‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 31 sur 116 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

Cet objet triste et lamentable

Fut à Corèbe insupportable ;

Il ne put voir ainsi traîner

Sa maîtresse S9n$ dégainer ;

Sur les eonemis il se darde ,

jQui ne s'en donnent pas de garde ^

Et sans leur demander congé

CbamaiUa comme un enragé.

Tout de même qu'il fit > nous fîmes ,

Les attaqaàffl^, les battîmes^

ils furent bientôt déconfis

Par les grands exploits que je fis.

Je coupai plus de cent oreilles.

Chacun de sa part fit merveilles ;

Si bien, que voulussent ou non,

Sur les SQldats d'Agamemnon

Nous regagnâmes la captive

Tremblante et plus morte que vive.

Mais par un coup d'adversité

Ce beau fait d'armes fut gâté.

Au haut du temple » dont les portes

Pour être massives et fortes ,

Avaient atix Grégeois résisté

Un grand nombre s'était jeté

Des pauvres citoyens de Troie.

Là, pensant garder notre proie.

Nous nous sentîmes d'eux chargés,

Déçus par nos harnais changés.

Ils nous versèrent sur les membres

Plusieurs bassins et pots de chambres »

Item, pierres, bâtons, cailloux ;

Et nous accablèrent de coups.

Ainsi notre ruse de guerre

Nous attira ce grand tonnerre j

Mais certes jamais uti gfnignM N'arrive sans soii compagnon ^

Les Grecs donobbiMii Hdfr pftâacdw.

Connurent nos brutes iiioHsi«elieB , Et qu'assurétnent nous étions Autres que nous ne paraissions.

Et de vrai notre prœédur^ Pour les Grecs était un peu diire^ Et n'ayant pas fait seulement Le moindre chétif coffipHment ^ En enlevant dame Cassandre^ Il était aisé de comprendre Que nous nous étions ainsi raid- Les armes de nos ennemis Pour quelque entreprise notable* Cela fut trouvé vraisemblable , • Et pour éviter tout danger On eut ordre de nous charger.

Outre que ta damé enlevée Par quelques-uns des Grecs trouvée Belle à faire courir les diamps.

Les rendait encor plus méchants.

Les voilà dessus nous qui fondent , Nous les oyons venir qui grondent.

D'un côté vient le grand Âjax , Fier comme milord Fairfax; De l'autre côté les Atrides Et les Dolopes homicides.

Nous frap[/)ns sur eux, eux sur noas.

Nous nous entr'assoramons de coups.

La chose est fort peu diflërente Du fracas de quelque tourmente , Lorsque tous les vents déchaînés, Et Tun contre l'autre acharnés ,

UVRB It )39

S'entrefont sur mer et sur terrdf En soufflant une rude guerre y Sur mer font damser ies vaisseaus^ Sur terre tomber les cbdpeuux* .

Dieu sait s'ils enflent bien les joues, . El s'ils font de plaisantes mooes.

Ils ont pour clairons enroués^ Le bruit des arbres secoués.

Cependant Thuroide Flérëe Court partout la face eAParée, De voir tout son pay^ salé Par ces chiens de vents boursoufler Les vents Eure, Noie et Zépbyre S'étoufifent , maïs non pas derire^ Oui lùeh à force de souffler Ce qui fait leurs giffîes enfler.

Autres vents dont les noms j'igttdpe»

Car je sais qu'il en est encore, Outre ceux que j'ai pu nommer* Plus de vingt sur terre et sur mer^ l'ail tôt à force de soufflades Le gâgntat sur leurs camarades, Et tantôt sont d'eux resoufflés Lâchant le pied fort essoufflés.

Tout de même y noas tous ensemble Grégeois et Troyens, ce me semble, * Poussants, et puis étant poussés ^^ Blessants, et puis étant blessés »

Et faisant à Tenvi carnage, Ressemblons fort bien à Toilage, Dont je viens de faire un portrait , Qui , me semble , est assez mal Mt.

Mais reprenons notre raèiéé.

Corèbe fut de Pénél

HQ L'ÉNAIDE travestie.

