demanda du fabac^