‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 28 sur 116 · LIVRE IL in · texte numérisé non relu

LIVRE IL in

Loi*s» me semble, il ouvrit la bouche, Et , me regardant d'un œil loucbe »

tl me dit : trêve de sermon , Vous vous échauffez le poumon; Ne songez plus qu'à faire gille.

Les ennemis sont dans la ville, Qui font les diables déchaînés »

Et sont très-mal morigénés; Et j'estime d'eux le plus sage Plus malin qu'un singe ou qu'un page.

Si vous m'aimez, fils de Vénus, Gagnez aUx ch:>mps, fùt*ce pieds uus.

Si Troie eât été secourable , Ce bras dextre aux Grecs redouialilc Eût renvoyé ces Grecs hautains A Mycène laver leurs mains.

Priam , Troie et toute sa gloire Ne seront plus que dans rhistoire, - Et notre ville tout de bon Ne sera plus que du charbon.

Ses Dieux elle vous recommande , Assemblez une bonne bande De nos citoyens échappés , Et sans marchander, décampez.

Nous avons assez fait pour elle, Puisque la sentence mortelle Du Destin ne se peut casser, Il faut bien la laisser passer.

Gagnez-moi vite la marine.

Votre papa sur votre écîîinc; Et nos pauvres Dieux esi'ês Dans quelque valise embvillt'S.

Guidez vos vaisseaux vers la terre , Où d'abord vous ferez la guerre •

122 L*ÉNÉm£ TRAVESTIE.

El 4*àh VOS enfaou la feront Aux chiens de Grecs* qui se Vf rponi Sujets, ainsi que beaucoup d'autPW, Âiix coiij[)s d-étrîvières des nôtres*

Après qu'il m'eut dit tout cela Il me sembla qu'il étala

Devant moi nos Dieux tntélaires.

Et qu'il më dit : nos adversaires « Comme ils ne sont gfuère pieux.

Auraient fait beau feu de nos Dieux»

Ainsi qulls font de tout le reste.

Gardez-les bien , et dame Ve^e, Et me conservez, comme il faut , Ce fen sacré dans un réchaud.

Un grand bruit qui survint ensuite Mit Hector et mon songe en ftiite.

Ce tintamare hors de saison Fit peur à toute la maison.

Quoiqu'elle fïÉt bien éloignée J'entendis fort bien la huée Que les maudits Grégeois faisaient , Les cris de ceux qu ils occisaient.

Et tout le bruit épouvantable Qu'on entend en malheur sembiaMCv Ce grand bruit à mon songe joint, Me scandalise au dernier point^ Et , pour vous dire vrai , mVlFraie, Quelque (brce d'esprit que j'aie.

Je monte au haut de mon grenter, Où je ne vous saurais nier Que je pleurai comme une femme ^ Voyant toute la ville en flamme.

Et grâces au seigneur Vulcan, Pareille au feu de la Saint-Jeân ;

UVRfi II. iSS

Tout ainsi que dans une plaine > Des richesses de Cérès pleine^ Lorsque par n^llce , ou par jeu t Quelque fripon y iQet le feu^ Les épis prêts à couper grillent , Et bien fort en brûlant pétillent y Et le feu poussé par le vent Court et va toujours plus avant.

Ou bien comme dans la campagne »

Un torrent choit d'une moniagoe.

Ou de quelque roc escarpé »

Faisant du cheval échappé ; Il marche à vagues épandues , Augmenté des neiges fondues, Qui rendent son cours furieux; . ^ Et ne laisse dans tous les lieux Où le malheur son on4e porte , Que quelques corps de béte morte > Qui faute de «avoir oager N'a pu se tirer du danger f Item , écun^e , sable , fange ) Bref, ce torrent d'humeur étrapgd i Entraîne pierres et cailloux , Dans les jardins gâte les choux j Dans les guérets aux blés en herbe Ote tout espoir d'être en gerbe; Les arbi es comme les roseaux Ce Jent à la fureur des eaux ^ Et ces méchantes eaux sans rives.

Font des pauvres brebis fuitives.

Et des pauvres bœufs étourdis Un étrange salmigondis , Ainsi que de toute autre béte.

Enfin , oette horrible tempête

V2à L'ÉMÉIDË TRAVESTIE.

Fait périr aussi les maisons; Sauf les caooes et les oisons , Tout se seni de sa rage extrême.

Cependant le laboureur blême Est sur quelque lieu baut bûché.

Jurant comme un joueur fâcbé.

Cette comparaison est belle , Partout je la maintiendrai telle.

Ce feu qui va tout dévorant , Ou cet impétueux torrent , Sont les Grecs pires que la peste.

Je suis le laboureur qui peste Contre Sinon et le Destin Nommant l'un Turc , l'autre faquin.

La voilà donc à la pipée Notre pauvre ville attrapée; Et nos plus superbes maisons S*en vont devenir des tisons, r On égorge , on brûle ^ on dérobe ; Le grand palais de Déiphobe Par le feu dévorant détruit , Tombe par terre avec grand bruit.

Le feu pousse avant sa conquête.

Et paraît vainqueur sur ie faîte De la maison d'Ucalë^on.

Le GregeoîSy pire qu'un dragon.

Fait de notre ville de Troie Un agréable feu de joie; Aux Troyens un feu de douleur.

La mer en change de couleur , Et de notre ville brûlante Sa surface est toute luisante.

Et moi qui suis un peu trop prompt^ Du poing je m'en cogne le front.

Page 1