En quatre ou cinq coups dépècbé ; ^

L'autel de son sang fut taché.

Près de lui cbut aussi Ryphée

D'un démfTSuré coup d'épée

Qui lui fendit tout le côté

Sans respecter sa probité.

Dymas chyt d*un coup d'arbalète ;

D'Hypanis on fendii la tète ;

Et Panihus quoique bomme pieux »

Et saci ificateur des Dieux »

Perdit son saog par une artère;

Nonobstant son saint caractère »

Et son benoît bonnet carré

Ce grand coup lui fut déféré.

La mort beaucoup d'autres empognc,

Que maudite soit la carogne !

Tant et tant elle en attrapa.

Si maître Énée en échappa »

0 chères personnes grillées!

Chères cendres éparpillées !

Je veux bien vous prendre à témoin Si ce ne fut mon plus grand soin D'avoir aussi quelque venue ; El si je n*ullaiy dague nue.

Partout où Ton ha{ipaii bien fort, Afin de recevoir la mort.

Mais les destins ne le voulurent , Et malgré moi me secoururent.

Le vieil Iphitès comme moi , Je ne puis vous dire pourquoi »

N'ayant plus qu'une deui en bouche, Fut lors préservé de Ja touche ; Aussi fui Pelias le bou Fort incommode d'un janiLun,

LIVBE IK in

Pour un coup qu'autrefois Ulysse Lui fit par derrière en la cuisse^ Partani peu propre et mai dispos A se garantir d'Âtropos.

Mais pour une raison cachées Notre diair ne fut point toucliée^ Nous nous trouvâmes iiofs de là ^ Le ciel sans doute s'en mêla »

Et voulut prendre la conduite De notre troupe à trois réduite.

Lors un bruit de cris et, de coups.

Du palais royal jusqu'à nous.

Se faisait aisément entendre 3 Les Grecs l'assiégeaient pour le prendre ^ Et les Troyens désespérés En ce dernier iieu resserrés, Tâchaient de vendre cher leurs vies > Et de leurs femelles ravies Par quelque gçande oceision Venger la tendre afléction.

Quelques XSrecs plantaient de» éd^eiles / Autres mettaient bancs sur bancelies; Bancs et soldats se répandaient Quand d'en haut cailloux descendaient; Grimpant comme chats contre un ai*bre » Ils se coulent le long du marbre % - ■ ' De la main gauche se couvrant, Et de la droite assaut livrant Aux défenseurs de ia muraille.

Un carreau de pierre de taille Par un soldat est empogné , «".

Auquel le bras étant rogné , I^ pauvre malheureux soudrille Tombe , a'accroche à une grille ,

1^2 L'ÉNÉISE TRAVESTIE.

Et demeure là suspendu, Criant, en grec : Je suis perdu!

Les Trayens de tout font des anneti Et non sans répandre des larmes, Jettent contre ces inhamainst Ce qui se trouve sous leurs mains.

Un Grée eut la tête cassée , D'un coup de la ebaise percée Du roi Priam } mais ce malheur Fut récompensé par Thonneiir. .

ChevroM dorés, poutres dorée»»

Ne sont non plus considérées Qu'un gros bâton, bûche ou fagol; Un caillou va comme un lingot.

Chaises, fauteuils , tables, banœHes, Vases, cabineis , plats, vaisaellea.

Bref , tous les meubles précieux, * Jusqu'aux simulacres des Dieux, A Fa fouie se viennent reg^re.

Au soldat qui vient pour les prendre, Mais plus vite qu'il ne youdroit.

Je savais un certain endroit ....

Où, par une porte secrète, On pouvait entrer en cachette, .

Et sortir sans être aperçu ; Ce lieu de tous n'était pas sa.

C'est par là que dame Androma(|ii»' ' Avant cette funeste attaque Le vieux beau-père visitait.

Son Astyanax lui portait, Doïft dame Hécube était ravie.

Elle l'aimait plus que sa vie; Quand petit encore 11 était En ses bfat souvent le portail f.

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Et souvent de seB^malas royales • ..

