LIVRE II
Nous avons la banque de Troie; •
Tous leurs écus soni notre proie!
Et Priau > qui n'est qu'un faquîa.«.. »
Je lui dis: vous mentez , coquin!
Vous êtes le faquin vons^mêrae...! »
Et puis, d'une furie extrême.
Je lui donnai de mes cinq doigts ,
Au beau milieu de son minois»
Plus, je lui fis balufre telle ,
Qii*on n'en vit jamais de plus belle; .
Je lui coupai de bout en bout
Le nez, l'œil, la joue, enfin tout
Ce qui le visage compose;
Ce qui fut très-piteuse chose.
Ce coup douze points contenait ,
Et, sans rien augmenter, prenait
Depuis le front du côté dextre.
Jusqu'à la mârhoire senextre.
De ce coup, si bien assené.
Il fut grandement étonné.
Vit qu'il avait fuit une faute.
Et trop tôt compté sans son hôte.
Aussitôt il rétrograda ,
Et trop tard de moi se garda ',
La frayeur peinte en son visage.
Ainsi lorsque dans son passage
On fait rencontre d*un serpent,
Et que cet animal rampant
Que Ton a foulé par mégarde,
En siflElant s'élance et se darde 9
On se retire plein d'effroi ;
De même ce Grec hors de soi,
Voyant qu'il nous prenait pour d'autres »
Se démêla d'entre les nôtres»
ill L'ÉNÉIBB TlUVESTIfi.
Qui 9 sur les siens» par moi coûduks.
Firent bientôt tant de pertuîs»
Bien que de nuit et sans chandelle^ Que, de toute cette séquelte.
Un seul corps d'homme n'éobapjpa^ La mort camuse les grippa.
Tant la fortune variable Se montra d'abord favorable.
Gorébus , de ceci flatté »
Cria: c'est fort bien débuté^ Amis, poursuivons notre pointe:
La fortune à Taudace est jointe; Poussons TafTaire avec chaleur, £t jorgnous à notre valeur Quelque n^^taUe stratagème.
L'ennemi nous montre lui-'mêiiie Qu'il faut tromper son ennemi , Et qu'à diable, diable et demi^ Si la victoire est toujours boBoe, Quoi que ce soit qui sous la doote, Contre de si fiers ennemis Tout peut être en usage mis.
Vainquons par vaillance ou par ruae^ Le succès sera notre e&cuse; Et fi de la fidélité . .
Qui peut nuire à l'utilité!
La fortune pour nous se change, . • Et des Grecs par les Grecs nous vengçi Quittons nos ^mes de bourgeois^ Et prenons celles des Grégeois.
Ainsi , dangereux mascarades^ Nous irons des sains et malades Tirer du sang en quantité.
Il ne peut être que gâté <> . '
Étant à de si méchants bomoM. .
Nous le croyons» fous que Boua samoifift; Mais certes, quand oa suit un fyv^p , On se casse souvent le cou.
Tout le premier il s'aroM et masque Des armes , du glaive et du oasqtM Du pauvre capitaine grec Dont j'avais balafré le bec.^ Sur son timbre, au lieu de paaadif ^, • . Il portait deux cornes de vache, Ripbée et Dymas, comme il fit, > Changèrent d'armes et d'habit; : r • . Ainsi que lui font tons le^ nôtres, i : Je m'arme aussi comme^les autres^ . \ Et de Troyens', Grecs devenus ^^ . ! Nous allâmes, les glaives nus, (Mais certes les Dienx bien eostmirea) Chercher nos cruels adversaires.
Nous ne fûmes pas trop longtemps .
Sans en avoir le passe-temps.
Effrolitément nous nous mêlâmes *
Parmi ceux que nous rencontiAilieS;?
Et puis, quand il fut à propos^ De la part de dame Atropos , Nous portâmes dans leurs postères Des estocades mortifères, «
Et disions : je n'y pensais pas> ' Quand , partant trop haut ou trop bas ,; Nous n'ajustions pas bien la botte.
L'invention n'était pas sotte. '
Mais, malgré les Dieux et leurs dCBtt, Les mortels sont bien imprudents De penser faire quelque chose :
L'homme propose et Dieu dispose.
196 L'É^Éa)E TRAVESTIE.
Ainsi , toute l'occisîon Fut à noure confusion ; El nous g:Uâmes notre affiiire Pour en avoir voulu trop faire.
Ceux qui nous venaient rire au nez»
Se tronvaîeni bien fort étonnés»
Quand, au lieu d'avoir des caresses.
Les coups de nos dagues traîtresses Leur faisaient voir bien clairement. Que nous n'alUons pas rondement.
Les Gr^cs qui de nous échappèrent , Parmi les Grecs nous décrièrent; Si bien qu'ils s'enfuyaient de nous.
Comme font les brebis des loups.
Quelques-4JDS , faute décourage, S*en allèrent jusqu'au rivage Se recacber dans leurs vaisseaux; Autres de peur de nos couteaux, Se remirent dans la machine Par le grand trou de son échine^ Où récheiie encore tenait , Tant la frayeur les talonnait.
Cependant la pauvre Cassandre Que les Grecs venaient de surpreudic Dans le saint temple de Pallas, Emplissait Tair de ses hélas!
Ces Grecs y les plus méchants du monde, La traînaient par sa tresse blonde; Elle levait au ciel les yeux, Les yeux , car ces mal gracieux D'un gros cordon de chenevière Avaient garotié par derrièi e De plusieurs nœuds ses pauvres bras , Si beaux, si blancs , si gros, si gras.