‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 35 sur 116 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

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L*ARRÉT des Dmx ayant été

Cruellement eiBéficuté

Sur notre misérable ville , > '

Nous pensâmes que faire gille

Était le meilteur appareil '

Que nous puissions y en cas pareil, - ^

Mettre promptement, faute d*aulro^

Sur un mal fait comme le nôtre.

Qui fuit , peut revenir ausd ;

Qui meurt, il n'en est pas ainsi.

Si Priam dans sa ville prise

Avait perdu sa tête grise ,

Nous autres, ses humbles valets.

Ayant bien eu les osselets ,

Et les pauvres mains écachées

Pour montrer nos bourses cachées , ^

Eussions été par ces méchants

Faits au moins évoques des champs ;

Et peiit*étre mis sur la roue

A faire aux passants >siide moue.

i7« L'ÉiN$ID£ TKÀYËSTIË.

Nous délibérâmes donc tous A mettre entre les Grecs et nous , Ne pouvant leur faire la guerre y JUn notable espace de terre ^ Et pour plus grande sûreté ,

, De Teau $alée en quantité.

Mon père qui, dans chaque affaire,

\ N*agit jamais en téméraire,

Et qui sait cent secrets nouyeaux , Prit un grand sac et des ciseaux, Puis tourné vers Tun des deux pôles, Et prononçant quelques paroles , Où personne n'entendit rien, Quoique chacun écoutât bien , Et qu'il n'entendait pas peut-être. Il nous dit qu'il allait c<àinaitre Oii nous planterions le piquet.

Mais pourtmit de son tourniquet Fort peu de chose nous apprîmes , EiHuitQ d^/quoi nous nous primes A noiis b&tir de bons vaisseaux,' Pour nous exposer sur les eaux, Et chercher quelque nouveau gîte.

La flotte fut faite bien vite.

Au pied d'Ida pràs d'Antandros, Nous fimes de nos gens un gros.

Au temps ou la triste froidure Quitte la place à la verdure ; Puis de mon père conviés » ^ Les Dieux ayant été priés , Nous montâmes sur nos galères »

Non sans jeter larmes amères De voir Troie où tout fut bien bon N'éire plus rien qœ iti charbon }

Livmc m. m

Cette belle ville de Troie Où j'avais vécu dans la joie »

Qui pis est , en sortir vakieu , Comme on dit, cJbup de piedir atf ({.

Enfin donc, hommes, enfonts» femi&e% Et tous nos Dieux sauvés des ftamme^.

Nous voilà sur mer torfi du poit^ A deux ou trois do^ts de ta m^rt ; Car entre gens flottants sur Tonde ^ Et la mer» où se perd le monde , Il n'est qu'un mur bâti d'ais jOti»tSy Large de trois pieds 9 plus ou molnt*

Une terre Thrace nommée Nation jusqu'aux deots arm^e , Dont les gens sont très^maifaisants , Jurant Dieu , battant pay^afts , N'est guère loin de la Pbrygîe; Elle était autrefois régie Par Lycurgue, homme de renom, Qui savait décliner son nom 9 Et quelque chose daivMtage, L'arithmétique, l'arpentage, Et faire entendre la raison .

Au peuple qui n'est qu'un orson.

Ce pays aimait fort le nôtre Et qui toquait l'un toquait l'autre.

Ces coupe-jarrets Thraciens , Quand ils trouvaient des Phrygiens, Leur ôtaient humblement la teque3 Les Phrygiens au réciproque Leur faisaient inclination Avec grande dévotion ; Et puis ils s'entrefaisalenl €ère, Se baisaient tête contre tête,

im L'ÉNÉIDE TRAVESTIS.

S'entredisant , je suis à tous , Avec bras dessus ^ bras d^ous.

C'est là que notre flotte arrive Ayant fait honneur à la rîfe, Py l'avis des maîtres maçons; Car des gens de toutes façons S'étaient fourrés dans nos galères , £l jusqu'à des apothicaires^ Item, meneurs d'ours, des pédants, Bateleui*s , arracheurs de dents , De comédiens une bande , Et des danseurs de sarabande.

Or, donc , ces maçons assemblés , El ceux de la flotte appelés , Auxquels je disais : je vous prie.

Ou , plaise à votre seigneurie.

Aussitôt dit, aussitôt fait, La chose fut mise en eifet^ £n place bien examinée Ville par moi fut désignée j Puis en vertu du nom que j'ai , Celui des Troyens je changeai En un qui terminait en ades.

Comme qui dirait Énéadés.

Or, comme vous pouvez penser, Auparavant que commencer^ Il convint à la Dionée , ^ Notre mère affectionnée, Rendre l'honneur que méritait Dame qui tant nous assistait ^ Outre que les Dieux favorables Par qui nous autres misérables Avions pu, malgré fer et feu.

Tirer notre épingle du jeu ,

UVRE m. 181

NoHS eussent taxé d'avarice.

Pour avoir.donc le Ciel propice

îlous voulûmes offrir un veau

A Jupin , foute d'un taureau ,

A Jupin qui dans le ciel loge.

