LIVRE n. lit
Quand il eo eût dit davantage , Priam » trop bon et trop peu sage , Eût tout pris pour argent cotnptant.
Mais qui n'en aurait fait autant?
Tant son é1o(J[uence eut de charmes , < . Et tant purent ses fausses larmes!
Moi-même qui vous dis ceci»
Comme un sot je le crus aussi.
Ainsi ce que le fin Ulysse N'a pu faire par artifice; Ce que Diomède n'a pu, Ni le Péléide invaincu ; *
Ce qu'enfin durant dix années Les troupes de Grèce amenées^ Ont tâché sous Agamemnon y Fut lors achevé par Sinon.
Cas étrange autant qu'il peut étre^ Acheva les discours du traître.
A Neptune , le Dieu de Teau, Laocoon d'un grand taureau Faisait un dévot sacrifice; Hais il ne lui fut pas propice.
Nous vîmes bien loin dans la mer, Je ne sais quoi , qui sans ramer S'approchait de grande vitesse.
Chacun s'entredemanda : qu'est-ce?
Mais bientôt après chacun vit.
Ce qui grande frayeur nous fit.
Deux serpents à la riche taille , Venant à nous comme en bataille, Depuis l'île de Ténédos, Armés d'écaillés sur le dos.
Du seul mouvement de leur queue , Ils allaient sur la plaine bleue
112 L'ENÉIDE TRÀVESTie.
Aussi vite que l'aurait pu Nef à qui le vent souffle au q.
Ils avaient une rouge crête Sur leur épouvantable tête.
ICn nous regardant ils sifflaient »
Et les yeux leur etincelaient.
lisse saisirent du rivage.
Qu'on abandonna sans courage.
Puis ces vénérables serpents Faisant grands sauts , ex non rabpants.
De Laocoon s'approchèrent, A ses deux enfants s'attachèrent»
Et de ses deux enfants si beaux Ne firent que quatre morceaux.
n vint avec sa hallebarde.
Un des serpents sur lui se darde.
De cent plis l'ayant garotié.
Ils avaient le coup concerté , De sa queue avec grande adresse L'autre lui donna sur la fesse.
Ayant honnêtement fessé.
Le patient fut embrassé Par lui de pareille embrassade A celte de son camarade 5 Lequel à son tour le pilla , Le déchiqueta , mordilla D'une épouvantable manière, Tant par devant que par derrière. Ses bras faisaient de vains efforts , A déprendre ces sales corps Joints au sien par plusieurs ceintures Plus cruelles que des tortures.
Mais ils le tenaient si serré, Que le pauvre désespéré ,