I<ui remuail sess laages sales ; , .. t Et celle boAQe mère-grand» . , » , r Quand il devint uo peu plus grand » ^ . . /- Faisait avec lui la badine^ . : ., ;

L'entretenait de M^usiae r De Peau-d'Âne et de f ierabra^ » , . .. ^ Et de cent autr^ vieux fatras.

Cet enfant était son idole ^ Et la vieille ep était si foUe , . ,,

Qu'avec lui troussant hoqueton « .

Entre les jambes un bâton , Elle courait la prétentaine Jttsqu^à perdl^e souvent Tbaleine. , jindromaq^e s'en tourmentait, Connaissaftl bien qu'on le gâtaiU Priam le voyant à touie ^eure ^ , . .

S'empiflrant de pain et de beurra,, y | Disait avec sévérité.

Ce sera quelque enfant gâté. ,:;,,.' Hécube n'en faisait que rire, . . ., i

Et sa mère, n'osait rien dire.

C'est assez psa*lé de cela.

Ce fut par cette porte4à Que dans le palais nous entrâmes. : ^ . , ' i Sans être aperçus n<^s fflontâ^Q^,,,^..^ , Pai: un escalier d^obé , . > f : . s '

En un lieu fait comm^ u|i jubé» . , i J'y trouvai des- gens 4e tous âges ;

Qui veMi^ot des pèlennaj^. - - ^ , , ; Notre abord 1^ encouragea » ; > . <

Et pas un d'eux plus ne songea ^^^ .j j. « Qu'à vendre chèrement sa vie, ^ ; , ., Pour moi qui n'avaii^ d'auMe eiiyi^ r : . :

l&â L'ENÉIDE TRAVESTIE.

Qiie déjouer aux Grecs un tour^ 'Près de moi je vis une tour.

Dont pouvait, étant renversée.

Mainte tète être concassée , Et maints bras être disloqués De cemL qui nous tenaient bloqués.

De quatre piliers soutenue , Elle se moquait de la nue.

Comme aurait fait un gvo& écoeit.

Tout y semblait petit à Tœii ; Et de là, Priam au nez croche.

Avec des lunettes d^approche.

Souvent sur mer épiloguait L'ennemi qui sur mer voguait.

Là, Ton voyait toute la plaine; Là, souvent quand elle était pleine De Grecs et Troyens combattans.

Hélas I le maigre passe-temps!

Les dames et vieillards de Troie Venaient, non pas à grande joie.

Voir ce jeu de gladiateurs Si mal plaisant aux spectateurs.

Cette tour lors mal assurée.

Par secousse réitérée, Pouvait fort bien prendre le saut, Et gâter ces donneurs d'assaut.

Elle fut bientôt ébranlée.

Et tôt après prit sa volée Ainsi que tout corps pesant doit.

Vers son centre , où pas n'attendoit Le soldat si gros;se grenade.

Qui troubla toute l'escalade.

Votre serviteur ne compta Combien elle en écra venta j

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Je ne vous le dirai donc mie ; Mais bien que plus d'un Jérémie, Fit grande lamentation.

Sur une si noire action.

La chute de cette tourelle A plusieurs Grégeois fut mortelle} L'assaut pourtant point ne cessa.

Mais de plus beau recommença.

Pyrrhus paraît, entre les autres.

Âpre à la ruine des nôtres, El ce dangereux cavalier Fait tout seul autant qu'un bélier, 11 tâche d'enfoncer la porte Et la bat d'une étrange sorte.

Un harnais luisant et poH Le rend plus affreux que joli.

Le fer tranchant en sa main brille.

Bref, ce déterminé soudrille Ne représente pas trop mal Le serpent, vilain animal , Quand la froidure étant passée Ayant peau nouvelle endossée, Et repris ane fraîche vigueur , Son corps n'est plus dans la langueur Que la mauvaise nourriture Et la rigueur de la froidure Lui causait, tandis que l'hiver Dépouillait les champs de leur vert Paré d'une nouvelle écaille Qui lui sert de jaque-de-maille , Le compagnon s'en va rampant Fort satisfait d'être serpent } Il se raccourcit, il s'allonge ^ Sort de soi-^méme, et s'y replonge, . i

lit L'ÉNÉIDË TRAVESTIE.