Qui gouverne des cieux l'horloge^

Et donne le froid et le chaud

Souvent un peu plus qu'il ne faut»

Vous allez entendre une histoire

Qui n'est pas trop facile à croii*e.

Assez près, de nous s*élevait

Un tertre 9 qui la mine avait

D'être b fosse de quelque homme »

Qui taisait là son dernier somme.

Ce petit tertre était couvert

De myrtes au feuillage vert , Et déjeunes cormiers sans nombre.

Qui faisaient un ombrage sombre.

Pensant en prendre des rameaux Que je choisissais des plus beaux, Afin d'en parer notre hostie, Une liqueur rouge, sortie De l'endroit tout frais ébranché, Semblable à du sang épanché Me fit tors fiiire une^rimace Qui me défigura la face.

De tout mon cœur priant les Dieux, Je promis aux nymphes des lieux Quatre ou cinq livres de chandelles Et d'en acheter des plus belles; Puis, je fis comme de raison Au Dieu Mars tacite oraison.

C'est lui qui commande à baguette Au peuple Tbrace, comme au Gète.

182 L'ÉNÉlDli TRATtSTlK.

Un autre rameau je rompis ,

Autre sang écouter j'en fis ,

Et tout autant que j'en déchire ^ '

Tout autant de sang chaud j'en Umj .'

Enfin en ayant bien tiré /

L'arbre ayant comme soupiré, <

Et sa perruque secouée , «

Me dit d^une voix enrouée :

Ces mots, dont j'eus en vérité y

Peu s'en fallut, l'esprît gâté : - i -»

« Pourquoi diable , seigia^r'Énée ,

Votre main s'est-elle adiariiép • . •

Sur le corps d'un de vos ami»?: > . ^

Si j'étais de vos ennemis ..i .

Encore auriea-vous tort de preddhre }

Plaisir à sang humain répandre,

Voilà qui n'est ni bon, ni bea«'> >

De venir gâter un tomfoeaiié • - '

Je suis le prince Polydore

Pour une raison qu'on ignore;

Mais je m'imagine pourunt

Que c^est pour quelque argent eompiant

Que j'avais daifô une ceinture^ ^ < •

Un tyran d*avare nature

M'a mis trop tôt au rang des morts -, > *

Et fait un crible de mon corps»

Ma pauvre chair de dards pereée, '

Sous cette terre ramassée ^ . '. >>

Reposait assee donfeemeot \ . » . ^ •

Vous êtes venu sottement

Rompre de vos mains violenfes ; *

Mes pauvres branches inndcent(?s ;

Vous m'avee tout défiguré

Du sang que vous m*aveï( tiré { "

LlVtlE IIL Ifi

Ma démettre est toute roiigîe.

Arrêtez donc rhémorragio^

Et si vous n'en êtes content

Le diable vous en fasse autant.. «

Mais plutôt; si vous êtes sage »

Fuyez cet avare rivage ^

Et remontez sur vos vaisseaux

Sans plus rompre mes arbrisseaux. »

Ainsi parla le dolent tige.

A cet effroyable prodige^

D*un pied ma face salioogea ^

Et dans mon corps mon sang figea.

Peut-être ignorez-vous encore

Quel homme était c^ Polydore.

Il était fils de notre roi ^

Ce bon prince rempli d'erfroi ^

Quand sa ville fut assiégée ,

Crut qu'elle serait ravagée.

Il envoya son cher enfant,

Et sur le dos d'un éléphant *

Son trésor au tyran de Thrace.

Mais voyez la méchante race ^

Quand il vit Priam malheureux

Il cessa d'être généreux.

Le perfide tourne casaque ^

Et ce pauvre innocent attaqœ ,

Comme il ne songeait à nul mal.

Il n'est pas un pire animal

Qu'un traître quand il nous fait féle.

Puis après cette mâle bête ,

De ce jeune homme qu'il, tronqua ,

Le riche trésor escroqua.

Mais que ne fait point entreprendre

L'insatiable faim de prendre?

iâft L'ENÉIDE TRAVESTIE.

Le discours du triste arbrisseau M'avait fait frissonner la peau.

Quand sa harangue fut finie , Ma face qu'elle avait ternie.

Reprit aussitôt sa couleur.

Et mon corps glacé, sa chaleur.

J'envoyai vile à la galère En avenir monsieur mon père, Par lequel il fut résolu Qu'on ferait au tombeau poilu Un sacrifice salutaire.

Il ne fut pas longtemps à thire.

Les demoiselles d'Ilion Firent longue ululation , Et si longtemps qu'elles voulurent, Pleurèrent le mieux qu'elles purent.

On couvrit le lieu de cyprès , On y répandit du lait frais Qu'on tira d'une vache noire Dont but quiconque en voulut boire.

Mon père fit un court sermon Qui ne fut ni mauvais ni bon.

Les branches que j'avais cassées Avec soin furent ramassées.

Et rejointes à Tarbrissean , Dont il parut deux fois plus beau , Avec rubans de couleur bleue.

Nous marchâmes tous queue à queue , Et couronnés de branches d^if.

Chantant tout bas d'un air plaintif.

Nous regagnâmes nos galères; Puis poussés par des venis prospères , Ëloi;rtu\mfs , bien ébahis Gel abominable pays.

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