Restauré du soleil aonveaa, Et défait de sa vieille peau , Sa langue à trois poiotes il darde ; Homme ou femme qui le regarde Et Toit horriblenneot siiïLef, De peur n'ose quasi souffler.

Ce jeune Pyrrhus tout de même , Pyrrhus y si Ton veut Neptolème^ Suivi du puissaot Pérîphas Aussi membru qu'un éléphas ; D'Automédon, piqueur d'Achille»

A dompter chevaux tràs^babile.

Et qui dans sa selle à piquer Soûlait d'un.cfaeval se moquer.

Lui fit-il le saut de la carpe; De plus, gentil sonneur de harpe; Sans cette harpe à point nomaié J'eusse mal aisément rimé.

Item, l'escadre syrienne Redoutable à la gent troyennei , Tous ces gens-là sur la maison Décochaient tison sur tison- Pyrrhus, d'une hache iranchaine.

Sur la porte ù grands coups cbarpeott » Ce maître faiseur de copeaux^ En tranche bientôt les poteaux , Tout ainsi qu'il eût fait des raves.

Son père, le patron des braves.

En bonne foi n'eût pas fait plus»

Priam, et son monde i-eclus, A chaque coup que sa main domM^ - Dont le vaste palais résonne^ Fait de pitoyables hélas.

Priant Dieu qu'il soit bientôt las,

A— -^fA

UVlifi IL ikT

Ei D'acbève^ poiiH la besogne.

Lui , si bien taille et si bieo rogtte.

Qu'à la fin dans le royal huîs ,

Il fait un grand vilain pertais ,

Ou grande viktine fendtre.

Par là, commença de paraître.

Au Heu d'un visage de bois ,

La demeure de tant de rois ^

Jusqu'à ce temps inviolable.

Par là le Grec Impitoyable

Put pénétrer dans ces saints lieux ,

Et porta ses profbncs yeux

Au travers des longues allées,

Jusqu'aux cours les plus reculées.

Par là quelques Troyens armés

Du seul désespoir animés,

Pour la plupart soldats des gardes ,

Furent vus avec hallebardes ,

Espadons y mousquets et fusils.

Les pauvres gens, que feront-ils,

Que se faire couper la gorge ,

Quoique armés comme des Saint George!

Pleurs , soupirs , lamentations ,

Cris, sanglots, exclamations,

Dans le palais se font entendre.

Il ne faut être guère tendre

Pour n'avoir pas le cœur serré.

De ce pauvre peuple effaré.

Les femmes plus mortes que vives, De crainte de se voir captives, S'égratignent à belle main, Du poing se meurtrissent le sein.

Et courent comme écervelées Par te palais échevelées;

Iâ8^ L'ENÉIDE TRAVESTIE.

Se regardent d'un œil inoiirant , .

Et s'entr'enbrassent en plearanC.

Pyrrhus , digne fils de son père.

Par ses grands coups si bien opère , Qu'enfin par la brèche il entra.

Et défit ceux qu'il rencontra A la défense de la porte ; Peu lui servit d'être si forte.

Et d'être faite de merrain.

Tout parsemé de clous d*airain } Les poteaux hors des gonds tombèrent.

En grand*foule les Grecs entrèrent ; Tous ceux qu'ils trouvèrent armés Furent bientôt d'eux assommés.

Les soldats, maudite canaille, Ébaudis comme rats en paille, Troublèrent toute la maison, Sans qu'on en pût avoir raison.

Ainsi la rivière de Loire, Qui donne à tant de gens à boire, Quand elle sort hors de son lit Bouleverse» à ce qu'on m'a dit , Ce qu'on appelle la levée.

Et par cette digue crevée , S'épand dans les champs labourés , Entraîne les bœufs ef&rés Pêle-mêle avec les étables.

Et fait fuir gens misérables, Qu'elle force ainsi sans bateau D'aller à l'hôpital par eau.

L'application est facile !

Tout de même en ce saint asile , Je vis entrer tous ces méchants Gomme un fleuve fait dans le^ champs»

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